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2 octobre, 2015

L’enquête

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 12:45

Je viens de voir le film « l’enquête » (qui est assez mal joué d’ailleurs) qui narre l’enquête menée par le journaliste Denis Robert sur la chambre de compensation Luxembourgeoise nommée Clearstream ; j’en ai profité pour retrouver – çà et là – quelques informations sur cette affaire (qui remonte à une quinzaine d’années maintenant).

On peut résumer le sentiment journalistique dominant par la question sous-jacente suivante  « c’est bien gentil pour ce que vous nous expliquez, mais quand même : il faut bien faire des affaires et d’abord, vous ne répondez pas à la question suivante : comment le secret de la finance pourrait-il être maintenu par une sorte de « vaste complot » mondial incluant les banquiers, les hommes politiques et les juges qui sont censés lutter contre la corruption) ? »

A quoi je proposerai la réponse suivante :

Les hommes politiques ne savent rien dans le détail, et ne doivent guère être plus informés que l’homme de la rue. Tout est à portée, l’information n’est pas secrète mais discrète, mais encore faut-il avoir envie de savoir. De toute façon, les hommes politiques ne sont pas là pour savoir, mais pour faire carrière dans la politique comme ils feraient carrière dans une entreprise. Il n’est que de voir la réaction du fils Sarkozy lorsque Papa avait voulu le mettre à la tête de l’EHPAD de Nanterre (ce qui avait provoqué un tollé, non à cause de sa nomination en soi, mais du fait que quelques caciques de droite voulaient la place), qui, devant les caméras, avait déclaré que quand on choisissait le métier d’homme politique il fallait s’attendre à de telles attaques. Ce qui est particulièrement choquant : l’existence d’ « une classe politique » est l’exact opposé de la démocratie. Chez les grecs par exemple, les partis politiques au sens où nous les entendons n’existaient pas.

Voici à mon sens comment les multinationales arrivent à maintenir cette chape plomb sur les affaires.

Via leurs relais dans la presse (presse qu’elle détient en intégralité), elles repèrent et stimulent l’ascension (quasiment au sens religieux du terme) de quelques jeunes arrivistes dans chaque parti politique. Elles les choisissent de bonne famille, un peu bête et surtout idéaliste. Ensuite elles les poussent (par des sondages orientés, une présentation flatteuse de l’imbécile, en nettoyant son portrait pour en faire le gendre idéal, ou le professeur d’économie bonhomme et respecté). Dans le lot, quelques-uns deviennent ministres (voire Premier Ministre ou pire Président). Ces idiots utiles n’ont même pas besoin d’être manipulés : ils sont déjà dans le moule, selon les mécanismes de la reproduction sociale chère à Bourdieu.

Ainsi, s’il est de droite, l’imbécile il croit naturellement que les pauvres sont fainéants, que la seule possibilité de redorer l’image de la « France éternelle » est de l’ouvrir au capitalisme, et que de toute façon « plus le gâteau est grand, plus les miettes sont grosses ». S’il est de gauche, le crétin se sera auto-convaincu que « le communisme n’a pas marché », qu’il n’y a qu’à voir ce qui a été fait par les « socialistes allemands ou anglais » qui ont réussi à résorber le chômage en « libérant les forces productives ». Dès lors, la presse entretient de faux débats, crée des épouvantails (le fascisme, la bête immonde, nos heures les plus sombres, le terrorisme, le changement climatique…), et s’arrange pour que tout le monde soit d’accord autour d’un consensus mou et fait de bonnes intentions (« nous n’avons pas le choix », « la croissance crée les emplois », « les NTIC sont un formidable accélérateur de croissance » etc.). C’est ainsi que l’on voit le crétin de gauche, à peine arrivé au gouvernement, faire des cadeaux monumentaux aux patrons (CICE soit tout de même 40 000 000 000 d’euros : je mets tous les zéros pour qu’on se rende compte de l’énormité du chiffre !), promettre l’ « assouplissement du code du travail » (il faut de la « flexi-sécurité » c’est-à-dire pouvoir licencier quand on veut, comme on veut sans avoir à donner le moindre dédommagement et plus généralement supprimer d’un trait de plume tout ce qui a trait à la protection du travailleur), défendre tous les dogmes de la doxa bruxelloise lesquels sont entièrement tournés vers le capitalisme mondialisé et dérégulé (au motif que « seule la liberté d’entreprendre créera de la croissance »), voter des mesures que même la droite n’osait pas faire (supprimer toute forme de réglementation pour le profit exclusif des grands groupes), ouvrir les frontières aux capitaux, aux marchandises et aux hommes (mais pas aux êtres humains, victimes des guerres qu’on crée de toute pièce, qui peuvent eux crever à nos frontières sans qu’on lève le petit doigt pour les sauver), légaliser la surveillance généralisée (qui profite aux fabricants de systèmes de surveillances et aux ennemis de la liberté), impose les « tablettes » à l’école (sans prouver leur utilité pour l’apprentissage scolaire, si ce n’est pour faire plaisir aux benêts technophiles illettrés et faire moderne).

En prenant ces mesures – et bien d’autres – le crétin croit faire de la « politique ». Il fait d’ailleurs de grands discours enflammés (en suant pour bien montrer sa « détermination ») sur ces bêtises, il se rêve Président forcément « incompris » : celui qui aura donné du travail, de la croissance, de l’espoir, du rêve, de l’enchantement (ne badinons pas avec les grands mots) aux français alors qu’il était vu en son temps comme un suppôt du capitalisme.

Comment voulez-vous donc que ces gens-là puissent seulement soupçonner l’existence d’une fraude à grande échelle, avoir suffisamment de bon sens pour se dire que le rêve d’un riche, c’est d’être toujours plus riche, et que malgré ce qu’on en dit, un patron exploitera toujours un travailleur ? Comment peuvent-ils seulement imaginer tout cela ? Pour en arriver à une conclusion, il faut poser des prémices, ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on vous dit. Mais nous n’avons que des « experts » et « l’expert c’est celui qui ne se doute de rien » comme disait Aimé Michel.

Pendant ce temps, on nomme un ministre de l’économie (et des finances) en provenance d’une grande banque d’affaires pour faire appliquer les décisions anti-démocratiques et ploutocrates de Bruxelles. Ceux qui savent comment marchent la finance internationale et à qui savent à quoi s’en tenir sur le fonctionnement de la finance – et ce genre de personne en fait partie – restent dans l’ombre. D’ailleurs avez-vous déjà vu ce ci-devant dans un meeting politique ? Bien sûr que non. Le peuple c’est pas son truc : c’est vil, ça salit, ça ne connait rien à rien. Lui, il est là pour que Gattaz soit heureux, que le MEDEF puisse lui faire un triomphe (même si ça fait mauvais effet vis-à-vis de l’électorat) et que le système totalitaire du capitalisme mondial s’étende partout, s’insinue dans nos vies jusqu’à être aussi naturel pour nous que le fait que la Terre tourne et que personne n’ose le remettre en cause.

C’est ainsi que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde possible et qu’un journaliste un peu sérieux prend plus de 200 procès pour diffamation (un tel acharnement ne peut paraître que suspect et ce même quand les plus hautes juridictions françaises donnent raison à celui qui dénonce le système). Aussi je vous le demande : dans une société aussi formidable, une aussi grande démocratie que la nôtre, comment dans un tel pays, on en arriverait à cacher la vérité aux gens ? De toute façon, on vous l’a dit « There is no alternative », alors dormez tranquille braves gens, la finance internationale veille sur vous ; et n’allez surtout pas croire qu’on vous cache des choses : dans une société aussi ouverte que la nôtre, tout se dit, tout est clair, tout est sur la table et les journalistes font un travail d’enquête et de recoupement de l’information formidable qui éventent à tous les pseudos-scoops. Tous dus à des tenants de la théorie du complot, de ces négationnistes qui réécrivent tous les trois mois un nouveau « complot des sages de Sion » juste pour vous rendre réel vos « fantasmes ». Ayez confiance dans le Saint Capital et sa machine de propagande d’ « information » et soyez heureux.

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