Mélanges

22 mars, 2018

Chronique amusée du Macronisme – ou les horreurs du capitalisme

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 17:02

Le « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron » (mai 2017)

Après être allé à Canossa (ou plutôt à Berlin), notre cher (et brillant) premier magistrat de la République entend nous imposer le GROKO à la française, que je propose de rebaptiser le GROKOM (le parti, pas le Président) plutôt que la République en marche (qui a des relents pétainistes). Le GROKOM signifiant : « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron ». Comme il y a un caractère très religieux dans le Macronisme, voilà un acronyme qui irait à ravir. « Il n’y a plus ni juifs, ni grecs » s’était écrié Saint Paul ; il n’y a plus ni droite, ni gauche s’exclame notre nouveau Roi dont « les débuts sont parfaits », « le gouvernement plébiscité par les français » nous disent dans un chœur sans fausse note nos médias selon leur liturgie en l’honneur du nouveau Jupiter. La seule question qui se pose est : guérit-il les adolescents de l’acné comme jadis sa Majesté le fît des écrouelles ?

« Macron te touche, le marché te bénit ».

Chaque peuple a le président et les assemblées qu’il mérite. Rousseau qui est le père de la démocratie moderne nous avait déjà prévenu : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. »

Du contrat social, on ne retient généralement que le titre I (voire le II) pour justifier les beaux principes de notre Révolution. Mais Rousseau, ne s’est pas arrêté au titre II et après nous avoir exposé ce que seront les principes de la déclaration de 1789, il pense au reste : notamment ce qu’il advient d’une société où les citoyens s’imaginent que les mots suffisent pour couvrir de vérité leurs illusions. En bon philosophe des Lumières, il connaît parfaitement la Démocratie, spécialement la démocratie grecque. Rousseau sait que si démocratie il y a eu, c’est à Salamine que la Grèce la doit. La « victoire des rameurs », c’est-à-dire du peuple mobilisé contre l’ennemi, qui a permis à celui-ci de participer au souverain, de gagner sa liberté et le droit de choisir les personnes et les institutions qui le dirige. Hegel écrira dans la Phénoménologie de l’esprit que « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve la liberté. » Nous avons depuis longtemps abdiqué, car nous ne considérons plus que notre liberté doive être défendue au prix de nos vies. Ce que nous vivons actuellement n’est qu’une mise au pas voulue par ceux qui savent (et Macron, initié chez Rothschild, sait ce qu’est la réalité du monde) et qui sont conscients que nous ne nous rebellerons plus jamais. La mise au pas au sein du parti unique, n’est que la conséquence logique d’un peuple qui croit seulement aux illusions et ne veut plus voir la réalité des choses. Cachez cette oligarchie pléonexe qui nous gouverne et que je ne saurais voir. Il vient de nous le dire : il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, ceux qui ne sont bon qu’à boire, se droguer ou finir noyer en pleine mer.

Quand Macron n’était que ministre de l’économie et des finances, je m’étais fait la réflexion que ces gens-là (ceux qui savent où se trouvent les centres réels de pouvoir) exerçaient le pouvoir mais ne se présentaient jamais aux élections. Qu’ils étaient toujours dans l’ombre mais tiraient discrètement les ficelles et n’auraient pas supporté l’affront d’être battu dans les urnes. C’était oublier deux choses : 1) Rothschild avait déjà placé un président de la République (le placide et bien-aimé Pompidou, dont je vous conseille néanmoins d’écouter les allocutions faites sur la concurrence en son temps) et 2) que la France n’est plus une démocratie depuis – au moins – l’élection de Chirac (pour ne parler que de la période purement contemporaine et de cette parodie de démocratie que fut l’élection présidentielle de 2002) et que les médias ne sont plus qu’une instance de propagande du mondialisme-heureux-défendant-la vérité-contre-les-dangereux-populistes. D’ailleurs Sarkozy nous l’avait dit en 2007 : nous allons vers le nouvel ordre mondial. Si le nouvel ordre mondial n’a pas besoin de démocratie, il a en revanche besoin de l’illusion de la démocratie : que nous allions déposer, solennellement, une fois tous les cinq ans, un bulletin dans une urne afin de nous persuader que nous sommes libres. Ce qui donne lieu à six mois de débats, de litanies, de sentences, de « décorticage » par des « spécialistes », des « sondeurs », des « experts », des « analystes » ; bref tout ce que notre monde sait produire de plus emphatique et de plus inutile. Aphatie étant un des plus caricaturaux de ces journalistes analphabètes et crétins qui posent des questions qui ne servent à rien. De là aussi les sempiternels clichés sur « le droit de vote est trop important », « nous nous sommes battus pour l’avoir et il faut donc aller voter », ou encore « les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1944, alors il est important pour nous, femmes, de nous faire entendre » ; et les légions de démocrates d’aller déposer, dans l’urne, et par cohorte, leur petite fiche au nom du candidat préféré des médias de notre beau pays, de celui qui leur est imposé par la presse.  Dans une vraie démocratie, les sondages n’existeraient pas et les résultats ne seraient connus qu’une fois devenus définitifs, pas à 20h01 avec une précision au dixième de point (qui devrait en soi paraître suspecte). De même que le battage médiatique fait autour d’un ou plusieurs candidats imposés par la presse serait impossible. On devrait être révolté contre le fait que l’on nous force quasiment à voter pour un candidat qui, sans la presse, ferait à peu près le même score qu’Asselineau et qui, au final, a réussi à être élu en ne réunissant pas même un français sur quatre.

Mais disant tout cela, je rêve. Je suis un homme du passé qui compte plus sur son intuition, sa pensée et son âme que sur internet, les médias et les objets connectés. Je laisse donc mes contemporains se vautrer dans la dictature la plus abjecte (celle dénoncé en son temps par Tocqueville, les curieux iront lire et les autres, jetant un coup d’?il discret sur internet, diront « ah oui, mais ce n’est pas ça du tout ! ») et les féliciter d’avoir élu un ancien ministre qui, après avoir rétabli le servage (la fameuse loi qui porte son nom et impose le travail le dimanche et la nuit, suivant le bon vouloir de ces messieurs les patrons), va – en tant que président de notre République – détruire méthodiquement tout ce que nos ancêtres avaient gagné par leur combat (parfois à mort) de liberté et de droit contre le capitalisme, tout cela pour nous faire revenir au XIXème siècle et aux méthodes d’avant 1844. Le « dialogue social » au sein de l’entreprise n’est qu’un leurre : il ne peut pas exister de dialogue entre un patron puissant et une collectivité de salariés non regroupés qui défendent chacun leur intérêt particulier, car on trouvera toujours quelqu’un prêt à venir travailler un dimanche pour tout un tas de raisons (et spécialement parce que vivre coûte de plus en plus cher). D’ailleurs sa Majesté Jupiter 1er a nommé comme ministre du travail une ancienne « DRH », ce qui laisse augurer de ce que sera sa position : trouver un consensus mou autour de termes vagues, englobants et « non stigmatisants » et de thèmes imposés et où l’on fait semblant de céder sur toutes les lubies des uns et des autres, mais où, en fin de compte, on impose son point de vue sur l’essentiel ; quitte à rappeler, à la fin, qui décide (dans des termes choisis qui ont la caractéristique d’être : vagues, englobants et « non stigmatisants »). Il ne viendra pas à l’idée des imbéciles connectés que la vie puisse être autre chose que d’accumuler toujours plus et, pire, de dépenser cet argent en vétilles de toute sorte. Il ne leur viendra pas non plus à l’idée, qu’après avoir rincé les couches populaires, le tour viendra pour les classes moyennes et moyennes-supérieures de cracher au bassinet ; et que le jour où ils seront devenus obsolètes, en tant qu’objet du système, car trop vieux ou trop chers, ou incompatibles avec les nouvelles nouvelles-technologies, on les jettera aux ordures de la société de consommation. Ce jour-là, peut-être, comprendront-ils que dans la société mondialisée heureuse, il vaut mieux être jeune et beau pour être riche et que le jour où l’on est vieux, si l’on n’a pas d’argent pour se payer un lifting (physique et moral), on n’est plus rien et on n’a plus rien. Ils comprendront que la mondialisation heureuse n’est qu’un leurre au bénéfice de la ploutocratie mondiale : celle de ces 200 familles qui se partagent le monde (ce n’est pas moi qui le dit mais… une université Suisse). Ils redeviendront ceux qui traînent dans ces gares et qui « ne sont rien » selon le mot de ce pitre condescendant qui nous sert de président. Peut-être alors regretteront-ils la sécurité sociale et l’assurance retraite, acquises au péril de leur vie par leurs aïeux, et plus généralement le préambule de Constitution de 1946, et ils comprendront que les cotisations sociales ne sont charges que dans la bouche des suppôts du capitalisme et dans celle des comptables d’entreprises.

Ils auront la joie de voir que l’argent qui manque à la survie aura servi à payer la dette qui, toutefois, « reste à un niveau alarmant » et qu’il faut encore faire des efforts pour la limiter quitte à vendre au privé « quelques bijoux de famille » afin de « retrouver des marges de manœuvres » qui n’arriveront bien évidemment jamais. Jamais ils ne comprendront, ces imbéciles, que la raison d’être d’une banque est justement que nous soyons endettés, et que dans l’esprit d’un banquier, l’Etat n’est qu’une grosse entreprise bénéficiant de l’avantage de pouvoir faire payer perpétuellement ses sujets ; qu’ainsi plus nous serons endettés, plus nous paierons d’intérêts et mieux le système bancaire se portera. Une banque n’a strictement aucun intérêt à notre désendettement et jamais les Etats ne se désendetteront pour la bonne et simple raison que nous ne remboursons pas notre dette du fait du poids des intérêts, et des emprunts contractés pour payer les intérêts des emprunts. On emprunte pour payer  les intérêts des intérêts des emprunts ! Et, sauf à reprendre le contrôle de notre monnaie et dénoncer cet état de fait, nous sommes pieds et poings liés au système financier et destinés à payer jusqu’à la consommation des temps.

Qu’un système aussi inique et absurde arrive à se perpétuer avec l’assentiment de la multitude, depuis aussi longtemps, montre bien l’état de déliquescence morale et intellectuelle de notre société et le peu de cas que font les citoyens d’eux-même. C’est un peu comme si l’esclave montrait ses chaînes et fers avec fierté en disant qu’ils sont peut-être lourds, mais qu’au moins ils brillent et que de toute façon, leur Maître leur a dit qu’ils resteraient esclave car c’était là leur intérêt.

 « L’homme d’autrefois ne ressemblait pas à celui d’aujourd’hui. Il n’eût jamais fait partie de ce bétail que les démocraties ploutocratiques, marxistes ou racistes, nourrissent pour l’usine et le charnier. Il n’eût jamais appartenu aux troupeaux que nous voyons s’avancer tristement les uns contre les autres, en masses immenses derrière leurs machines, chacun avec ses consignes, son idéologie, ses slogans, décidés à tuer, résignés à mourir, et répétant jusqu’à la fin, avec la même résignation imbécile, la même conviction mécanique : « C’est pour mon bien… c’est pour mon bien… »

Bernanos, La France contre les robots

 

« Putain, il est chiant lui ! » (13 juillet 2017)

Je voudrais revenir sur cette magnifique phrase, d’une profondeur et d’une élégance rare, qui est à mettre au crédit de François de Rugy, Président de l’Assemblée Nationale. Elle a été prononcée le 11 juillet 2017 alors que le député communiste Jean-Paul Dufrègne prenait la parole.

 

Au-delà de la question que se pose tout un chacun – et qui semble mettre en émoi le landerneau médiatique et informatique - : « mais à qui s’adressait-il ? », il faudrait tout de même revenir sur le caractère édifiant de ces propos et se poser tout d’abord la question : comment un tel homme (de peu) peut-il être qualifié pour présider une aussi noble Assemblée ?

 

Car depuis les Etats généraux de 1484 exactement, le mandat en France est représentatif et non impératif (la Révolution n’y a rien changé). Ce qui signifie que François de Rugy me représente aussi bien que vous. Il est la voix de la France et de son peuple. Jamais voix n’a été aussi crasse semble-t-il, ni aussi insultante.

 

La vision positive des choses serait de se dire que le ci-devant de Rugy est une émanation de Rabelais, et alors peut-être se renommerait-il un page du quart-livre que nous eussions oubliée ? En quoi, et en dépit du fait, que ce genre d’insulte ne sied pas à un personnage exerçant ses fonctions, nous serions plutôt enclin à de la sympathie envers le citoyen de Rugy ; voyant-là un homme politique cultivé qui se remémore en son sein une plaisanterie, pas très fine, mais à tout le moins spirituelle, et qui lui échappe malencontreusement. Je dois vous avouer que cette perspective, pour séduisante qu’elle soit, ne me semble pas très étayée. Tellement peu que le ci-devant citoyen de Rugy n’en a pas fait mention dans sa défense.

 

Non, sa défense à lui est toute contemporaine et aussi peu empreinte de poésie qu’il se peut : il réagissait à un « SMS » reçu sur l’un de ses deux portables (bien en vue d’ailleurs) sur son perchoir. Cette défense ne lasse de me surprendre surtout par le fait qu’elle n’a déclenché aucune réaction de nos publicistes. Car enfin, la question première, et essentielle est bien : que le Président de l’Assemblée a-t-il donc besoin d’avoir des téléphones sur son bureau en pleine séance publique ? La fonction est-elle à ce point inintéressante qu’il ait besoin de se divertir ? Quel mystérieux « supérieur » au souverain pourrait bien avoir besoin de le déranger dans sa tâche ? Jupiter (le Dieu des Dieux) ? L’Etre suprême ? M. de Rugy aurait-il un contact direct avec un être supérieur ? Je reste confus qu’aucun journaliste n’ait posé la question, ni ne l’ait même imaginée. Je suppose leurs nobles et pleines têtes encombrées de questions sur la politique internationale où leurs analyses pénétrantes n’a d’égal que la vacuité de leurs connaissances du droit international.

 

Décidément notre assemblée nationale est devenue bien peu fréquentable : entre le député cartomancien, un autre qui mord son chauffeur de taxi, le chef de groupe empêtré dans des scandales financiers, un ministre qui publie des romans érotiques sous pseudonyme (en quoi elle est bien de son temps) et un Premier Ministre qui fait la campagne promotionnelle de son dernier ouvrage sur la radio publique (en attendant les nouvelles péripéties délectables qui ne manqueront pas d’arriver), tout ce fin aréopage me donne envie de dégueuler pour reprendre le langage châtié qui semble tant plaire à notre distingué Président de l’Assemblée. On voit l’évolution de notre société et où nous mène la constitution du parti unique sous la houlette de sa grâce Jupiter 1er (élu à la minorité non représentative, tout comme sa majorité parlementaire).

 

Quant à savoir à qui était destinée l’adresse du ci-devant de Rugy, il n’y a que deux possibilités.

 

Soit elle s’adresse au malheureux député communiste qui ne ferait que payer les pots cassés de l’orientation politique que prend ce parti qui s’obstine à ne pas comprendre la société qui l’entoure et à ne plus lire ni Marx ni Engels. Auquel cas, et ne nous en déplaise, il faudrait se ranger du côté de F. de Rugy (à tout le moins en privé), en espérant qu’avec cet électrochoc, le parti communiste aura compris qu’il doit défendre LE PEUPLE, le populo contre le capitalisme et ne pas essayer de vivre à son crochet pour en tirer quelques subsides – comme un vulgaire parasite.

 

Soit elle s’adresse réellement à l’un de ses « contacts », celui qui lui a envoyé un message. Auquel cas, je pense qu’en cherchant l’heure précise de l’envolée outrancière du ci-devant de Rugy, il aura perdu un ami ou se sera fait un ennemi. Peu nombreux sont en effet les hommes qui accepteraient d’être traités de la sorte et en public qui plus est. Un vrai journal d’investigation chercherait à savoir ce genre de détail amusant.

 

De toute façon, peu importe à qui s’adressait le ci-devant de Rugy, la teneur de ses propos ne trouve pas place dans la bouche du premier des représentants du peuple français. Pas plus qu’il ne devrait lui être autorisé de tenir séance avec des téléphones portables. Sa mission est bien trop importante pour cela. S’il a sollicité et obtenu la charge de Président de l’Assemblée Nationale, qu’il en assume les conséquences et qu’il ne bâille pas aux corneilles parce que les débats l’ennuient ou alors qu’il démissionne !

 

Ce que dit l’acte de M. de Rugy c’est : « vous pouvez bien raconter ce que vous voulez, cela ne m’intéresse pas et ne comptez pas sur moi pour m’assurer que les conditions du débat démocratique seront maintenues, de toute façon Sa Majesté a pris ses dispositions que moi, l’écuyer de Rugy je me dois appliquer sans coup férir. »

 

Puisqu’on parle tant d’informatisation en ce moment : autant dématérialiser une personne aussi peu amène et le remplacer par un chronographe électronique qui distribuerait le temps de parole à chaque groupe politique. Ça ferait des économies sur les caisses de l’Etat, ce qui semble être l’Alpha et l’Oméga de l’ « homme qui lit » (au lit).

 

Pendant ce temps, et sans état d’âme le ci-devant de Rugy, liquide tout ce qui restait des « conquêtes sociales ». Comme le dit Montaigne: « sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ! »


 

« Made in » partout sauf « France » (10 août 2017)

Dans sa livraison informatique du 10 août, le Monde publie un intéressant article intitulé : La reprise économique fait plonger le commerce extérieur.

Cet article nous explique, à la manière du Monde : mélange de jargon pédant et d’idées reçues (aussi creuses et dévastatrices pour la pensée que l’est une charge d’obus), qu’en dépit de la reprise économique, nous importons plus que nous n’exportons, ce qui a pour corollaire d’augmenter le déficit du commerce extérieur qui, je cite : « […] s’est creusé de 50 % […]. L’outil industriel n’arrive pas à répondre à la demande. »

J’adore ce genre de phrase écrite dans le sabir moderne qui nous sert de français, qui est devenu la langue de l’à peu près, de l’euphémisme et de la litote. Cette phrase écrite dans un français correct signifie qu’à force de faire produire partout ailleurs dans le monde ce que nous faisions chez nous (sous prétexte de prix de revient et de « délocalisations compétitives »), il n’y a tout simplement plus d’entreprise qui soit capable de fabriquer quoi que ce soit.

Ainsi, et malgré l’augmentation de la croissance, nous n’avons plus aucune entreprise qui soit en mesure de nous fournir en biens de consommation, que nous importons donc. Voici la belle explication que nous trouvons dans l’article : « l’appareil productif industriel se révèle si dégradé qu’« il est incapable de répondre normalement à la hausse de la demande intérieure », comme l’expliquait l’économiste Patrick Artus (Natixis) dans une note publiée mi-juillet. Faute de trouver des produits « made in France » qui les satisfont, les Français se fournissent ailleurs. »

L’article ajoute, non sans mauvaise foi, que c’est qui était arrivé à la politique de relance initiée par F. Mitterrand en 1983. Là, il faudrait s’entendre : en quoi la baisse des impôts des entreprises a à voir avec une politique de relance Keynésienne faite au début des années 1980 ? Macron et Hollande seraient-ils de dangereux gauchistes déroulant un hypothétique (quoique filial) « programme commun » à la manière mitterrandienne ? Donc, et sauf à reconnaître que le libéralisme ou la relance c’est bonnet blanc et blanc bonnet, le raisonnement me parait quelque peu hasardeux. Décidément, les journalistes sont vraiment payés à écrire n’importe quoi ! Le journal nous apprend également que l’industrie automobile (qui se porte bien) fabrique ses voitures à l’étranger. Vous qui croyiez naïvement conduire français en achetant une Renault, vous saurez à quoi vous en tenir lorsqu’il faudra choisir entre une Yaris et une twingo.

Voilà, en tout cas, un joli pied de nez à nos gouvernements successifs qui nous assurent depuis des lustres que la France est peuplée de fainéants qui refusent de travailler, d’alcooliques de d’abrutis qui se désirent rien faire si ce n’est vivre comme des nababs avec leurs 600 euros de RMI. Il est cocasse de noter que tous les cadeaux faits au patronat se soldent invariablement par des « augmentations de marge », des « délocalisations », des suppressions d’emplois, mais jamais par des créations d’emplois ou d’entreprises, spécialement lorsqu’elles sont nécessaires. Ce qui fait que nous ne pouvons plus rien acheter sur notre territoire puisque nous n’avons plus rien et ne pouvons plus rien produire. Plus besoin de bombarder une usine : il suffit de mettre à sa tête l’une de nos grosses têtes qui travaillent « entre 80 et 100 h par semaine » pour être sûr que ladite usine sera éradiquée du territoire plus efficacement que ne l’aurait fait une escadrille de B-17 en 1944.

Quarante ans de délocalisations et de licenciements « économiques », de « guerre contre le chômage », de « restrictions budgétaires » pour en arriver à ça ! Tout ce temps passé à expliquer aux ouvriers qu’ils coûtent trop cher, qu’ils ne sont pas compétitif, pas assez formés, trop bêtes, trop riens, pour finalement ne plus être capable, une fois la croissance « revenue » (tel un nouveau messie) ne pas avoir seulement une usine pour fabriquer ce qui nous est nécessaire ?

La solution proposée par nos grands esprits ne surprendra hélas plus personne, tant la bêtise et le syllogisme sont devenus communs : il faut « monter en gamme ». Entendez : faire de la qualité. Mais naturellement, cela demandera « à la fois du temps et une politique constante, cohérente, lisible. » Ce qui revient à dire que ce sera encore une fois de notre faute (à nous le peuple) si nous ne sommes pas capables de « monter en gamme en préservant les intérêts financiers de nos sociétés », c’est-à-dire si nous nous retrouvons encore plus pauvre tout en donnant encore davantage au capital. Comme le note un commentateur - particulièrement perspicace – de cet article : « Depuis plus de 40 ans nous menons une politique visant à favoriser les revenus du travail par rapport à ceux du capital. » Compris les pauvres ? Avec votre SMIC vous faites crier les rouages du capitalisme si fort qu’il n’arrive plus à engrener les courroies du bénéfice, si nécessaire pour que les vertueux investisseurs s’intéressent à notre misérable pays et daignent y créer des Emplois payés avec le Saint lance-pierre.

Il est amusant de noter que ce type d’article ne connaît pas la première page des journaux. Il faut un peu chercher sur le site (et dans le journal également je suppose) pour le trouver. Il faut dire que si ce type d’article était à la une, nous pourrions légitimement nous demander : à quoi bon donner (bon an, mal an) 40 000 000 000 d’euros (je mets tous les zéros pour qu’on se rende un peu compte que ce chiffre défie la logique) de cadeaux fiscaux aux entreprises pour en arriver à un tel résultat ? A quoi l’on vous répondra, sur le ton las de l’instituteur excédé, qui n’en peux plus de devoir répéter à ses mauvais élèves toujours la même chose : « gnagnagna, concurrence internationale », « gnagnagna coût du travail », « gnagnagna trop de règles », « gnagnagna impôts qui étouffent les entreprises » et le dernier « gnagnagna : déficit public » que je ne résiste pas au bonheur de vous citer tant on pourra légitimement se demander si le citer à tout propos comme on le fait actuellement, n’est pas une insulte à l’intelligence.

Me prenant donc pour Cassandre (ce qui est facile dans notre monde), je vous fais les prédictions suivantes :

Je prédis que le coût du travail va baisser en France (grâce à Mackrel : acronyme du couple Macron-Merkel) mais qu’aucun emploi ne sera créé. J’entends par emploi : un travail stable et non d’un ersatz de contrat à mi-temps pour une durée limitée en fonction du bon vouloir de ces Messieurs les Capitalistes.

Je prédis que la « pérennisation du CICE » (entendez : la pérennisation de cette curiosité économique moderne qui consiste, tel un Robin des Bois transformé en Shériff de Nottingham, à prendre aux pauvres pour donner aux riches) ne va pas créer non plus un seul emploi stable, en dépit du joli pin’s du « patron des patrons » (autrement appelé capo di tutti i capi) qui en promettait un million grâce à lui (le CICE par le capo), et qui s’est noblement exclamé « mais je n’ai jamais dit ça moi ! » lorsqu’un journaliste moins endormi que d’habitude lui avait rappelé sa promesse ; où l’on voit que si ces aventuriers modernes, ces courageux défricheurs, que dis-je : ces saints hommes ! que sont les patrons, possèdent bien des qualités ce ne sont certainement ni le courage, ni la franchise.

Je prédis que des services publics seront fermés pour financer ces formidables cadeaux, ce qui ne provoquera de gêne que pour les gens qui vivent en province ou en « périphérie » (on se demande ce qu’ils vont y faire : « ils font vraiment chier » pour reprendre les nobles paroles de Saint François de Rugy du Perchoir) et à ceux qui ne sont rien et trainent dans les gares. Mais on s’en fout : les fonctionnaires ça ne sert à rien et ça coûte de l’argent inutilement, et d’ailleurs ces parasites devraient être extirpés de leurs emplois et rejoindre les Saintes légions des Demandeurs d’Emplois qui ne demandent à n’être payés qu’au Saint Lance-Pierre.

Je prédis que la moralisation de la vie politique va engendrer de beaux et mirifiques abus réalisés aussi bien par le vulgus pecum des députés que pour les chefs de la Très Sainte République En Marche et qu’ils feront les choux gras du Canard Enchaîné, comme dans l’ « ancien temps » (et ce malgré l’apparition de Jupiter-Janus aux deux corps dans notre ciel).

Je prédis la fin de la classe moyenne qui se scindera en deux : une infime minorité rejoindra les rangs des initiés, de ceux qui ont réussi, et la majorité appauvrie, n’aura que ses yeux pour pleurer et volètera de petit travail en emploi précaires payés par les capos armés de leurs beaux et Saints Lance-Pierres.

Je prédis que la liquidation par le syndicat de faillite (autrement nommé « gouvernement ») des acquis sociaux se fera sans heurt manifeste, sans violence en dépit de quelques manifestations qui « dégénéreront » : la raison principale en sera que nous « ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens » et qu’il faut bien rattraper trente ans de « dérive sociale », ce que les français, de guerre lasse, feindront de croire.

Jupiter-Janus aux deux corps et aux deux alliances aura donc fait ce qu’il fallait à la fin de son quinquennat : grâce à lui la France sera à nouveau un pays fier de lui-même, un pays où on aura fait « les réformes de manière courageuses », sans se soucier des « petits privilèges de chacun ». Ce qui, traduit en bon français, signifie que le patronat aura réussi à nous faire revenir au XIXème siècle et que nous serons plus pauvres et loqueteux que jamais. Ce sera un nouveau pays où les retraites, l’assurance chômage et les fonctionnaires (ces fainéants) n’existeront plus. Mais cela se sera fait avec l’assentiment (tacite) de la « majorité » (c’est ainsi que l’on nomme le petit quart des électeurs inscrits qui a voté pour la Très Sainte République en Marche – le Nom en soi Loué). A cette majorité minoritaire, qui se croit très maligne et « réaliste », je dédie ces quelques lignes de Guy Debord tirées de in girum imus nocte et consumimur igni :

« Comme le mode de production moderne les a durement traités ! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé ; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres ; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût ; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées ; continuellement et mesquinement surveillés ; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles.

Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : « il faut », et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi en le leur disant n’importe comment ; et aussi bien le contraire le lendemain. »


 

Encore un accident de la route… (21 août)

 

Ce 21 août dans la matinée, une camionnette est rentrée successivement dans deux abribus à Marseille blessant un badaud puis tuant une femme avant d’être arrêté par la Police. Immédiatement, le chauffard « de nationalité française » (nous voilà à moitié rassurés : il a eu son permis en France) a été arrêté. Il semblerait qu’il ait un problème psychologique, c’est du moins l’information que relaie les journaux (à un niveau toutefois moindre que celle d’un Président démocratiquement élu – mais supposément dictateur – osant réunir une assemblée constituante dans son pays).

Il semblerait donc que notre chauffard  rejoigne la cohorte de ces chauffards un peu fou, à l’instar de celui qui a foncé dans une pizzeria, qui avait été déclaré bon pour l’asile avant de ne plus l’être, mais tout en l’étant un peu, en effet on lui reconnait la circonstance (très) atténuante (et à la limite de la psychiatrie) d’être un drogué ou plus exactement « de souffrir d’abolition de la capacité de discernement suite à l’ingestion de médicaments à haute dose ».

Encore heureux que l’auteur de la tuerie motorisée de Barcelone ne se soit pas rendu à la police, on l’aurait probablement déclaré « irresponsable » du fait de ses problèmes psychiatriques, malgré les morts, les blessés et le reste ; et gageons qu’on lui aurait retiré le permis de conduire pour au moins un an. Probablement que les apprentis artificiers qui ont fait « boum » (et qui disposaient de 120 bonbonnes de gaz), souffraient, eux aussi, de troubles du comportement.

Ces dramatiques « faits divers » posent une question de fond : mais que fait le gouvernement ?

Alors que les accidents de la route ont été déclarés « grande cause nationale » par le précédent gouvernement, dans lequel, me semble-t-il, l’actuel Président susurrait à l’oreille de l’ancien, rien n’est fait : à ce train-là, les accidents vont « repartir à la hausse » suivant l’expression attristée de journalistes. Ce seront moins de « vies sauvées » cette année (expression au moins aussi magnifique que le génial « naufragé de la route »). Car je suppose que ces malheureux faits divers seront classés dans la catégorie des accidents de la route par le ministère de la transition écologique et solidaire.

Aussi est-il urgent, que dis-je de priorité absolue, que le code de la route soit modifié afin que les chauffards qui souffrent de problèmes psychiatriques soient l’objet de mesures de contrôles périodiques par les services du ministre qui est en charge des transports. Modestement, je vais d’ailleurs lui souffler un petit conseil, vu qu’il n’a plus le temps de penser à tout et que la masse de travail a furieusement augmentée ces derniers temps (du fait du « professionnalisme » exigé par sa Sainteté, le Très Haut et Noble Jupiter – et ses deux corps, du fait qu’il a aussi été privé d’embaucher sa parentèle, et ceci sans compter que le nombre de ses collaborateurs a été drastiquement limité). Je propose donc de croiser ce contrôle avec celui du fichier dit « S », et pourquoi pas celui des détenteurs d’armes à feu (mais pardon, ce n’est pas le sujet de ce billet). Certes cela demandera probablement des réunions interministérielles (RIM dans le jargon) et un arbitrage à l’« homme qui lit », lequel devra en référer au mutique à deux corps, et peut-être cela nécessitera-t-il, même, une demande d’autorisation à la CNIL (qui acceptera en jouant les vierges outragées), cependant le jeu en vaut la chandelle, c’est du « gagnant-gagnant », du « win to win » comme pourrait le dire le(a) ministre(sse) du(de la) travail(le).

En soumettant donc ces olibrius à un contrôle périodique, durent-ils employer à l’endroit de l’administration, en recevant leur convocation, la noble exhorte de Saint François du Rugy du Perchoir et s’exclamer « put…, ils font vraiment ch… ! » ; et même si dans la salle d’attente, entre djellabistes et barbes pointus ils peuvent se poser des questions (quoique d’après tous les témoignages, les fichés S sont, « de braves voisins », dont « on ne se serait pas douté » qu’ils préparaient un mauvais coup), ils n’auraient, à priori, aucune raison de se méfier et nous sauverions des vies. Car pour parfaire l’ambiance, on pourrait ajouter quelques slogans de l’EI et une ou deux mesures prophylactiques que ce même EI impose aux femmes (spécialement les jeunes) dans les territoires qu’ils contrôlent afin de faire plus médical, voire mettre en poster la superbe image du char écrasant un innocent avec un slogan, dans le goût de la sécurité routière : « califat ou renégat, choisit ta voie (de circulation) », ce qui terminerait d’ôter les quelques méfiances naissantes.

Ainsi nous pourrions collecter suffisamment d’information pour remettre à jour ledit fichier « S » en rayant les noms de tous ceux qui sont psychiatriquement instables, supprimant ainsi le risque d’avoir des morts supplémentaires  sur nos routes. Cela permettrait en outre de ne pas attirer leur attention sur le contrôle dont ils sont l’objet (car qui se douterait qu’un banal contrôle médical décidé par le ministre qui ne veut  plus avoir la lumière à tous les étages,  vise en fait, et seulement, les personnes dangereuses pour la sureté de l’Etat ?) et de faire le ménage dans ledit fichier qui, n’en doutons pas, fondrait comme neige au soleil ; il serait ensuite possible de « redéployer » les forces de surveillance à des missions hautement plus stratégiques (au passage, nous gagnerions quelques ETP dont s’enorgueillirait le ministre des comptes et de l’action publique auprès de l’homme qui lit au lit, lequel en rendrait compte à Jupiter-Janus aux deux corps et aux deux alliances). Nous pourrions réaffecter enfin nos fins limiers à des tâches plus importantes, telles que le comptage des morts de la route dus aux chauffards irresponsables, en leur faisant dresser un rapport annuel accompagné de moults graphiques et rédigé dans le jargon franglais dont raffole les périodiques et autre journaux du soir. Par surcroît, cela nourrirait les colonnes des périodiques du mois d’août, dont la vacuité n’a d’égal que la faiblesse du nombre de lecteurs et offrirait une alternative intéressante (quoique morbide) aux articles sur les coups de soleil, ou les exploits footballistico-financier du Qatar. Mais je parie que le(a) ministre(sse) de la (du) transition(ne) écologiqu(e) et solidair(e) : Nicolas(e) Hulot(te), ne se saisira pas d’une aussi belle et fine idée et continuera d’hululer sur le bienfondé des voitures électriques roulant à l’électricité nucléaire. Comme quoi en France quand on a des idées, on n’a pas de ministre avec assez d’énergie (transitoire ou fossile) pour les réaliser.

 

 

La cigale et les fourmis

Adresse parue sur Agoravox avec l’article : Cher lecteur, ce qui suit, comme le précédent article (« encore un accident de la route… ») est de l’humour, de l’ironie. Il ne faut donc pas le prendre au pied de la lettre. Je t’écris cela suite à un conseil qui m’a été donné par un ami qui sait de source sûre (donc pas besoin de vérifier).

J’imagine la réaction que susciterait aujourd’hui la réponse que GB Shaw fit à qui une actrice qui lui écrivait qu’ils devraient faire un enfant ensemble, car elle était la plus femme d’Angleterre, et lui l’homme le plus intelligent ; à quoi il avait répondu que l’enfant pourrait bien avoir l’intelligence de la mère et la beauté du père. Ce serait une condamnation générale : cette réponse est vraiment stupide puisqu’il n’y a pas de smiley, d’encart, de pancartes : quand on fait de l’humour, on le dit putain ! diraient les uns; d’autres gloseraient à n’en plus finir sur l’homosexualité refoulée de l’auteur, argumenteraient sur le droit des minorités ; d’autres enfin tiendraient des propos sophistiqués sur le droit des femmes : en quoi une actrice est-elle plus bête qu’un romancier, et un romancier plus laid qu’une actrice (spécialement s’il est inverti) ? Oui je vous le demande?

Tous s’accorderaient néanmoins sur le fait que cette répartie frelatée, nous rappelle, décidément, les heures les plus sombres de notre histoire. Comme quoi, au commencement n’était pas le verbe, mais le sujet ! (aphorisme beaucoup plus profond qu’il n’y parait).

Le gouvernement nous joue, dans son genre, la fable de la cigale et de la fourmi. D’un côté les cigales, celles qui chantent, dansent, font des folies et pour qui l’argent coule à flot, et de l’autre les fourmis : la majorité, celle des gens qui travaillent et ne peuvent même plus se plaindre.

Dans le rôle de la cigale principale (touchée par Sa Grâce), Mme Pénicaud a décidé de faire chanter et danser, au rythme de la mondialisation, les fourmis travailleuses. La voici donc qui se dandine, frappant du pied, archet à la main, sur un rythme effréné afin d’attirer les reines auto-proclamées des fourmis à danser la farandole de l’abandon des droits (espérant que les autres fourmis n’y verront que du feu), ce que le gouvernement appelle « le consensus ». Du moins est-ce là ce qu’il veut nous faire accroire. Les syndicats (du patronat et des ouvriers) ont ainsi été invités à regarder Mme Pénicaud, tantôt en espadrille, tantôt en escarpin (voire même en tropézienne), piétiner les feuilles, désormais mortes, du code du travail. Celui-là même qui portaient jusqu’alors les droits obtenus par les fourmis, résultats de décennies de combats. Comble de l’ironie, devant des cigales-patrons hilares, les syndicats de fourmis se sont vus obligés de commenter les performances de la cigale-danseuse en talon aiguille. La grâce n’était pas forcément là, le pas était parfois lourd, parfois à contretemps, mais qu’importe ! Chacun a été sommé de faire de profondes révérences à la Grâce incarnée de la ballerine. Ce qui a donné lieu au spectacle de l’indifférence affectée, de la flatterie servile, du renard qui renâcle le fromage du corbeau, du rond de jambe et de la courbure d’échine, bref du « léchage de cul » en règle (comme on le dit dans le langage fleuri de François de Rugy du Perchoir).

La cigale touchée par Sa Grâce, cédant à sa manie qu’on l’admire, n’a pu s’empêcher de voir son narcissisme flatté une nouvelle fois, profitant qu’elle soit encore sous le feu des projecteurs. Aussi a-t-elle invité, d’abord les VIP, puis les fourmis à découvrir les « bonnes pages » de son nouveau tour de chant, lequel est la suite logique de la danse du piétinement. Comme il ne faut pas perdre les droits d’auteurs, ni se faire chiper le texte (ce qui forcerait à faire un procès pour plagiat), les chanceux invités ne pourront pas en dévoiler le contenu. La cigale touchée par Sa Grâce fera donc la lecture elle-même et pourra ainsi faire admirer toute la platitude de sa voix monocorde et aigrelette. Mais attention ! Défense de critiquer : pour cela il faudra attendre la version intégrale, celle qui est corrigée en ce moment même par Janus-Jupiter (aux deux corps et aux deux alliances).

Les VIP, premiers invités, seront certainement agréablement surpris devant l’audace de la cigale touchée par Sa Grâce. Il faut dire qu’ils se reconnaissent en elle : elle a choisi le chant et la danse, contre l’avis de sa famille qui la destinait à une carrière plus austère (disons de notaire) et elle y a réussi. Quelle volonté fallait-il pour ainsi doucher les espoirs de ses parents ! Quelle force d’âme ! Quelle persévérance ! Décidément ces ordonnances sont un coup de génie de l’homme aux deux corps, lequel a vu juste en désignant la cigale touchée par Sa Grâce pour les interpréter. Que de bonheur ! que d’amour de l’art ! que de grandeur ! n’hésitons pas à le dire, dans ce piétinement en règle et ce nouveau tour de chant. Elle est une artiste accomplie qui a réalisé tout cela avec élégance et qui a convaincu, jusqu’à ses ennemis, que cet horrible tintamarre est digne de Mozart.

Les fourmis seront également conviées à ces lectures privées. Elles n’ont pas la finesse d’esprit des VIP. Elles sont terre-à-terre et matérialistes. Elles ne voient la grandeur nulle part. Mais la cigale-ministre(sse) a réussi à les diviser, à flatter les égos de chacune en feignant de les écouter un peu, et en feignant de corriger ici une note, là un pas de danse ; en leur donnant des gages (comme à de vulgaires laquais) ; en leur faisant enfin ses fameux yeux doux de séductrice. Les fourmis se sont donc tues tout l’été (mais qui a déjà entendu crier une fourmi ?) et se tairont encore après les lectures privées. Elles l’ont promis.

Une fois ces lectures privées passées, et une fois le livre de chant acclamé par le cercle des marcheurs disparus, il se peut bien que des sans-dents, des gens qui ne sont rien : ces alcooliques, ces personnes qui n’ont pas de costume, qui n’auront jamais une Rolex à cinquante ans, qui tiennent les murs ou deviennent « dealer », bref ce qu’il reste de fourmis rouges ou noires qui n’écoutent pas les fourmis auto-proclamées reines, soient capable de descendre dans la rue et de dire qu’elles ne sont pas d’accord avec les beautés subtiles chantées par la cigale touchée par Sa Grâce ! C’était bien la peine que Janus-Jupiter donne 500 € à ces loqueteux à leur majorité pour assister à des « spectacles artistiques » quand ils prouvent qu’ils n’ont pas d’oreilles !

Avec ces désordres à venir, l’homme qui lit au lit risque lui aussi d’être mis en difficulté auprès du mutique à deux corps ; et il est fort probable qu’il doivent faire intervenir les forces de l’ordre de Gérard côlon de lion, lequel devra hâter le vote des mesures de la loi d’urgence afin de mater ces révoltes, encore du travail pour François de Rugy du Perchoir qui n’a pas fini de s’exclamer : « put…, ils font vraiment ch… ! »

Rassurons-nous tout de même, la cigale pourra désormais récompenser les fourmis de leurs efforts : vous SMICquiez jusqu’à maintenant, j’en suis fort aise ; et bien RMIsez maintenant !

 

 

Et maintenant les baisses de cotisations Shadok : plus ça monte, plus ça baisse – 23 août 2017

http://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2017/08/23/macron-differe-ses-promesses-fiscales-pour-les-salaries_5175553_5129180.html

Décidément pas à court d’idée, voici que l’homme qui lit au lit, soutenu par le mutique à deux corps, s’est mis d’accord avec Bruno Le Maire alias BOM (burn out man) pour repousser la baisse des cotisations salariales promise aux salariés et contrepartie de l’augmentation effective de la CSG. Comme de bien entendu, et il fallait s’y attendre, cette baisse sera scindée en deux : la moitié de la baisse se fera au 1er janvier 2018, l’autre moitié de la bais(s)e attendra la fin 2018 (et risque d’être effective plutôt aux calendes grecques). Mais dans le même temps la CSG, quant à elle, va augmenter dans les proportions prévues. La raison invoquée en est que le gouvernement souhaite que cette baisse de la hausse soit visible au moment de la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu ; mais comme on ne sait pas ce que va devenir ledit prélèvement, les salariés peuvent bien se brosser pour voir venir la deuxième tranche du deuxième morceau de la baisse.

Gageons que d’ici là la dette aura augmenté, pardon que la baisse de la hausse du déficit sera moins (ou plus ?) forte que prévu, ce qui donnera une belle et noble porte de sortie pour se renier. Il sera toujours temps de s’exclamer : « Excusez moi ! J’ai oublié que j’étais amnésique. »

Voici donc venu les baisses de cotisations Shadock : l’augmentation est réelle, alors que la baisse, quant à elle, n’est pas pour demain la veille. Il risque donc d’y avoir quelques désagréables surprises sur les feuilles de salaire. Il faudra alors toute la diplomatie de Le Maire (qui s’est mis en marche loin des leurs) pour expliquer, à la façon de Claude Piéplu, que plus le bulletin de salaire baisse plus il monte en réalité et que la bais(s)e est compensée par la hausse, laquelle aura lieu lorsque la baisse du déficit sera compensée par la hausse des rentrées fiscales ; cependant comme les taux directeurs seront repartis à la hausse, il faudra s’attendre à une nouvelle hausse de la dette qu’il faudra compenser par une hausse des impôts, ce qui ne permettra pas de baisser les cotisations sociales salariales, selon l’équation Shadok qui veut que trois plus plus un moins ça fasse trois hausses (soit quatre plus et un seul moins).  En bref, et comme le dit vulgairement le dicton, « mieux vaut tenir que courir ». C’est ce qu’a compris le patronat qui a obtenu que tout ce petit jeu se fasse sans lui. Ainsi les cotisations patronales (dénommées « charges » pour bien montrer que c’est mal) seront-elles en baisse sur le long terme avec le nouveau dispositif (que je propose de dénommer, au vu de ses futurs résultats : le Succès Unanime auprès des Chercheurs d’ Emploi – je vous laisse deviner l’acronyme) qui viendrait remplacer le CICE. Je propose également que Bribri la korophile (femme de Notre Sainteté Jupiter) soit chargée du dispositif, ça lui ferait une occupation divertissante car son emploi du temps ne parait pas trop charté ces derniers temps.

L’étape suivante est donc facile à deviner : comme la sécurité sociale sera de plus en plus dans le « rouge », que l’Etat voudra utiliser l’augmentation de la CSG pour « combler le déficit public » plutôt que financer le déficit SS, que la situation des caisses d’assurances chômage « sera » intolérable pour l’homme qui lit les chiffres, ce que ne manquera pas de confirmer Mumu la marcheuse en marche ; que Janus-Jupiter le néo-communiquant a, de son côté, annoncé son intention que l’Etat reprenne la gestion de la sécurité sociale, nous allons droit vers un système à l’anglaise : tournée générale de RSA pour tous les inscrits ! Comme le disait les Shadock : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles, il faut toujours taper sur les mêmes »

L’homme qui (ne) lit (pas) – 25 août 2017

 

La prestation du Premier Ministre, alias l’homme qui lit (au lit) en direct le 25 août à la télévision ne restera pas dans les annales. Il n’a pas été « jugé convaincant », c’est du moins ce qui transparaît en filigrane du « débriefing » qui a suivi sa prestation.  Elle a été jugée à ce point catastrophique, que l’on s’est empressé de présenter un sondage qui le qualifiait « d’honnête », ce qui est – parait-il – le compliment ultime venant de la bouche d’un électeur français. « Il est bien brave » comme on dit au pays.

Le problème c’est que quand on se donne les apparences du sérieux, il faut l’être. C’est bien beau de faire semblant de travailler derrière son écran, tout en comptant sur son cabinet pour vous souffler les réponses, mais quand on ajoute l’impréparation à cette légèreté, on est mis en difficulté. C’est ce qui s’est produit hier, et c’est ce qui arrive quand on lit des romans au lieu d’éplucher les tableaux excels de la DB (la Direction du Budget, pas la Division Blindée). C’est bien joli de faire le fanfaron, le coup du « ni vu, ni connu, je t’embrouille », de faire prendre par la main gauche, ce que tient la main droite et d’expliquer que si c’est pareil, c’est que c’est forcément différent, mais il faut, pour cela, savoir expliquer ces acrobaties ou à tout le moins en être convaincu. Ce qui ne semble pas le cas d’Edouard dont les réponses sont à l’exactitude, ce que Ed est à l’épicerie fine.

Jacques de RMC, n’a pas eu besoin de sortir son gourdin pour mettre l’homme qui lit au lit en difficultés. Une petite verge a suffi (c’est une métaphore bien sûr). Un petit coup de règles sur les doigts et hop !, Edouard à la plume d’argent bafouille des « euh », sue à grosses gouttes, indique « qu’il consultera son équipe à la pause, si on le lui permet », « pour être sûr d’être exact » naturellement, se reprend, s’excuse de se reprendre puis se reprend à nouveau avant de s’excuser et de bredouiller un « euh » qui ne convainc personne ; tout cela avant que Bourdin, bonne pâte, ne le sauve de la noyade.

On se dira peut-être que c’est cela la nouvelle politique : et qu’il vaut mieux quelqu’un qui bredouille, et s’excuse de ne pas savoir, plutôt que ces ministres « de l’ancien temps » qui disaient les pires absurdités avec aplomb. Oui mais comble de malchance plus le premier ministre s’embrouille, plus il se renie. Par exemple lorsqu’on lui parle de la baisse de la taxe d’habitation où il mélange allègrement le pourcentage de la baisse avec le pourcentage de personnes exonérées. Ce qui, en on conviendra, n’est pas exactement la même chose. Fifi a d’autant moins d’excuse qu’il était jusqu’alors maire du Havre et ancien pensionnaire de l’ENA, donc pas un débutant en politique, ni dans le monde administratif. Parodiant François, il a dû rugir en lui-même « put…, il fait vraiment ch… celui-là ! »

Il va être bon pour relire L’écriture ou la vie, lequel lui avait déjà « fait passer l’envie de se plaindre ». Sans compter que ça risque de mettre en Kohler le secrétaire général de l’Elysée. De plus, Sa Majesté Janus-Jupiter a beau trouver sa majorité législative pleine de fraîcheur, je doute fort qu’il goûte que le premier de ses ministres – qui est censé ne pas avoir pris de vacances et donc avoir travaillé ses dossiers – soit en aussi petite forme devant les « terribles » journalistes de BFMTV (qui avouons-le ne sont pas les pires). J’imagine bien la même scène entre Edouard (le Bel-Ami du XXIème siècle) et l’aphatique de France Info, lui donnant du « vous en êtes sûrs ? », « ah bon ? Ce n’est pas ce que j’ai lu… », « vous avez des infos que j’ai pas. Et je ne vous dis pas que vous avez tort. Mais j’essaie de comprendre… ». Pour un gouvernement qui joue aux déductions Shadok avec les cotisations sociales salariales (« plus ça baisse, plus ça monte ») et qui fait des passements de jambes avec la CSG à en rendre Neymar jaloux, il faut bien avouer que cela fait désordre. En espérant tout de même, pour lui, que la « meuf » Sibeth ne nous annonce pas, un jour prochain, la démission de l’homme qui lit par un cinglant SMS du genre : « ouais, le gars est dead, fired ».

Comme le disait, avec sagesse et philosophie, l’immense professeur Choron : Poule qui couve des navets n’aura jamais de poussins.

Reste que ce petit monde s’entend comme larron en foire quand il s’agit de casser du populo ; quand on voit comment Janus-Jupiter aux deux corps et aux deux alliances se comporte, dans le même temps, avec les journalistes, donnant au premier ministre autrichien un : « Quel est ton taux de chômage, Christian ? » On se dit que tous ces gens ont à peu près la même estime pour le peuple que Néron en avait pour Rome. Nous sommes des larves, des loqueteux, des bouches inutiles, nous brûlerons pour expier notre faute incommensurable de n’être que des gens de rien. Devant ce type de remarque,  et la réponse – cinglante – qui a fusé (sur le ton : « vous allez voir ce que vous allez voir, bandes de fainéants imbéciles ! »), on en viendrait presque à s’excuser de vivre et d’avoir un travail. On rendrait presque ces malheureux euros que nous avons gagnés en priant Son Altesse de nous pardonner.

Dans son brillant esprit de banquier : « mieux vaut un petit travail que pas de travail du tout » et quand on a 2 €, on est deux fois plus riches que quand on a 1 €.  Heureusement les 26 000 € de maquillage que sa Grâce nous a fait payer afin que l’on s’occupe de son auguste face, nous font, quelque peu, retrouver notre estime.  


 

Du coup de casque – 1er septembre

 

Il y a diverses manières de donner des coups de casque. Le coup de casque le plus efficace, si l’on veut, est celui qui envoie votre opposant au tapis. Un coup de casque simple, net et précis. Celui-là est très efficace mais risque de vous causer des ennuis, surtout si vous aviez avec lui des différends et que votre agression ne se justifie par vraiment. Le coup de casque peut être plus triomphal est plus compliqué, plus fin mais donne également plus de satisfaction. Il consiste à asséner un grand coup sur la tête d’une foule immense et de faire des milliers de victimes d’un seul coup ; c’est un coup de casque plus sournois et moins douloureux mais qui laisse Ô combien plus de traces. Petit précis.

Pour ceux qui souhaiteraient commettre des coups de casques simples, et qui relèvent de la voie de fait, tout en évitant les petits désagréments qui vont avec (comme par exemple une comparution immédiate assortie d’une amende et peut-être d’une peine de prison), pas besoin de trop de complications : il faut invoquer l’insulte raciste, qui doit sortir comme par M’jid. Un petit mot prétendument mal placé et hop ! Deux grands coups de casque dans la tronche. Soyons sérieux : il ne faut pas rire sur le sujet des discriminations. Pour faire plus vrai, hâtez-vous chez votre médecin pour y simuler un malaise et faites-vous prescrire six jours « d’ITTP » (si vous avez la chance que ça marche…) au motif de la commotion qui vous a causée par le fait « d’avoir été traité ». Naturellement, dans un tweet assassin (pardon pour le mauvais jeu de mots), donnez votre version (édulcorée) des faits : c’est vous la victime, « la put… de sa race », on « vous a traité » et même –zyva – « on vous a attrapé par le bras tellement que vous avez cru, ma parole, qu’il vous l’a cassé » (le bras) ; sa mère la tepu : il était trop stocma le gars. Pas d’autre choix que de se défendre contre ce « bouffon ». Vous pouvez aussi prétendre que l’agresseur unique était triple (comme la concentration d’alcool dans votre sang). Bien sûr, il vaut mieux ajouter que l’on « s’excuse » et que « la violence ne fait pas partie de votre vocabulaire » (on est plus à une contradiction près…), et il est bon de rappeler que les français sont d’horribles racistes-fascistes-qui-nous-rappelent-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Saleté de souchiens. Dernière chose, portez rapidement plainte contre votre victime (si possible pendant qu’elle est encore en soins intensifs) : vous gagnerez un temps précieux pour votre défense qui pourra alors être reprise par les médias. Plus c’est gros plus ça passe. Soyez le Goebbels de votre vie. Après tout, c’est quoi ces cons qui viennent vous parler et qui ne sont pas de votre avis ? Ils font vraiment chier (cf. François de Rugy du perchoir). L’excuse de la discrimination raciale pour aussi vous servir pour ne pas payer vos notes de taxi : une petite insulte raciste prêtée au chauffeur, et hop, une morsure en guise de paiement. Elle est pas belle la vie ? Petite précision : cela ne marche que si vous êtes député étiqueté LREM et encore, ça ne vous évitera pas la garde à vue… Pire le parti risque de vous lâcher dès la première « incartade casquique » si j’ose dire. « On ne salit pas impunément l’histoire de Jupiter » pour parodier PJN (Petit Joufflu Normal, l’ancien chef de l’ancien monde).

L’autre manière de mettre de grands coups de casque est plus subtile et sournoise. Elle consiste à amener vos victimes chez vous, sous les lambris et les ors de la République, dans l’entre-soi, en compagnie de gens distingués qui ne boivent le thé qu’en levant le petit doigt. Le plus dur sera de trouver l’alibi : quoiqu’avec  un peu de jugeotte, on peut facilement faire venir un syndicaliste si on lui propose de parler travail et qu’on souhaite son avis. Une fois l’invitation lancée et acceptée, discutez longuement et sans façon avec vos victimes, donnez-leur du « tu », faites semblant de les écouter (pour les détendre et les mettre à l’aise). Conviez à votre sauterie, une femme sans âge, un peu fadasse, pas trop belle, ni trop avenante dont vous vous serez assuré, qu’à la manière de Jeanne d’Arc, elle ait entendu la voix du Patronat lui susurrant qu’il faut « bouter les chômeurs hors de France ». Bref trouvez une ancienne DRH. Faites-lui débiter, avec toute la fadeur de sa voix monocorde, une interminable litanie de mesures techniques, jusqu’à ce qu’endormissement de la proie s’ensuive. Là, lorsque tout le monde est bien endormi, sortez votre casque et bam ! en pleine gueule ! A votre manière, plus distinguée que celle de vos ouailles, parlez de « réforme ambitieuse, équilibrée et juste ». Faites dire à votre DRH à la voix aigrelette, que celle-ci  donnera plus de « sécurité » aux salariés (vous n’êtes plus à une contradiction près), même – et surtout – si votre réforme vise à faciliter les licenciements : utilisez des mots-valises qui ne veulent absolument rien dire et qui encombrent le français moderne : « flexi-sécurité », « employabilité », « pénibilité », « contrat de chantier » que sais-je ? Ne dites pas que les patrons feront ce qu’ils voudront et pourront foutre à la porte leurs employés pour trois cacahuètes quand bon leur chante, mais faites au contraire valoir que le montant des indemnités de licenciements a été augmenté d’un quart, grâce à votre réforme « ambitieuse ». Et dernier coup de casque, rappelez que vous avez « fait un exercice d’écoute, mais d’arbitrage à la fin ». Votre adversaire et désormais en sang et par terre. Profitez-en pour dire que c’est lui qui vous a agressé, avec ses menaces de grève ; alors que vous, vous ne vouliez que discuter, et que la violence ne fait pas partie de votre langage. Que vous êtes la victime en proposant une réforme équilibrée contre votre horrible victime qui est un rétrograde-qui-nous-rappele-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Avec un peu de chance, le juge suprême de la démocratie (qui est l’opinion) vous pardonnera votre voie de fait et vous pourrez continuer, comme si de rien n’était, à promouvoir les intérêts des plus riches contre les plus pauvres en vous parant de « réalisme » et le : « de-toute-façon-si-on-ne-fait-rien-demain-sera-pire-qu’aujourd’hui-qui-est déjà-affreux-par-rapport-à-hier ». C’est d’ailleurs pour cela que Janus-Jupiter a deux corps, deux alliances et deux têtes : pour vous mettre deux fois plus de coups de boules à la fois. Comme quoi, les coups de casque les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. Et pour reprendre le regretté Professeur Choron : il y a plus de bonheur à donner des coups de pieds au cul qu’à en recevoir.

 

 

 

Jupiter roi des Shadock- 8 septembre

 

Jupiter, alias Shadok 1er, a des idées géniales sur tout. Ainsi, ayant bais(s)é les APL de 5 euros, en appelle-t-il « tous les propriétaires à baisser les loyers de 5 euros », « c’est cela la responsabilité » ajoute-t-il. Ce genre de « petites phrases » (comme l’on dit dans le landerneau journalistique) est représentative de la pensée de l’homme bien plus que la bourde qu’elle est supposée être. Elle dévoile la pensée profonde de son auteur, le peu de considération qu’il se fait du peuple.

Ainsi donc Janus-Jupiter, l’homme aux deux alliances, porte-t-il bien son nom et sa filiation : le voici non seulement Président de la République, mais habité du corps mystique du roi en reprenant à son compte la théorie chère à Kantorowicz et qu’il développé largement dans un long article paru il y a quelques années. Il faut faire attention quand on utilise une métaphore : elle en dit beaucoup plus que ce qu’on croit. Macron a voulu faire le malin en parlant de la théorie de Kantorowicz, pour prouver qu’il est très intelligent et « habité » (qualificatif qui vaut dans la vie privée d’être mis à l’asile) d’une « vision de la France » ; or que dit Kantorowicz ? Que le ROI était à la fois le primus inter pares, mais qu’il représentait aussi dans sa personne la Nation et la continuité de la France. Pourquoi cette idée ? Tout simplement parce que la France est la création d’une famille : les capétiens, ces fameux « quarante rois qui ont fait la France » (pour reprendre l’expression parlante de Maurras). On comprend donc bien, qu’à un moment, pour basculer du népotisme à la création d’un Etat moderne, ceux qui croyaient à l’Etat ont dû créer une abstraction juridique à partir de la seule chose qui incarnait le pays et l’unité nationale : c’est-à-dire le corps du Roi lui-même. Si je voulais faire le malin (comme Janus-Jupiter), je vous dirais qu’on pourrait faire remonter les prémices de cette abstraction jusqu’au XIVème siècle, lorsqu’à l’occasion d’un conflit entre le royaume de France et le Saint Empire Romano-Germanique (qui avait éclaté à propos d’îles se trouvant sur le Rhin) l’un des avocats de la Couronne eut l’idée géniale de dire que « le Roi de France est Empereur en son royaume ». Il s’agit là des premiers signes de la construction de l’Etat moderne, puisque dès cet instant le droit romain (et les prérogatives appartenant à son empereur) purent être utilisés au bénéfice du roi de France. Cela se passait sous Philippe IV le Bel. Cette longue digression pour expliquer que dans l’esprit de Macron, les français sont supposés regretter leur roi, et que lui (Emmanuel 1er) renoue avec cette tradition monarchique. Il croit la déceler dans le fait que la République a été incarnée par de puissantes figures (dont le Général de Gaulle). Il veut donc nous ramener à 1788. D’ailleurs, il en a bien la figure et l’allure. Il ressemble plus aux descendants capétiens de la famille d’Espagne qu’à un Président de la République récent (fut-il normal ou agité du bocal). Macron se conduit donc en Roi de France et non en Président de la République. Il règne sur ses sujets mais ne gouverne pas des Citoyens. C’est une manière de voir les choses, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande.

Pour en revenir à nos cinq euros, le bon plaisir de sa Majesté étant de récupérer ces quelques deniers sur les gueux (en baissant les APL), il en appelle – comme sous l’Ancien Régime – à l’aumône : « Après tout, les gentilshommes qui louent des appartements vétustes à la roture peuvent bien faire ce geste. Que sont cinq euros ? N’est-ce pas là le prix d’une baguette ? »

Janus-Jupiter aux deux corps, nous sert donc encore un de ses calculs fumeux qui se résume à : si je vous prends, et que l’on vous donne (surtout si ce n’est pas moi – l’Etat – qui donne), vous n’y verrez que du feu et tout le monde sera content. Quant à savoir qui les rendra, on verra plus tard ; mais ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas lésez, faites-moi confiance. Il pense que les français sont devenus un peuple de shadock qui croit n’importe quel syllogisme du moment qu’il a quelques apparences d’une construction intellectuelle. A ce temps du raisonnement, il est bon de rappeler que, comme le disait l’immense professeur Choron, la main ne peut rattraper le pet qu’on vient de lâcher ou en français plus classique : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Car si la baisse des APL est certaine (« actée » comme on dit dans le parler actuel), il y a fort à douter que les propriétaires goûtent cet appel à leur charité spontanée et qu’ils s’exécutent pour les beaux yeux de chouette de Jupiter. Après les augmentations certaines de la CSG compensée par la baisse éventuelle des cotisations (qui est renvoyée aux calendes grecques), on voit que le procédé s’améliore ; méditant M. Mauss, il réinvente l’esprit du don : je te prends pour qu’un autre te donne. C’est très beau et digne de ce fin président-tyran (au sens antique du terme)-philosophe, qui, en plus de ne pas être chouette, Minerve…

Comme le disait l’immense Professeur Choron : On encule plus de mouches avec de la vaseline qu’avec du vinaigre

 

 

T’as (He)gel – 8 septembre

 

Nous avons une chance inouïe de vivre sous le règne de Janus-Jupiter-Zeus. Car en plus d’être le Dieu des Dieux, d’avoir deux corps (car tel Janus il regarde aussi bien vers le passé que vers l’avenir sans jamais voir le présent), il vogue sur les hauts cieux de la philosophie et de la politique, ne s’abaissant jamais le plus bas qui est celui de parler aux hommes et non aux idées. C’est le sens de son merveilleux message (plein de cette onction ecclésiastique qui caractérise ses discours) qu’il a délivré au peuple grec. Notre roi-philosophe (Platon depuis l’éternité, doit regretter de ne pas vivre à notre époque) du haut du Pnyx a parlé, et le monde va changer. Il a parlé de la chouette de Minerve qui, c’est bien connu, ne prend son envol qu’à la nuit tombée. Sa Sainteté, le Très Haut et très Révéré, a donc dit :

« Allons, allons, prenons le temps et regardons vers l’avenir. Certes, mes prédécesseurs vont ont pillés, ont acculés la majorité de la population à la famine, ont conduit certains d’entre vous au suicide ; nous vous avons dépouillés, tondus, rasés, affamés. Mais enfin mes amis : ça c’est du passé, c’est l’ancien monde, tout va changer grâce à moi. Je suis ici pour en témoigner.

Regardons l’avenir ! Que sont ces quelques broutilles, ces passagers désagréments, au regard de ce que je vous propose ? Regardez la beauté du libéralisme et la grandeur de son action. Pensez à Minerve et à sa chouette. Vous verrez : un jour les plus nobles d’entre vous, non seulement survivrons, mais auront assez d’argent pour se payer un costume trois pièces. Ils auront alors la chance d’arpenter les gares et d’y rencontrer ceux qui ne sont rien et pourront regarder avec condescendance ces « fainéants ». En leur offrant votre obole de 5 euros – qui leur permettra tout juste de s’acheter assez de vin (ce sont tous des alcooliques) – vous vous rendrez alors compte de cette chose merveilleuse qu’a été le coup de pousse qu’a donné l’Europe à votre destin. Alors oui, la majorité vivra sous le seuil de pauvreté ; oui une grande partie des filles se prostitueront (pour votre plus grand plaisir) et oui leurs frères n’auront d’autres choix que de vendre de la drogue, ou d’assurer la sécurité des touristes (car dans notre esprit la Grèce n’est qu’une sorte de musée antique à ciel ouvert, qui a la chance de bénéficier d’un temps agréable, et n’a aucun autre avenir que d’accueillir des touristes et fournir de la main d’œuvre à bon marché), bien sûr les vieux crèveront la gueule ouverte (ce qui est normal vu que ce sont des bouches inutiles à nourrir) mais enfin : vous serez l’élite. Vous pourrez me tutoyer. Voyez quel avenir radieux je vous offre ! C’est grâce à moi que vous pourrez enfin vous en sortir (enfin les plus valeureux d’entre vous, pas les sans-dents comme dirait l’autre) et profiter du luxe qui est de posséder 3 maisons, 5 voitures, un yacht et un compte en banque dans un paradis fiscal. »

Voilà le discours que Janus-Jupiter est allé délivrer aux grecs. Bien sûr, les paroles réelles se sont drapées des envolées lyriques dont Notre Puissant et Haut guide aime à se goberger : « souveraineté », « volonté », «confiance ». Il y a aussi les phrases qui suintent le philosophe et l’historien à bon marché :

« Oui l’Acropole d’Athènes est un miroir tendu à notre identité européenne, nous nous y reconnaissons, nous y lisons notre destin commun et ce temple fut celui des dieux antiques, mais aujourd’hui les croyances qui l’ont fait naître ont disparu et pourtant nous pensons encore à cette force. Nous sentons encore sa part sacrée. »

Ce qui est aussi creux que le ventre de milliers d’athéniens, mais cela fait passer la pilule du libéralisme, tout comme les quelques mots (mal prononcés) en grec au début de sa péroraison. Lisez son discours dans son intégralité, tout est à l’avenant.

L’inconvénient quand on est Janus et qu’on a deux visages, c’est que si l’on regarde à la fois le passé et l’avenir, on ne voit pas le présent… Or le présent pour les grecs, ce n’est pas reluisant : c’est la faillite organisée de leur pays, c’est le vol en règle de leurs richesses par les barons du capitalisme, c’est leur fierté plurimillénaires foulée au pied et vouée aux gémonies de l’ultralibéralisme ; c’est aussi un pays nu, pillé, appauvri. Vraiment, il faut ne pas vivre dans la réalité pour aller déblatérer pareilles inepties au peuple grec. C’est vraiment se déguiser en taureau et ruer pour enlever ce qu’il reste de vocation  et de pudeur à cette pauvre Europe. En tout cas, voilà qui ne manque pas de « sel ». Quelqu’un de mauvaise foi, pourrait dire qu’on nous cache le but secret du voyage de Zeus au pays d’Apollon, qu’il pourrait y avoir là-dessous organisation de quelques banquets licencieux, et que ce boniment n’a servi qu’à justifier l’escapade ; mais nous ne sommes pas de mauvaise foi et laisserons un chacun à son imagination à propos des motivations de l’homme aux deux corps et aux deux alliances.

Comme le disait, avec philosophie, le grand Professeur Choron : Si tu veux connaître ton ami, baisse ton pantalon et mets-toi à quatre pattes au bord du chemin

 

 

Va te faire voir chez les grecs ! 11 septembre 2017

 

« Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir, chaque jour, la même détermination »

Macron a l’art de la formule et sait peser le sens des mots et des symboles. Pour quelqu’un qui a fait des études de philosophie, quoi de plus normal après tout ? Ainsi choisissant l’endroit de sa diatribe et de son geste, il envoie, au peuple français, un bras d’honneur depuis la Grèce, qu’on peut résumer par : ceux qui ne pensent pas comme moi sont soit des fainéants, soit des cyniques, soit des extrêmes ; camarade citoyen : choisis ton camp mais sache que je te considérerais toujours comme du vulgus pecum.

Il se trouve que je ressortis des trois catégories et je laisse l’homme aux deux alliances et aux deux corps à ses turpitudes.

Car contrairement à Janus-Jupiter, je suis un fainéant, dans ce sens où je ne considère pas que nous devions passer la seule vie qui nous est offerte à trimer comme des larbins pour des capitalistes ingrats et que l’idéal de notre vie soit de posséder quelques gadgets inutiles. Nous avons mieux à faire de notre vie que de « travailler », du moins dans le sens où l’utilise Janus-Jupiter, l’homme qui lit au lit, la cigale du capitalisme, le gouvernement, le capo di tutti i capi (don Gattaz) et toute leur clique. Au hasard, et plutôt que de travailler, on peut lire Machiavel et écrire une réfutation de l’étude que Macron lui a consacré. Nous pouvons aussi nous hasarder à parcourir notre pays (au sens de notre pagus) et faire des rencontres au gré des circonstances, échanger, discuter, méditer. Nous avons enfin le loisir de cultiver notre jardin et de manger les légumes issus de notre labeur, ce qui nous changera des pétro-tomates bourrées d’OGM que le président grenouille qui se voulait aussi gros qu’un bœuf veut nous obliger à ingurgiter. Périsse ton travail et celui des capitalistes plutôt que Ma vie ! Je ne vois pas l’utilité de croître, de gagner plus d’argent si c’est pour ne rien en faire. Ce que nous propose Macron, c’est de l’argent et des domestiques pour s’occuper de nos enfants, de notre maison etc. Bref c’est le retour à la société des castes. Je n’en veux pas. La vie est une chose trop sérieuse pour la confier à des économistes.

Je suis cynique, au sens de Diogène. Je dis donc à Janus-Jupiter (comme Diogène à Alexandre) « ôte-toi de mon soleil ». J’entends par-là que les Lumières qui nous ont guidées, celles qui nous ont libérées en tant que peuple, qui nous ont apporté tant de choses, doivent à nouveau briller. Nous ne sommes pas la variable d’ajustement du capitalisme. Nous sommes des sujets autonomes, des êtres humains qui valent plus que leur profit. L’Etat est endetté ? La belle affaire, je (nous le peuple) ne lui avons pas prêté… Qu’ils se débrouillent entre financiers, mais qu’ils ne viennent pas larder le pacte social d’un coup de leur canif de poche. Et si on me demande mon avis sur ce sujet : j’interdirais l’usure. Il est facile de se désendetter : rendons aux banques ce qu’ils nous ont prêtés (le principal) et pour les intérêts, comme le dirait Janus-Jupiter aux deux alliances : allez vous faire voir chez les grecs ! Le chômage est trop important ? Si nous n’importions pas du bout du monde la moindre pelote de laine, peut-être les citoyens auraient-ils du travail ? Arrêtons également de nous conduire comme des colonisateurs économiques avec les autres pays et peut-être que la haine du « tiers monde » diminuera à notre égard. Je gage que si nous ne bombardions pas les pays arabes pour nous approprier ce qu’il leur reste de pétrole, nous aurions moins de « terrorisme ». Au lieu de nous parler d’économie, parlez-nous de Nous. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous pour notre société ? Quel est notre avenir commun ? Voilà qui est plus intéressant que de parler de déficit, de chômage et d’ASSEDIC. Cela nous permettrait de tracer une philosophie de vie, de faire des choix sur ce qu’on nomme pompeusement le « vivre-ensemble », voilà des sujets que devraient apprécier un ancien apprenti-philosophe raté, aujourd’hui Tyran sans conscience.

Je suis extrémiste également : rendez-vous compte, je souhaite que le bonheur et que le partage soit notre raison de vivre ! Pas l’accumulation. Pas la consommation. Pas la détestation des uns par les autres. Le Bonheur, la joie de vivre. Voilà un programme révolutionnaire me semble-t-il. Comme nos glorieux ancêtres. Je vais aussi utiliser un gros mot : je suis un radical. Au sens où l’était le Parti Radical (celui de Jaurès) à ses débuts. Je propose une critique radicale (étymologiquement à la racine) de notre société. Non le libéralisme n’est pas la seule voie possible pour l’humanité. La croissance n’est pas l’alpha et l’oméga d’une pensée rationnelle (il faut être fou pour croire qu’une croissance illimitée est possible dans un monde fini). La spéculation et la destruction de la Terre ne sont pas un idéal. Le brouet infâme que nous servent les médias n’est pas de l’information. Pas plus que les légumes sous vides ne nous sont utiles pour vivre. Nous méritons mieux que cela. Et j’en viens donc en quoi je suis extrémiste : je pense qu’il faut arrêter de travailler et casser les machines (humaines ou informatiques) qui nous polluent la vie et dire ce que nous voulons.

L’homme aux deux têtes, du haut de son olympe peut me détester, je ne suis pas comme lui. Je suis un être humain, pas cet ersatz de produit politique à l’égo surdimensionné qui nous a été vendu comme la panacée politique. Pas un enfant gâté poussé aux OGM intellectuels pour faire l’ENA.

Comme le disait l’immense professeur Choron et qui décrit assez bien ce nain politique : rien ne nous rend aussi grand qu’une paire d’échasses.

 

 

Macron lit-il au lit ? 13 septembre

Janus-Jupiter s’est choisi un Premier Ministre qui lui ressemble : un fin lettré qui écrit des livres qui sont au moins aussi passionnants que les libelles que sa Divinité déclame lui-même devant les foules endormies. Car dépasser le troisième paragraphe d’un discours prononcé par Jupiter-Zeus depuis son Elysée est un supplice de Tantale. Mais Macron est un tyran-philosophe qui sait qu’il doit se porter partout où il arrive des malheurs, c’est ce qui le différencie de son chef du Gouvernement qui reste assis sur sa chaise à potasser et qui ne sait bredouiller que des « euh » lorsqu’on le met sur le grill.

L’homme aux deux corps et aux deux alliances, avec la bougeotte qui le caractérise et son goût immodéré pour économiser l’argent public, s’en est donc allé dormir, comme un boy-scout, au milieu des pompiers sur l’île de Saint Martin. Chacun a les destinations de camping qu’il mérite. Lui a choisi « un lit de camp » au milieu des sinistrés de l’ouragan Irma. Il a dû bien dormir à la belle étoile (reste à savoir si son lit de camp était assez grand pour lui et Bribri la korophile). Il n’est toutefois pas arrivé les mains vides. Son airbus a apporté 12 tonnes de produits de première nécessité ainsi que des médicaments aux victimes antillaises. Il a également bien emporté plusieurs tonnes de journalistes, de caméras et de micros, ainsi que le nécessaire pour apparaître fringuant, mais de cela les gazettes ne soufflent mot. A son habitude, il était allé au « charbon », rejouant le fameux épisode « Whirlpool » de la campagne présidentielle. Il a choisi de se mêler à la population pour l’écouter. « Si j’écoute la sécurité, je suis mort politiquement » avait-il dit à cette occasion (ou quelque chose approchant). Sachant pertinemment qu’il ne risque rien (la sécurité est bien là et le coup de poing n’est plus la mode des manifestants actuels), il a donc joué le faux courageux et s’est colleté la populace locale. Pour quelqu’un qui s’était piteusement caché dans les étages d’un immeuble parisien lors de l’épisode du rachat du journal Le Monde où, une fois encore, il avait joué un double rôle (le fameux « en même temps »), conseillant officiellement et officieusement, les deux repreneurs et usant de la fameuse technique mafieuse qui consiste à arroser tout le monde, c’est assez cocasse. De toute façon, Macron est de notre époque : il est inconséquent. Il n’est responsable de rien. En temps que Président, il rédige des procédures et manage ses équipes. Il ne gouverne pas. Un ouragan ? Oui, mais il n’est pas responsable de la nature quand même ? Des secours qui tardent à arriver ? Toutes les procédures ont été respectées, que peut-on faire de plus ? Quant à se demander pourquoi la population d’une île, qui ne comporte même pas une source d’eau potable, a été multipliée par quatre en vingt ans : c’est une question qui ne lui effleurera jamais l’esprit. Ce qui compte, c’est l’action. Ne prévoyons rien, ne réfléchissons sur rien, mais agissons lorsque l’irréparable est arrivé. Et puis un ouragan, c’est une guerre en moins dangereux : après la destruction, vient la reconstruction, ce qui est bon pour l’emploi et la croissance. Il faut regarder vers l’avenir, vous n’avez pas écouté son discours du Pnyx ou quoi ?

Il va tout de même bousculer toutes les règles pour indemniser au plus vite les victimes, cela il l’a promis. Plus de frein, les assurances vont se mettre en marche. Gageons que les nombreux milliardaires qui ont perdu l’une de leurs (nombreuses) résidences secondaires seront remboursés en intégralité (voire plus), quant aux loqueteux qui habitent des maisons en tôle, ils auront des tôles neuves. C’est là la beauté du capitalisme : chacun reçoit selon ce qui lui revient.

Mais une question me taraude, Macron a-t-il emporté avec lui un exemplaire des « hommes qui lisent » de son cher Edouard pour cette escapade antillaise, et l’a-t-il lu au lit de camp ? En tout cas, voilà un geste qui aurait été noble de sa part, et aurait fait un peu de publicité à ce pauvre Premier Ministre qui vit dans l’ombre immense de Sa sainteté (aussi bien politiquement que littérairement). Ce pauvre homme qui lit au lit, et qui confesse avoir « lu bien des livres avant de se rendre compte qu’il aimait lire », doit se dire comme l’immense professeur Choron qu’il n’y a pas de sots métiers, mais que des métiers à la con.


 

Le petit-séminaire d’(A)Ubervilliers – 19 septembre

Pendant que Janus-Jupiter sauve la planète, réforme le monde et le reste de l’univers connu à New-York, ses personnels et associés (puisqu’il est officiellement le directeur du conseil d’administration de son parti) sont réunis à (A)Ubervilliers – sur les docks – pour un séminaire d’entreprise.

Comme REM est composé de « shinny happy people », on ne parle pas de séminaire, mais de « team building ». Durant cette gentille réunion, où les points seront mis sur les i, ces « gens resplendissants et heureux », que sont les députés de sa Sainteté (CEO de LREM SAS), auront droits à des workshops et autres co-working sur les thèmes variés (au hasard) : « se rencontrer et commencer à construire une aspiration de groupe », « mon rôle et mon ambition de député LREM », « nous et notre écosystème ». Certains collaborateurs et autres franchisés LREM SAS n’ayant pas respecté le secret des affaires, ce recadrage, qui n’ose pas dire son nom, s’imposait.

Je dois avouer que je ne comprends pas un traitre mot au sabir utilisé par ce fin aréopage. Tout comme je ne vois pas ce qui peut émerger d’un tel déferlement d’anglicisme, solécismes et autre barbarismes, si ce n’est créer une novlangue qui permettra à tous les députés de parler ce langage, si particulier, qui n’est compris de personne, si ce n’est du milieu bobo parisien et des journalistes. Cela leur donnera ainsi l’illusion que tout le monde parle d’une seule voix au sein de LREM SAS.

Le Maréchal Ferrand de la REM, toujours empêtré dans de sombres histoires de mutuelle, qui se faisait aussi discret que Grouchy après Waterloo, sera le maître de cérémonie de ce merveilleux évènement censé durer 48 heures (selon les standards de la communication) et non deux jours comme l’aurait dit n’importe quel français moyen. Mais les gens qui parlent français ne sont rien et c’est bien leur problème. Jamais ils n’intégreront ce gratin qui jargonne à qui mieux mieux et dont le langage est aussi exotique au commun et ésotérique que l’était la langue des oiseaux des alchimistes au moyen-âge.

Pour avoir une chance d’intégrer la classe dominante, il faut savoir utiliser ce patois moderne. Condition siné qua non. Dans le domaine de LREM SAS, qui est la politique, on apprendra donc que : on ne travaille pas, « on fait le job » ; on ne reconnaît pas le droit de procréer sans père, on « étend la PMA » ; on n’appauvrit pas les fonctionnaires, on fait « des ajustements structurels » ; on ne dit pas que le chômage va augmenter chez les pauvres et qu’ils n’auront que leurs yeux pour pleurer mais que « les réformes en temps de crise sont beaucoup plus douloureuses » ; on ne raye pas d’un trait de plume le préambule de la Constitution de 1946 et ses principes sociaux, on clarifie le rôle de chacun et on promeut la « flexi-sécurité » : flexibilité pour les salariés (qui ont toujours le droit d’aller travailler en Roumanie pour 200€ par mois) et sécurité pour les profits des entreprises. On apprendre aussi à utiliser des phrases creuses et qui ne veulent rien dire, à l’exemple de Sainte Muriel du Capital : « la rénovation du modèle social devrait permettre une dynamique » (!?!) Quand les députés-franchisés LREM SAS maîtriseront tout cela, point besoin ne sera de vaseline pour mettre la main invisible du capital dans le cul des travailleurs. Ils sauront qu’il faut toujours dire « s’il te plaît » avant de faire les poches de sa victime : ça s’appelle « le dialogue social » en politique.

Ainsi va le monde chez LREM SAS et les gagnants de la mondialisation : d’un côté les winners et de l’autre les losers. Mais même chez les winners, malgré l’ « horizontalité », « la collégialité des décisions » et le « management participatif », il existe une hiérarchie. Tout en haut Janus-Jupiter à deux têtes et deux alliances, tout de suite après l’homme en Kohler de l’Elysée, puis l’Homme qui lit au lit, puis le gouvernement (tous des collaborateurs de sa Sainteté), enfin le middle-management qui doit guider les employés de la start-up France et pour se faire, apprendre le catéchisme Macronien par cœur (d’où l’idée de ces deux jours de récitation). Quant à Brigitte la chartée, elle tient une place à part : sorte de muse intemporelle (quoique un peu défraîchie) de Sa Sainteté.

Le choix du lieu de ce petit-séminaire – (A)Uber-villiers – n’est pas un hasard, puisque chaque député LREM SAS est uberisé dans la start-up Macron. Il ne bénéficie pas d’une «  rente de situation », mais est un collaborateur temporaire, choisi sur CV, avec un CDD de 5 ans et obligation de résultat et de discrétion professionnelle. Les députés savent qu’ils ne sont pas élus, mais désignés pour représenter la marque « Macron ». Il leur faut donc démontrer qu’ils « en ont », qu’ils ont compris le fonctionnement du libéralisme 2.0, qu’ils sont de la race de ces héros qui se parent de ces beaux noms « d’entrepreneur », de « patron », de « boss » ; qu’ils savent utiliser au mieux leur statut d’auto-entrepreneur LREM SAS dans l’intérêt du big boss et qu’ils savent conquérir des parts de marchés pour la marque (comprenez gagner des voix). Sinon, gare au licenciement lors des prochaines élections ! Ils ne manquent pas d’auto-entrepreneur aux dents plus longues que les leurs, prêts à tout pour prendre leur place. Ce sont là les merveilles du « nouveau monde » macronique.

Ce middle-management sera rejoint par la direction du groupe (son « CODIR » ou son « COMEX » c’est au choix de chacun), c’est à dire les membres du gouvernement themselves. Ils bénéficieront donc d’une masterclass de Philippe l’homme débraillé qui lit partout (jusque sur les marches de l’Elysée) et qui prendra, nous en sommes sûrs, un malin plaisir à leur lire quelques pages de son opuscule afin donner de la hauteur aux travaux (et écouler quelque peu le stock stagnant), un autre atelier sera certainement organisé par la cigale du capitalisme qui fera sa fameuse danse du piétinement du code du travail (le team building, c’est aussi se mettre en scène devant les autres) ; gageons qu’ils entendront les rugissements de Lyon de Collomb le transfugé. Et qu’enfin Christophe Castaner, marquis de la Marche, clôturera les travaux en portant la parole de sa Sainteté avec onction, comme il le fait en toutes occasions et jusqu’à l’absurde (à tel point qu’on devrait l’appeler le laxatif d’Edouard à la plume d’argent).

L’histoire ne nous dit toutefois pas s’il y aura un cours de civilité à l’usage des députés en marche vers l’Olympe où il pourrait leur être prodigué quelques conseils de bon sens tels que : ne pas mordre les chauffeurs de taxis, ne pas insulter celui qui est en train de parler devant la représentation nationale, ne pas profiter de son statut de député pour faire payer des visites privées de l’assemblée nationale, ou encore comment rester courtois et ne pas frapper un adversaire politique avec un casque de moto. Mais vu la manière dont le PDG traite les employés de la marque France, il y a fort à parier qu’on se moque de ce genre de détail au sens de LREM SAS. Pour parodier les mots de sa Sainteté durant la campagne présidentielle : « les bonnes mœurs, on s’en fout ! ».

En tout cas, avec un tel « plan d’actions », la définition « d’objectifs aussi ambitieux », la fixation de « jalons » et la production des « livrables attendus », il n’y a pas à douter que l’image, quelque peu ternie, de Janus-Jupiter ne revienne vite vers les sommets de l’Olympe, et que LREM SAS ne redevienne le leader dans son secteur d’activités électorales. Quitte à licencier quelques collaborateurs s’ils ne réalisent pas les objectifs de vente. L’amusant de la chose est que « les personnels » licenciés ne bénéficieront pas des largesses et de la « sécurité » introduites par les ordonnances sur le travail et qu’ils continueront à percevoir leurs indemnités de députés au-delà du mois légal imposé par lesdites ordonnances.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Mieux vaut une main pleine d’écus que deux mains pleines de merde.


 

Le lapsus qui révèle -20 septembre

 

Janus-Jupiter a deux têtes, ce qui est beaucoup pour un seul homme. Ce qui de plus le rend très (trop ?) intelligent. Parfois, la tête de droite oublie que Janus-Jupiter est censée plutôt pencher à gauche. Ce qui est ennuyeux. Ainsi à New-York, entre la poignée de main avec Trump et le sauvetage de la planète, l’homme aux deux corps s’est-il laissé aller à dire que la France allait sortir de l’« état de droit », voulant parler semble-t-il de la sortie de l’état d’urgence. Voilà ce que c’est que de vouloir être partout à la fois, eut-on deux corps. Je pense depuis le début que la pensée de Macron ne fonctionne pas par lapsus, ni par erreur. Quand il dit que les français sont des fainéants, il le pense sincèrement. Il n’a que mépris pour le peuple et ne s’en cache pas. Quand il dit que l’Etat de droit touche à sa fin, je pense qu’il dit vrai. Il le pense tellement fort qu’il le dit, à son corps défendant. Jupiter, dans la mythologie a fondé l’Olympe en tuant Chronos et en lui faisant régurgiter ses enfants. Macron a aussi tué le temps. Le « temps politique » comme le nomme nos publicistes. Il est arrivé au pouvoir en un temps record. Il a tué toutes les institutions et les codes de ce géant légendaire et omnipotent (impotent pour certains) qu’on nomme l’Etat Providence. Le colosse a régurgité et régurgite, pêle-mêle : la protection qu’il offre aux pauvres, aux nécessiteux, aux victimes du capitalisme, et vide le service public de ce qui relève de sa mission d’intérêt général. Quant aux mamelles de la République et sa sacro-sainte devise : elle se résume à Liberté d’entreprendre, égalité pour tous dans la pauvreté et fraternité entre le pouvoir dirigeant et la nouvelle noblesse mafieuse que sont les patrons. Macron aime Gattaz et Sarkozy, soit l’ultralibéralisme et la politique dans tout ce qu’elle a de plus vil. Macron se moque comme d’une chemise de ses concitoyens. L’Etat de droit, pour lui consiste à faire un droit pour les riches, un droit pour les classes moyennes et un droit pour les pauvres qui consiste à devoir travailler tout en étant le moins cher possible. Ne pas oublier qu’étymologiquement « privilège » vient du latin « pravatus legere » (loi privée) ou loi applicable à une partie seulement de la population, par opposition au « publicus » (du substantif « pla » qui signifie la foule) qui est ce qui régit l’ensemble du corps social.

Macron réhabilite le privé. Ses actes et ses paroles sont entièrement dédiés au privé, ce qui prouve, si besoin était, que le public, l’intérêt général, n’est pas son fort.

Macron va tuer l’Etat de droit, il n’en a que faire : ce qui compte c’est le premier de cordée, celui qui touche le sommet, peu importe pour cela de devoir laisser mourir en route quelques sherpas, de couper la corde si elle est trop lourde et que l’on n’arrive plus à faire monter les autres. Lui est en haut, et lui a le droit de faire ce qu’il veut : après tout les élections sont ouvertes, et si vous vous croyez plus fort que lui, rien ne vous empêche de vous présenter et de vous faire élire Président pour faire ensuite ce que bon vous semble.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Celui que tu assieds sur tes épaules essaiera de te pisser dans le col de la chemise

 


 

« Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder là où ils pourraient avoir des places » – 4 octobre 2017

Pour Janus-Jupiter et ses sbires (dont le primus inter pares, l’inconsistant et incompétent Homme qui lit au lit), il doit y avoir une place privilégiée pour les Seigneurs, les grands, les beaux, les forts dont, naturellement, ils font partie. L’homme aux deux corps est celui qui a réussi à séduire sa prof au lycée (ce qui prouve qu’il était déjà plus fort que ses camarades), il a réussi l’ENA, il a été dans les cabinets ministériels, banquier d’affaires, rapporteur d’Attali (l’Attila de l’Humanisme), conseiller à l’Elysée. Bref un surhomme. Le plus brillant d’entre tous. Normal qu’il soit président de la république à 38 ans non ? Et que faire quand on a aussi brillamment réussi ? Donner des leçons, montrer aux autres « qu’ils ne sont rien », « que s’ils se sortaient un peu les doigts du cul, ils pourraient être Bill Gates ». Comme si le but ultime d’une vie était d’amasser de l’argent ? Quel exemple nous donne l’homme aux deux alliances et aux deux têtes ? Celle d’un arriviste. Un Rastignac sans honneur. Un homosexuel qui n’assume pas. Un de ces membres de la conjuration des imbéciles qui se croit très malin mais que tout le monde voit venir à des kilomètres avec ses gros sabots et qui est unanimement détesté. Un bonimenteur qui essaie de vous vendre les vessies au prix de lanternes en or.

Le compliqué de notre époque est que le peuple donne l’impression d’être las. Intoxiqué par une presse aux ordres des milliardaires qui lui répète inlassablement que c’est de sa faute s’il ne travaille pas, qu’il faut avoir l’honneur de porter le glorieux titre de patron qui ne se gagne que grâce à son intelligence, son talent, son courage, son héroïsme : son génie n’ayons pas peur des mots. Tous les autres, sans exception, sont des nuls, des ratés, qui n’ont rien compris à leur monde. La caractéristique principale de notre monde étant d’être révolutionnaire. Avez-vous remarqué combien de révolutions nous avons subis, subissons et subirons ? La révolution de l’automobile, du numérique, de marché du travail, du marché de la betterave, de la production des jambons. Tout est révolutionnaire dans notre « nouveau monde ». C’est d’ailleurs le titre du programme de campagne de l’insipide de l’Elysée. Il faut se méfier des mots : ils ont un sens et celui-ci est bien souvent lié à son étymologie. Dans le marasme de la nullité actuelle : faire de l’étymologie vous classe immanquablement dans la catégorie des vieux, des rétrogrades, de l’ancien monde – formule ultime de la ringardise. Etymologiquement donc, révolution vient du latin revolvere littéralement « mettre sens dessus dessous » (et pas sans dessus dessous). Inverser en somme. Ceux qui savent encore ce que c’est, peuvent ouvrir un dictionnaire pour vérifier. Voilà donc bien comment le signifié explique le signifiant.

 

Comme le disait l’immense professeur Choron : Le singe est toujours singe, fut-il vêtu de pourpre avec une plume dans le cul

 

 

 

L’universalité de la langue française – 11 octobre 2017

Comment peut-on à ce point raconter autant d’inepties à chaque fois qu’on ouvre la bouche ? Janus-Jupiter qui n’en rate, décidément, pas une, a encore raconté n’importe quoi (n’importe comment qui plus est) chez nos amis germains.

On peut être sûr que dès que le gratin journalistique s’emballe pour une chose, il faut en penser le contraire. Ainsi pour BFM, Macron est-il « trop » cultivé. Sans doute lui pousse-t-il de la scarole dans les oreilles (pour parodier Guitry) ?  Pivot a adoré le discours, si nous étions taquin, nous lui demanderions de le faire écrire sous forme de dictée, ou nous rappellerions simplement à l’homme aux deux alliances qu’au début de l’ère industrielle (c’est-à-dire pour lui, le début de l’Histoire), un certain Mérimée fit une dictée regroupant toutes les difficultés de la langue française à laquelle la meilleure note fut obtenue par un certain Prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche de son état et tout à la fois germanophone et francophone. Les temps changent. Désormais on se contente qu’un de nos gouvernant aille ânonner deux bêtises et trois lieux communs en Germanie pour que les publicistes s’extasient sur son intelligence et vantent le rayonnement de la France.

Pauvre France, penser qu’il suffit d’utiliser trois références littéraires pour être littéralement élevé au rang de divinité. Dans un temps pas si lointain, nos Présidents aimaient et maîtrisaient la langue française. De Gaulle écrivit ses mémoires de guerre, Mitterrand

Je vous laisse vous délecter du verbatim de cette intervention que j’ai retrouvé :

« Je veux défendre notre langue en ce qu’elle est une nation plus large que la France. Elle n’est forte que dans le multilinguisme »

Une langue plus large que la France, qui est forte dans le multilinguisme… Je comprends que ce soit trop intelligent pour M. Magnien. Je pense que comme il n’a pas compris un traître mot de cette phrase, il se dit que celui qui l’a prononcé, est –décidément- très (trop) intelligent. Rassurez-vous mon bon Monsieur Magnien et rangez votre pudeur : l’homme aux deux têtes a raconté une bien belle ineptie. Cette phrase n’a strictement aucun sens. Sauf à vouloir faire le jésuite. Si elle en avait un, elle signifierait que le sabir franglais est préférable à la langue de Voltaire et que le français doit mourir pour faire place nette à une langue internationale, dont on peut supposer qu’elle soit l’anglais. D’ailleurs les journalistes français, sur un ton fanfaron et patriote (dans le plus style de Déroulède), n’avaient-ils pas dit que Macron s’exprimait mieux en anglais que le Président des Etats-Unis lui-même dixit, des journalistes américains. Of course, aurait-on envie d’ajouter.

«L’intelligence du langage, parfois son âpreté, c’est ce qui nous fait revenir au mot. C’est ce qui empêche de céder à la peur, à la brutalité, à ce qui désunit (…) Le livre permet de tenir ces consciences dans ce dialogue critique et mouvant, incessant. Rien ne sera de long terme comme l’est le livre».

Eh bien non Mister President. L’intelligence du langage n’est pas ce qui nous empêche de céder à la peur, à la brutalité, à ce qui nous désunit. L’intelligence dont on vous vante tant (à commencer par M. Magnien) se pare de mots ; or ces mots que vous prononcez sur un ton qu’on ne peut qualifier autrement que d’« ecclésiastique », ces mots, si doux, si consensuels, effaçant autant que possible toute velléité de contestation (le fameux « en même temps qui permet de raconter, tout, n’importe quoi et son contraire) sont infectés par les germes de la division, du mépris de classe, que vous portez aux gens du peuple. L’intelligence, supposée, de votre langage est l’exact opposé de votre politique : brutale, jouant sur les peurs (du chômage, de l’ « insécurité », du terrorisme, de la dette, de l’envolée du prix du pétrole, du beurre et des navets), prônant la désunion nationale (les chômeurs sont des fainéants, des bons à rien qu’ils faut mettre au travail sans coup férir). Certains dictateurs, des rois absolus, des despotes ont pu aimer les livres et les arts et tuer leurs concitoyens. Voyez l’usage que l’on a fait de la Torah, du Coran ou de la Bible. Rien n’est de long terme comme le sont ces livres, si ce n’est les fanatismes qu’ils ont engendrés. La platitude des traités des économistes, l’aridité des analyses de Schumpeter, d’Hayek ou de Friedman ont peut-être ouvert un débat « critique et mouvant, incessant », mais ils ont surtout permis la mise en place d’une société ignoble, une société du nombre, de la « productivité », bref l’exact opposé d’une société humaine.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Le juste milieu est dans la raie des fesses.

 

 

Les cocus de Macronisme – 24 octobre 2017

Janus-Jupiter, se croyant très malin à tout promis à tout le monde en même temps. Aux anciennes colonies : il a promis que la France ferait repentance (ce qu’il a dit en qualifiant la colonisation de « crimes contre l’humanité »). Aux chômeurs, il a promis un emploi. Aux handicapés, il a promis qu’ils seraient mieux traités. Aux riches, il a promis des réductions d’impôts. Aux patrons la fin du code du travail. Aux femmes, la fin des discriminations. Aux chiens, la fin de la maltraitance. Aux malades, la fin de la maladie. Tout cela « en même temps ». Tic de langage devenu sa marque de fabrique. Il promet tout et rien « en même temps ». Sa main gauche ignore ce que fait sa main droite « en même temps ».

Cela me fait penser à un ouvrage du Moyen-âge qu’on moquait beaucoup à l’université, afin de prouver – ô combien – notre esprit avait progressé. Il était l’œuvre d’un moine érudit et s’intitulait « concordancia discordancia » – (la concordance des discordance), cette ouvrage s’essayait à rien moins qu’à trouver les concordances entre les textes discordants. Une pure construction intellectuelle. Un syllogisme géant. Il me semble que le « en même temps » procède de la même matière. Il croit résoudre les contradictions, au motif d’une sagesse de pacotille.

Macron est l’homme du vent, de l’esbroufe. Le haut fonctionnaire qui applique les discours creux de l’ENA à la culture, à l’histoire, à la politique. Passé entre ses mains, même Marx en viendrait à passer pour un capitaliste renfrogné en même temps qu’un contestataire du système. L’avantage du « en même temps », c’est qu’il permet de dire tout et son contraire. Finalement la philosophie de Janus-Jupiter n’est que celle de Pierre Dac qui disait « tout est dans tout et vice-versa ».

Voilà que tous les cocus commencent à gronder, car à part envers les classes (très) aisées, il n’a tenu aucune de ses promesses. Tout le monde est au régime du pain sec et de l’eau. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, il ne faudrait pas que tous les mécontents s’unissent.

Janus-Jupiter devrait méditer la phrase de l’immense professeur Choron : Réchauffe les pattes d’une grenouille sur une plaque chauffante, et aussitôt elle te saute à la gueule !

 

 

Les vœux pieux de Janus-Jupiter – 17 janvier

L’homme aux deux corps et aux deux alliances a renoué avec la Tradition. Il a souhaité ses vœux à la presse. Miracle. Enthousiasme. Génie. Intelligence. Dès la troisième phrase, on retrouve le ton inimitable de sa Sainteté. De son ton marqué par l’onction ecclésiastique, le Très Haut a eu cette expression magnifique « à un moment où l’année tourne sur ses gonds ». Cette expression, qui en plus d’être laide, reflète le mieux ce qu’est Macron : une baudruche, un ectoplasme rempli d’air. Chacune de ses interventions est remplie de ces phrases vides, creuses, qui n’ont aucun sens et qui font le bonheur des « intellectuels » de notre pauvre France et dont on se devrait se souvenir, selon le bon mot (celui-là) de Bernanos qu’ils devraient être tenus pour stupide jusqu’à ce qu’ils nous aient démontré le contraire.

« Je continuerai d’évoquer, avec la Turquie, la situation des journalistes emprisonnés, empêchés d’exercer leur métier dans quelques jours. Je le ferai dans le respect mais avec le souci de défendre en même temps, si je puis dire, nos valeurs et nos intérêts. » Certains mots trahissent plus qu’autre chose la pensée de ceux qui les prononcent. Quand Macron parle de « nos valeurs et de nos intérêts », il faut comprendre les siens, ceux du libéralisme. Ce libéralisme, clef de voûte du Système, véritable vérité révélée, parole sainte pour celui qui la prononce « que le libéralisme te guérisse de ta gale ou de ta lèpre ». Voilà l’intérêt de Macron, celui qu’il confond avec les intérêts de la France, tant il pense qu’il incarne l’idée de la Nation mieux que quiconque. Or la seule chose qu’il incarne c’est lui-même, sa prétention, son arrogance de classe et sa cupidité. L’intérêt de Macron est que la presse soit non pas à ses ordres, mais aux ordres du libéralisme (économique et des mœurs, dans ce Janus moderne qui semble regarder dans deux directions opposées – la droite et la gauche, mais qui ne forme qu’un seul et même visage : celui du libéralisme). Dans ce monde, il n’y a pas de place pour les voix discordantes. Quiconque pense que le libéralisme est une erreur, quiconque juge que la PMA, la GPA, reviennent à organiser une traite de l’humain, quiconque estime que le transhumanisme est un asservissement de l’être humain et son ravalement au rang de machine doit être regardé comme un « complotiste », quelqu’un qui répand des « fake news », celui qui jugera qu’administrer onze vaccins à son enfant doit relever d’un choix personnel et non d’une décision de l’Etat sera poursuivi lui aussi comme un être dépourvu d’intelligence, cédant aux sites d’extrême droite (ou gauche) et ne connaissant rien à la science. On accusera facilement un pays, la Russie d’être derrière tout cela. Ce qui est cocasse est de voir à quel point les mêmes personnes qui accordent tous les droits en tant que consommateur, nous expliquant – jusqu’à satiété – que la publicité n’influence pas nos comportements et que notre libre arbitre nous permettra in fine de choisir ce qui nous est le plus favorable, viennent nous dire que trois tweets lus par à peine quelques milliers de personnes ont déterminé l’élection du Président des Etats-Unis. S’il y a du « complotisme » c’est bien dans ce genre d’affirmation.

Macron en vient tout naturellement, dans son discours à forger un nouveau mot : celui d’« illibéralisme ». Une sorte d’illettrisme à destination du peuple. L’illibéralisme : quelle découverte magnifique ! Quel mot ! Qu’y a-t-il de pire qu’être illibéral ? C’est un peu l’eau ferrugineuse du sketch de Bourvil. Je vois bien sa Sainteté excédée, tentant de lancer à la face de son contradicteur : « nous n’êtes qu’un fat, un illi-li-li-béral ». On en frémit d’avance. Un nouveau mot-valise qui va permettre d’empaqueter son adversaire dans un mauvais drap, un patchwork de concepts vide de sens. Janus-Jupiter a utilisé lors de la campagne, l’expression de poudre de « perlimpinpin » qui avait fait beaucoup de bruit (simplement parce que plus personne n’utilise les expressions populaires). Je crois, avec le recul, que c’était un lapsus révélateur comme on dit en psychanalyse : Macron est bien le grand marchand de poudre de perlimpinpin. Il en distribue partout et tout le temps, il en parsème partout dans le monde, il essaie même de nous en vendre. Gare au retour de bâton.

L’illibéralisme est, si je comprends la bouillie infâme que nous a servi l’homme aux deux têtes en même temps qu’une nouvelle accusation qui se définit comme une sorte de nouveau crime de lèse-majesté. L’illibéralisme consiste à préférer son peuple aux chimères, à dénoncer les hypocrisies et mensonges du système. L’illibéraliste, c’est en somme celui qui empêche de tourner en rond. L’illibéral dit au roi qu’il est nu. Or le roi, c’est bien connu déteste être nu, même s’ill’est plus encore qu’un vers. Macron est nu et à quatre pattes devant le système financier mondial. Il n’attend qu’un chose : la divine main invisible du marché et dans son immense candeur, il s’imagine que tout le monde est comme lui. Qu’il soit inverti, passe encore, mais qu’il souhaite faire de la France un peuple d’inverti, c’est un peu trop.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Il ne suffit pas à une casserole d’avoir la queue coupée pour ressembler à une tasse de thé.

 

 

« Shoes France » – 22 janvier 2018

L’homme aux deux alliances a prononcé un discours, à huis clos, et en anglais, aux cent-quarante plus grands chefs d’entreprises mondiales dans le magnifique écrin des rois. Un décor à la hauteur de Sa Hauteur et de tout le gratin qui l’entourait. Tout cela, bien sûr, aux frais du contribuable.

Le somptueux décor de Versailles, édifié par un roi qui se moquait de la dette publique comme de sa dernière chaussette, et qui préférait l’honneur d’avoir le plus beau château du monde aux comptes d’apothicaires des bourgeois, sert, trois siècles plus tard, à vendre une soupe frelatée aux « investisseurs » et aux grands patrons, bref à ce qu’il a désormais de plus « important » dans le monde. Car les patrons sont les vrais aventuriers de notre monde. Pour un peu on croirait revivre Lapeyrouse narrant ses exploits sur les sept mers au roi Soleil. Personnellement, je suis choqué qu’on ait invité ainsi, sans me demander mon avis, ces tapeurs d’impôts dans notre plus belle demeure. Pour filer la métaphore moderne, c’est du Airb’n’b sauvage. En quoi devrais-je payer, sur mes impôts, pour que sa Hauteur réunisse à l’œil cent quatre personnes, dont la moitié au moins me doit (en tant que contribuable) plusieurs dizaines de milliards d’euros en impôts ? Car ce qui est encore plus choquant, c’est que non content de ne pas payer l’impôt, ces gens-là viennent nous expliquer la manière dont il faut en plus s’y prendre pour nous faire les poches à l’avenir, sous l’œil bienveillant du descendant de la cuisse (de poulet) de Jupiter. C’est un peu comme si un pickpocket vous détroussait en vous expliquant tout ce qu’il vous prend avec l’aide amusée de la police. Je trouve que Janus-Jupiter se paie notre tête et qu’il est outrecuidant.

Ce qu’il a tout de même de bien avec la société capitaliste, c’est son cynisme absolu et surtout son absence totale de tact. Ainsi pendant que Janus-Jupiter aux deux corps fanfaronnait et annonçait, dans le meilleur goût des communiqués de victoires militaires des armées en défaite, que les grands groupes s’étaient engagés (sans rien signer naturellement) à créer « deux mille deux cents emplois et à trois virgule cinq milliards d’investissement » sur cinq ans (faut quand même pas déconner), grâce à son grand raout et à la privatisation du plus beau château du monde ; Carrefour – entreprise franco-française s’il en est – annonce qu’elle va faire dans le dur : pas moins de deux mille quatre cents emplois seront supprimés en France selon les syndicats. Entre les annonces fracassantes et hypothétiques de Janus-Jupiter et celles en catimini, mais réelles, de l’enseigne française, c’est match nul oserait-on dire (et encore dans le meilleur des cas…)  Cette mauvaise nouvelle nous offre au moins un réconfort : nous prouver que les moulinets de bras et les pouces levés de l’homme aux deux corps et aux deux alliances ne sont que de l’esbroufe pour impressionner le quidam. Et du coup, on peut se demander à quoi sert d’inviter cent-quarante « personnalités » aussi importantes si l’on n’est pas capable de balayer devant sa porte ?  Où l’on voit également que les chaussures étrangères aiment bien s’essuyer les pieds sur le paillasson « France ».

Les emplois promis et les investissements virtuels consentis ont une contrepartie. La plus directe sont les fameuses ordonnances de la cigale du Capital, mais celles-ci ne sont sûrement que la partie visible de l’iceberg. Comment expliquer que des sociétés comme Facebook ou Google ouvrent « gratuitement » des centres de formation pour que les chômeurs français « s’initient aux nouvelles technologies » ? Quelles sont les contreparties cachées, les petits arrangements entre amis pris lors de la « shoes france » ? On se doute qu’outre le fait d’avoir rendu un menu service à Janus-Jupiter (service qui se monnaiera le temps venu), des compensations fiscales, voire l’« oubli » de certaines dettes qui traînent depuis des années ne doit pas être étranger à ce curieux accord. Ce qui sera certainement considéré comme une grande avancée par les médias serviles. Sans compter que comme l’indiquait ce matin, le président de la chambre de commerce en France : « c’est un secret bien gardé, mais dans certains états américains (dont la Californie) la fiscalité est bien plus élevée qu’en France », et que par ailleurs « la France bénéficie de très bonnes infrastructures » ; donc « autant en bénéficier gratuitement » oserait-on ajouter tout aussi ingénument que ce bon monsieur.

Il est profondément choquant que le discours de l’homme aux deux têtes n’ait pas été publié. Rencontrer dans notre dos autant de « beau monde », aux frais des contribuables, et au son des trompettes et ne pas diffuser le message qu’il leur a été délivré relève de la gageure. Que nous cache-t-il ? Je suppose que si nous savions ce que Janus-Jupiter a dit dans notre dos, les bras nous en tomberaient. La teneur a dû être, à peu de choses près, et en substance : « rassurez-vous, grâce à mon courage, les travailleurs français seront bientôt aussi bon marché que ceux de la Roumanie. J’ai déjà pris des mesures : vous pourrez vous libérer du poids mort de tous ces imbéciles si vous le jugez nécessaire sans que cela ne vous en coûte. Et avec leur consentement en plus : ces abrutis n’ont rien dit ! Pour l’avenir, je m’engage à ne pas taxer vos bénéfices afin qu’ils deviennent encore plus colossaux ; et pour ne pas vous pénaliser : je vais naturellement baisser vos impôts personnels (j’ai déjà supprimé l’ISF). C’est dire à quel point, je suis digne de la confiance que vous avez placé en moi pour servir veulement vos intérêts. S’il vous plaît : faites semblant de payer votre écot après le trou normand (je vous ai réservé du Cognac hors d’âge et hors de prix). Une urne est à votre disposition. Je présenterais cela comme une immense avancée et ça renforcera mon image, ce qui nous permettra de raser encore un peu plus tous ces cons. Vive le Capitalisme, Vive le libéralisme ! »

Il est tout de même significatif qu’aucun média ne relève le caractère profondément choquant de cette sauterie. Oser organiser une conférence en anglais dans le lieu du pouvoir absolu et de la prééminence du Français, voulu par Louis XIV qui veillait à tout, s’agaçait du moindre détail qui portait atteinte à l’honneur de la France (qu’il confondait avec sa personne), et qui obtint que l’ambassadeur français ait le pas sur tous les ambassadeurs du monde ; le pauvre homme doit, comme on dit trivialement, se retourner dans sa tombe. On est passé du soulier français ouvragé, de l’œuvre d’art avec ses escarboucles à la « shoes France », la mauvaise basket en plastique « made in n’importe où sauf France ». Du Royal Louis au ju-pitre-érien Macron. Ce n’est plus de la comédie, c’est du mauvais vaudeville et tout cela pour trois malheureux milliards que l’Etat ne veut pas investir ; pour deux milles emplois qui n’en doutons pas, seront « détruits » avant même d’avoir été créé dans une belle et courageuse parole à la Gattaz : « mais je n’ai rien promis moi ». Sa Grandeur n’en a cure. La seule chose qui l’intéresse est le miroir aux alouettes que lui tend la presse, les publi-reportages diffusés par la télévision, relayés par la radio et diffusés par les journaux (qu’ils aient ou non une « opinion », ils tous ont en commun d’appartenir aux mêmes puissances). S’il y a un personnage historique avec qui Macron a des accointances, c’est plutôt Jeanne d’Arc : tous deux ont entendu des voix. A cette différence que celles de Macron lui disent de bouter le français hors de France.

Réjouissons-nous, le « redressement de la France est en marche », il ne faut pas se demander ce que la France peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour elle. Allez, un peu de patience et Janus-Jupiter lira les mémoires de Churchill et nous promettra de la sueur, du sang, des larmes et la victoire.

Comme le notait, avec une philosophie certaine, l’immense professeur Choron : C’est au pied du mur qu’on voit pisser le maçon.


 

Qui podest ? (2 février)

En 2008, Janus-Jupiter est nommé aux côtés d’Attali (conseiller du feu Sphinx et lui-même « socialiste » jusque dans ses moindres fibres ainsi que nous allons le voir) pour coprésider la commission qui portera son nom (dans ces hautes sphères, ce n’est pas la modestie qui étouffe). Sont membres de cette commission : tous les patrons des grands groupes (dont Rotschild que le futur Président représente alors), ainsi que des professeurs d’université (à Harvard, il ne faut quand même pas déconner), des directeurs d’établissements publics aux ordres du gouvernement, ainsi que des personnalités « de la société civile » (on se demande de quelle société dépendent les fonctionnaires…). Tout se bel aréopage s’il est divers ne fait pas preuve d’une grande diversité. J’ai par exemple beaucoup ri de cet obscur Michel de Virville, présenté comme ingénieur de recherche du CNRS et surtout devenu DRH de grandes entreprises.

Qu’est-il donc sorti comme idées géniales de cette noble assemblée ? Des voies « pour libérer la croissance » (on se demande qui a bien pu la mettre en cage ?), et ô miracle, on y retrouve : le programme du président Macron, « ordonnance travail », suppression de 120 000 fonctionnaires (annoncée le 1er février par le sinistre violeur) et toutes une série de mesures que nous allons voir.  Rassembler tant de grands « esprits » pour arriver à de si petites idées ! Il eut suffi de faire envoyer un mail par le Patron du Medef (alias capo di tutti i capi) et nous aurions eu les mêmes propositions pour moins cher.

Ce rapport est l’archétype de la méthode macroniste. Il mélange les vœux pieux, les évidences (ex. DECISION FONDAMENTALE 1 : « se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, le travail de groupe, l’anglais et l’informatique ») avec la remise en cause totale de notre société, ainsi à côté de cette « DECISION FONDAMENTALE 1 », qui ne fait qu’énoncer une banalité de niveau sixième, on retrouve la « DECISION FONDAMENTALE 2 » : « Constituer 10 grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche autour de 10 campus, réels et virtuels, fixant les conditions d’excellence de l’ensemble du système de formation supérieur et de recherche » qui signe la fin de l’Université telle que nous la connaissons depuis le XIème siècle. Le but de l’Université a été historiquement de développer le savoir et de le diffuser, il n’a jamais été de constituer des « pôles d’excellence » à destination de l’élite du capitalisme mondialisé afin qu’elle serve ensuite de courroie de transmission à l’oligarchie de l’argent. Ce type de proposition est une insulte à l’intelligence. Elle est révélatrice de l’homme « si intelligent » aux phrases creuses et à la chouette de Minerve qui est encensé urbi et orbi par l’ensemble des médias.

Après avoir rendu la liberté au marché du travail, réduit le nombre des fonctionnaires, voici les prochains chantiers de Macron pour son (ou ses) prochain(s) quinquennat(s) :

-        Suppression des administrations par la création d’agences (décision fondamentale 18) qui relèveront du privé naturellement (c’est bien connu les fonctionnaires sont des fainéants)

-        Suppression de l’âge limite de départ à la retraite (décision fondamentale 12), et bien sûr augmentation de la durée de cotisations

-        Ne rémunérer les chômeurs que s’ils se forment et démontrent qu’ils cherchent « activement du travail » (décision fondamentale 16)

-        Donner une obole aux chômeurs en transférant l’indemnisation des chômeurs au public, ce qui aura pour avantage de payer tout le monde au même niveau.

-        Réduire les investissements de l’Etat sous couvert de « réduire la dette » (décision fondamentale 20). Au passage, il faut être aussi benêt qu’un électeur de Macron pour s’imaginer que les établissements de prêt souhaitent que nous nous désendettions (c’est-à-dire que nous remboursions le principal de la dette), ce qui serait proprement tuer la poule aux œufs d’or. Non, ce que souhaite le secteur bancaire, c’est le beurre et l’argent du beurre : continuer à nous faire cracher perpétuellement au bassinet grâce à la dette, et récupérer les missions de service public assurées gratuitement par l’Etat pour nous les faire payer (oui le terme gratuit est interdit de nos jours : on le confond avec la contribution aux charges publiques). Les imbéciles qui poussent des cris d’orfraies devant le poids financier de la fonction publique qui les écrase, seront demain les premiers à venir gémir sur le prix d’une hospitalisation, des frais d’inscription à l’école ou à l’université (pour ceux qui ne me croient pas lire la décision 4 de la partie 2).

-        Faire de l’école une fabrique à robots décérébrés chantre du capitalisme (décision 2 de la partie 2) en repensant « le socle commun des connaissances pour y ajouter le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’économie. » Avec une telle éducation, plus de risque de grève, de velléité de remise en cause le capitalisme et de la société libérale. On apprendra, dès le plus jeune âge, que tout est une chance et que si votre camarade de classe réussi mieux que vous, c’est qu’il avait plus d’envie et que pour lui reprendre sa place, une seule solution : « avoir un avantage concurrentiel », donc se vendre au rabais. Comment ? Facile en parlant anglais et le langage des machines. Fini les Humanités, place aux transhumanités.

-        Qu’on ne croit pas que l’enseignement supérieur restera longtemps un lieu de réflexion et d’intelligence. Attali (l’attila de l’humain) a pensé à tout et a soufflé à Janus-Jupiter une bonne idée grâce à la décision 14 : il favorisera « le retour à l’université après et pendant une expérience professionnelle ». Les DRH seront donc les bienvenus à la faculté de droit pour expliquer, non pas le droit social et le critiquer, mais comment « on peut utiliser au mieux le code pour optimiser le fonctionnement de l’entreprise en flexibilisant et sécurisant le parcours des collaborateurs » (traduction : comment faire pour mettre le maximum de profit dans un paradis fiscal « légal » en licenciant toutes les travailleurs inutiles au Capital). Que ceux qui croient qu’ils s’agit de fanfaronnades à visées complotistes aillent lire la décision 22  qui s’intitule « développer les financement privés » (on parle dans cette partie de l’enseignement supérieur). Et qu’on ne nous fasse par croire que Nestlé à un intérêt quelconque à financer les recherches d’un professeur d’histoire du droit retraçant la vie du fondateur de l’école de grammaire de Montpellier au XIIème siècle, quand bien même il eût été suisse.

-        Couper la France en deux : 10 grandes métropoles bénéficieront de tout, pendant que le reste du territoire sera voué au tourisme et à devenir le lieu de villégiature de ceux qui vivent dans les grandes métropoles (cf. décision 24).

-        Tuer le français : décision 26 qui veut « développer les cursus en langue étrangère ».

On pourrait passer des heures à lister toutes les « idées » d’Attali et de son groupe. SI vous avez la curiosité de le lire, et que vous avez la curiosité supplémentaire de lire le programme de Macron, vous verrez ce qui nous attend à court terme.

Je tiens donc à féliciter tout particulièrement, les nouveaux chiens de garde du libéralisme (aussi appelés « journalistes ») pour avoir insinué dans la tête de bon peuple que « sans Macron point de salut » .De ce point de vue, le tartuffe de France Culture (Brice Couturier) mérite une « laisse de platine » pour l’ensemble de son œuvre (pour reprendre la fameuse distinction attribuée en son temps par le Plan B). Tous les imbéciles qui sont allés voter en masse pour Macron au second tour de la présidentielle méritent aussi notre reconnaissance ; encore score serré entre le Pen et un Macron élu à 51% aurait peut-être évité un tel déferlement de libéralisme sur notre pays. Mais dès qu’il s’agit de parler des heures les plus sombres de notre histoire, les légions d’imbéciles se lèvent (disant cela, je ne fais pas différence entre tousettoutes) pour voter en masse et en ordre, pour le pire avec la meilleure conscience du monde.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Si tu veux connaître ton ami, baisse ton pantalon et mets-toi à quatre pattes au bord du chemin.

 

 

Le Panthéon est un cimetière comme les autres – 20 février 2018

 

Notre cher Président, agrégé de français, mignon de Ricœur et grand amoureux de la langue et de la littérature (paraît-il) a toujours des idées géniales dont on se demande d’où il les tire. La dernière en date transformer le Panthéon en caveau de famille.

Le panthéon c’est « le temple de tous les dieux » (et déesses oserait-on ajouter afin de ne pas froisser les tenants du tousettoutes). Le Panthéon Parisien est une copie du temple romain édifié au 1er siècle par Agrippa. Il est, pour la République française, une sorte de nécropole laïque censée rendre hommage aux grands hommes de la France. Le Panthéon n’a en fait jamais servi qu’à enterrer (à quelques exceptions près) les fidèles servants des diverses époques. De ce point de vue, ce sont les régimes les plus marqués politiquement (l’Empire et le Front Populaire) ou les plus marqués par la censure (Cinquième République) qui se sont distingués. Le Panthéon est ainsi peuplé d’une foule d’illustres inconnus, d’obscurs grands hommes de leur temps. Une sorte de jour des morts que l’on a accolé à la Toussaint républicaine (comprenne qui pourra). Et hormis quelques « célébrités » comme Voltaire par exemple, il y a fort à parier que dans un siècle le nom de « Pierre Brossolette » soit à peu près aussi inconnu que celui « Claude Louis Petiet » l’est pour nous. [NDA : je suis sûr que grâce à cette avancée majeure qu’est Internet, la majorité des commentateurs pourra citer le nom et l’œuvre de ce grand homme et me faire remarquer ma piètre culture].

Depuis Mitterrand, la coutume est d’y inhumer (au moins) une personne par mandat présidentiel ; c’est là, semble-t-il, une sorte de nouvelle tradition républicaine, comme pouvait l’être de couper de rubans sous la IVème République. Le petit grassouillet qui a précédé Janus-Jupiter aux deux têtes et aux deux alliances, y a ajouté sa touche personnelle faite, comme toujours, d’intelligence et de subtilité, en décidant d’inhumer un homme et une femme, afin de bien montrer qu’en matière d’égalité dégoulinante, on ne pouvait pas faire mieux que lui. Janus-Jupiter a décidé de dépasser son mentor en installant une femme et un homme en même temps, c’est à quoi l’on voit qu’il est vraiment trop intelligent (pour reprendre l’expression de BFMTV).

Il n’est pas la question de savoir s’il convenait, ou non, de déplacer le corps de Simone Veil de sa tombe actuelle à la crypte sise « place des grands hommes » ; Simone Veil ayant de toute façon, à sa manière et – à la différence du philosophe éponyme (son contemporain) qui aurait, elle, mérité de tels honneurs – servi avec une fidélité obséquieuse les canons de son époque. On me dira « oui mais l’IVG quand même, ce fut un sacré combat ». Loin de moi, l’idée de réfuter la pugnacité de Mme Veil, ni d’en amoindrir le courage ; néanmoins, la loi sur l’IVG aurait été adoptée, avec ou sans Simone Veil, elle était dans l’air du temps et conforme aux idées libérales (d’ailleurs cette proposition de loi fut adoptée largement grâce aux groupes socialistes et communistes) ; il faut rendre à Valéry Giscard d’Estaing la perspicacité d’avoir confié la défense de ce projet de loi à une femme pour y ajouter le pathos nécessaire. [NDA : je précise, pour les esprits un peu épais, que le paragraphe précédent ne constitue nullement une remise en cause de la loi sur l’IVG]

Non, ce qui pose question est de savoir si le Panthéon n’est, somme toute, qu’un cimetière comme les autres, avec caveau de famille ? Qu’a donc fait le mari de Mme Veil pour se voir transférer en grande pompe au Panthéon de la République Française ? A-t-on inhumé Victor Hugo avec ses maîtresses (je ne suis pas sûr que le Panthéon y aurait suffi) ? Aucun français ne sait qui est Antoine Veil. Pas plus que nous ne connaissons Mme du Châtelet. Mme Veil ne voulait pas être séparée de son mari ? C’était sa volonté, mais nous aurions pu faire comme pour Descartes et la laisser inhumée en sa dernière demeure : alors pourquoi le Premier Magistrat de la République les transfère-t-il ? Je trouve qu’il y a une indécence à transformer ainsi un lieu aussi chargé d’histoire en vulgaire cimetière. Le pauvre homme aux deux alliances est décidément bien peu inspiré par la mort : après avoir déposé un stylo bic sur la tombe de Jean d’Ormesson, le voici qui installe dans les honneurs nationaux un obscur haut fonctionnaire. Esprit de corps ? Gageons que Madame Macron sera habillée aussi sobrement et dignement que pour les funérailles de Simone Veil. On ne saurait trop conseiller à Emmanuel 1er de prévoir la cérémonie en hiver, afin d’éviter ces menus désagréments.

En tout cas, encore heureux que les Veil n’aient pas eu un chien car nous aurions eu alors droit à un éloge du canidé prononcé par sa Grandeur qui n’aurait pas manqué de trouver une place au chien. J’imagine la scène, Saint Emmanuel, habillé comme un VRP et déclamant de sa voix fluette un discours de circonstance : « Par-delà la différence entre nos génomes, vous avez été Médor, un compagnon admirable, toujours réconfortant vos braves maîtres, toujours à l’écoute de leur malheur ; et si vous eussiez parfois chassé la chouette de Minerve, nous ne vous en faisons par remontrance, après tout, c’était votre personnalité cynique qui s’exprimait de la sorte, et vous avez préféré la chouette du philosophe au rat de l’égout des gens qui ne sont rien, c’est une preuve de votre intelligence. Comme le disait le grand philosophe qui fut mon maître, « Méconnu, reconnu, l’autre reste inconnu en termes d’appréhension originaire de la mienneté du soi-même. » Vous avez été cet autre qui consolait la mienneté des vôtres. Afin de vous rendre hommage, Médor, je dépose sur votre tombe cet os. Simone m’avait dit avant de nous quitter que, dans votre simplicité, vous préfériez l’os à toute autre nourriture. Votre simplicité vous honore, puisse cet os rassasier votre faim de vérité. » En tout cas, qu’il se garde de faire rédiger le discours par la « meuf » Sibeth, car celui-ci risque d’être laconique, sec comme une rupture par texto et la cérémonie de décevoir ; quelque chose dans le goût de : « ouais, la meuf dead est au Panthéon avec son keum, the place to be, zyva je kiffe d’y aller ! ».

J’invite notre cher Président, si proche des écus de l’Etat, et afin de rentabiliser le lieu, de se faire canoniser (républicainement s’entend) avec sa femme et par anticipation ; on pourrait ainsi lui préparer un caveau « place des grands hommes » ; mieux : le placer à l’entrée, sous le frontiscipe, dont on changerait la devise par « Aux Macron, la patrie éternellement reconnaissante ». Ce qui permettrait à Darmalin, ministre de l’action tout risque, de faire payer la visite. Et puis ce serait aussi l’occasion de faire un hommage appuyé mais « en même temps » détaché en rappelant « que la parole de la victime doit être respectée » (surtout quand la seule défense consiste pour l’accusé à se réfugier derrière la prescription) à ses chers ministres qui n’en ont pas fini avec la justice ; voire profiter de cette occasion pour amnistier son député casqué dans la plus pure veine des rois thaumaturges, ce qui serait bien digne d’un lieu comme le Panthéon.

Comme le disait avec une sagesse infinie l’immense professeur Choron : Le cimetière ne sera pas complet avant que vous n’y soyez.


Le réveil de l’homme qui lit au lit. – 5 mars 2018

 

Notre cher premier ministre, Le bel ami du XXIème siècle, a eu un réveil fracassant. Préparant son fulgurant réveil dans un long rêve confié aux spin doctors du libéralisme. Il a longuement rêvé de sa réforme à lui, une de celles qui conviendraient à la fois à son caractère présidentiel et à son « ancrage local ». Rien ne pouvait être mieux que la réforme de la SNCF. Ce monument national jadis de la tant vantée « mobilité » et aujourd’hui si chère aux « turbo-cadres » (comme les nomme à propos Pièces et main d’œuvre), abonnés première classe du TGV. Son conseiller de l’ombre n’était autre que ce cher Spinetta (le bien nommé). Vieillard que le poids des ans n’a pas changé, et surtout pas les idées libérales. La vie est devenue à ce point difficile en France qu’un retraité doit monnayer ses services pour vendre la froide soupe libérale.

A grand coup d’ordonnances (décidément Janus-Jupiter regrette, jusque dans ses termes, l’Ancien Régime), l’homme qui lit au lit se drape des oripeaux de son maître. Sa voix monotone et ferme a retenti aux accents martiaux de l’armée libérale en marche. Fini le statut des cheminots (notez qu’on ne réforme pas celui des ministres ou des parlementaires…), fini les petites lignes, fini la gabegie ; place à la digne et sainte concurrence, à la vigoureuse main du marché, aux nouveaux pionniers de rails, à ses conquérants modernes, ces aventuriers qui « risquent leur argent, pas celui des autres » : les Entrepreneurs.

Quand je dis « fini les petites lignes », il faut s’entendre. L’homme de terrain qu’est Edouard P. nous parle du pays. Il connait le port du Havre. Il veut nous faire accroire qu’il humait les embruns de la mer du Nord. Il tente de s’acheter un provincialisme et de faire oublier qu’il est un produit estampillé haute administration ; il est une sorte de Rastignac inversé, ayant quitté Paris pour faire carrière en province. Du haut donc de ce provincialisme inventé, Philippe nous dit : je ne suis pas celui qui fermera les petites lignes SNCF et s’empresse d’ajouter : qu’il en confiera la gestion aux acteurs locaux. Je me suis toujours demandé si le propre des libéraux étaient leur cynisme ou leur art consommé de la duperie. Car Ed aux mains sans argent, ne nous propose, ni plus, ni moins que de faire disparaitre – par un tour de passe-passe, il est en train de faire supprimer par les Régions ces fameux 9 000 km de ligne. La recette est connue : transférer une dépense ou une charge aux acteurs locaux et ne pas donner les moyens financiers et humains nécessaires et puis déclarer, sur le ton piteux de l’élève pris en flagrant délit : « mais m’sieur, c’est pas moâ, c’est lui euh ». Nous allons donc avoir : la fin du statut des cheminots, sans bien comprendre en quoi cela sera une piste d’économie sérieuse pour la SNCF et la suppression des « petites lignes », celles que prennent ces pelés et ces galeux de provinciaux ; « ces gens qui ne sont rien » pour reprendre la métaphore poétique de l’homme aux deux têtes et aux deux alliances. Rendez-vous compte : au lieu de prendre leur polluant véhicule, ces quelques imbéciles lui préfère les transport en commun, et le pire des transports en commun : celui du rail. Que ne pollunent-ils pas la planète comme tout le monde, en montant dans leurs carrosses diéseliques ou en chevuchant leurs motoclycettes ? Après tout, le rail c’est cher, c’est archaïque et vous risquez d’y rencontrer de dangereux activistes cheminots protégés par leur statut que rien ne saurait justifier « à l’heure actuelle ». Mais chut ! Pour l’instant, il faut dire qu’on ne sera pas l’homme qui fermera 9 000 km de petites lignes.

Comme le disait l’immense professeur Choron, avec une philosophie frappée au coin du bon sens : On flatte la fille jusqu’à temps qu’on l’ait sautée


 

Le chef cuisinier de Matignon – 19 mars 2018

Edouard (l’homme qui lit – au lit) est décidément un as de la communication. Après nous avoir gratifié de sa science littéraire en publiant un recueil de conseils de lecture digne de ma grand-mère, nous fait montre de ses qualités culinaires.

Il faut dire que depuis son arrivée à Matignon, Edouard nous a concocté des réformes aux petits oignons. Pas un domaine où il n’exerce son goût du sucré-salé. C’est généralement assez raté, souvent dur à avaler, mais il est comme ça le Bellamit du XXIème siècle : il aime nous surprendre. Enfin, surprendre est un grand mot. Il aime régaler ses riches hôtes des choses les plus succulentes à leur goût et, partant, les plus exotiques et fades pour le commun. Gattaz (cappo di tutti i cappi) s’est délecté de ses ordonnances royales sur le travail. A tel point qu’en sortant du restaurant matignonesque, il s’est écrié « encore », Gargantua que rien ne rassasie, il aurait aimé plus. C’est là le problème des intempérants. Leur appétit les perd. Edouard au couteau d’argent a toutefois entendu la supplique, et de peur de perdre quelque fortunée pratique, il a annoncé les réformes par le menu : après les vilains cheminots, trop grassement payés, toujours en vacances, qui touchent des primes injustifiées et qui voyagent à l’œil (même si c’est leur travail de voyager, mais bon on n’est pas à une contradiction près), va venir le temps de s’occuper de ces (fainéants de) fonctionnaires, sans oublier la nécessaire réforme de la formation (gageons que la cigale touchée par la grâce du capital nous pondra une réforme digne de celle du travail), viendra le tour des régimes de retraites (c’est bien connu les vieux sont des profiteurs qui se reposent les dernières années de leur vie et son payés à rien faire), mais là c’est plus délicat : comme on n’est plus en 1940, on ne peut pas les regrouper dans des prisons sous la surveillance de geôliers implacables ; il faudra trouver mieux, par exemple : les mettre dans des mouroirs gérés par le privé. Naturellement, on leur coupera les vivres et on fera payer les frais aux héritiers. S’il n’y a pas d’héritiers, qu’à cela ne tienne : on les placera dans des maisons, disons, à la hauteur de leurs facultés contributives.

On connaît la chanson des réformes, son refrain usé jusqu’à la corde : la France ne peut pas payer, les caisses sont vides. « Au secours! On a volé la cassette royale ! », « Qui diable m’a volé mon or ! » On nous rejoue tous les jours la Folie des Grandeurs. « Ça c’est pour moi (et mes copains), ça c’est pour l’Etat » disent en chœur les Don Salluste qui nous gouvernent. Mieux vaut faire payer les pauvres en les traitant de riches que faire payer ces pauvres riches. Vous me suivez? Donc, nous payons. Et nous payons pendant que Janus-Jupiter-aux-deux-alliances offre, à nos frais, un somptueux festin aux vrais pauvres de ce monde (les plus riches) dans le plus château du monde. Il faut dire qu’il « shoes France » lui. Il sait ce qui est bon pour nous. C’est notre docteur Bovary et ses ordonnances sont aussi sûres que celles du bon Charles, conseillé qu’il est en plus par ce cher Philippe-Homais : « Sire, essayez donc une saignée », « sire, voyez ce pied-bot, or rien n’est plus indélicat que de boiter. Avec une incision bien placée, vous pourriez soigner le mal ».

Ainsi avance le train des réformes, des révolutions, de la fin de l’immobilisme. Sus aux « illibéraux » qui ne comprennent rien à la grandeur du docteur Bovary et propagent des « faiques niouses ».

Revenons à notre mouton Edouard. Jamais en manque d’un bon tuyau, il a donc ramené le gouvernement à l’école Ferrandi afin que, sous son œil de premier saucier, il puisse apprécier et critiquer les compositions de ses ouailles :

Schiappa a profité de l’occasion pour faire une fricassée de rognons

Blanquer, sa fameuse recette à base de veau élevés au numérique (garantis 100% sans matière grise)

Darmalin, a tenté un écrasé de fonctionnaire et a obtenu une magnifique bouillie.

Pénicaud, a pu montrer son art consommé dans l’utilisation de l’« essoreuse à réformes ». Elle a perfectionné l’art de ses collègues (la brave dame !)

Collomb a opté pour du boudin. Gérard le transfugé adore le sang.

Lemaire prévoyait un financier qu’il comptait offrir aux GAFAM, mais Philippe lui a fait remarquer que le dessert n’était pas à l’ordre du jour et qu’il attendait toujours sa réforme du-déficit-qui-ruine-la-France-qui-travaille.

Nyssen a imprimé le menu. Mais la fourbe Schiappa lui a fait remarqué qu’on disait le.a menu.e des.de la ministr.e.s. Elle n’y a rien compris, comme à son habitude, mais a salué le courage et l’énergie de cette grande Dame.

Le ministre de l’énergie transitoire a dû avaler une couleuvre cuite à l’énergie nucléaire.

Belloubet a voulu farcir du surveillant pénitencier, mais elle n’a pas réussi à en attraper un seul.

Le.a secrétaire d’Etat « aux outres-mers » n’a pas eu le temps de faire de pêche à Mayotte (même si elle s’est fait dessus).

Quant à Vidal, personne ne s’est aperçu qu’elle était là (comme d’habitude).

Bref, c’est sous les hourras unanime de la presse que ce cher Philippe, expert-ès-tout, a pu annoncer le plus sereinement du monde, avec l’intelligence et la finesse qui sont les siennes que les réformes ne seraient ni accélérées, ni ralenties et poursuivies. Nous ne pouvons donc que nous incliner respectueusement et remercier ce nouveau « nini » « et ».

Comme le disait l’immense professeur Choron : la récompense d’avoir mangé, c’est le plaisir de chier. Et il faut bien dire que tous les jours, nous éprouvons pour ce joyeux gouvernement le délicat plaisir du professeur.

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