Mélanges

9 mai, 2009

A propos du 8 mai 2009

Classé dans : — Sébastien @ 9:55

Nous sommes le 8 mai 2009, cela fait 64 ans que la guerre s’est terminée et que l’humanité a vaincu l’un des plus fantastique fléau de son histoire. Le nazisme fut notre Attila, et probablement que sans Hitler, le monde serait communiste aujourd’hui. Mais ce n’est pas cela qui nous intéresse.

 

J’ai regardé ce matin, sur internet, un documentaire sur les armes « secrètes » du IIIème Reich (V1 et V2). Outre l’extraordinaire inventivité des savants allemands de cette époque, deux choses m’ont choquées. D’abord, c’est la mort, bien sûr, de ces prisonniers qui construisirent contre leur gré des armes de destruction massive (comme l’on dirait aujourd’hui), et qui périrent tout en aidant – involontairement – à la destruction d’autres vies humaines pour une cause qu’ils avaient combattue. On ne peut que rester pantois devant une telle chose. Mais je dirais qu’il s’agit là de l’aspect à la fois le plus abject et le plus commun du problème. La chose ayant été déjà dite des dizaines de fois.

 

Ce qui est plus choquant c’est de voir Verner Von Braun parader aux côtés du président américain dans les années soixante, présentant ses nouvelles fusées, qui, bientôt, aideraient l’homme à vaincre la lune et à terminer de tuer toute forme de poésie. Ce cliché m’a fait profondément réfléchir sur la condition humaine. Au fond ce qui choque l’homme contemporain n’est pas tant l’horreur que la cause qui est défendue. Peu importe que les américains aient été les seuls à faire exploser deux bombes atomiques; peu importe que les civils allemands aient été anéantis à la fin de la deuxième guerre mondiale, sans plus de raison qu’Hitler avait assassiné les populations russes et slaves ; ce qui compte c’est qu’ils défendaient la liberté, la démocratie, les droits de l’homme, l’espérance dans un futur – enfin – gouverné par les principes libéraux. Je pense que personne n’a perçu que les bombes américaines représentaient plus qu’un simple trouvaille technologique, un arsenal de la mort plus puissant que les précédents. Elles représentaient surtout la toute-puissance de l’idéologie anglo-saxonne, la domination du libre échange et de la technologie sur le monde. Si l’on regarde l’histoire des soixante dernières années, hormis quelques épisodes de « libération des peuples », nous ne voyons à peu près nul progrès de la civilisation ou de l’émancipation humaine, alors même que nôtre société est la première qui aurait enfin pu en terminer avec les guerres, les famines, les désastres dits « naturels » en tout genre.

 

Quelles furent les premières décisions politico-économiques des américains? Ils firent signer les accord de Bretton Woods (avant même la fin de la guerre) qui signent la domination du marché et de l’économie sur la politique. La création de l’ONU qui signe elle la fin de l’ordre international, du jus gentium. Ils installèrent partout où ils le purent le dollar comme symbole de domination, et en firent la monnaie internationale d’échange en lieu et place de l’or. Enfin ils créèrent l’OTAN afin d’inféoder l’Europe et d’en faire le premier rempart, le bouclier, contre les agressions « communistes ». Ainsi le nouvel ordre mondial, gouverné uniquement par la finance et l’économie et donc celui des lobby, des intérêts privés, était désormais en place. Les américains restaient la seule vrai puissance intacte au sortir de la guerre. Nous pouvons aussi raisonnablement penser que la menace soviétique, en tant que telle, ne fut jamais vraiment prise au sérieux par les milieux politiques et économiques, qui savaient trop l’état de délabrement de l’économie soviétique et surtout sa réelle impossibilité (philosophique) à entrer en concurrence avec l’économie capitaliste libérale. Elle servit de paravent, de spectre, que l’on pouvait agiter pour maintenir les populations dans la peur de la « terreur nucléaire » et continuer ainsi à justifier l’ordre économique injuste qui était instauré.

 

On ne s’arrête pas assez sur cette idée d’intérêt privé qui justifie les pires aberrations intellectuelles. Le collectivisme a pour lui de niveler certes, mais également de défendre les pauvres. C’est un nivellement par le bas, où tout est gris. Mais le libéralisme, hérité de Smith, de Constant, d’Hayek (pour ne citer qu’un représentant de la période moderne); le libéralisme philosophique, qui proclame « nous ne devons être gouverné que par nos intérêts particuliers, bien compris; et de la somme de ces intérêts particuliers naîtra l’intérêt collectif » est un leurre. Il ne serait valable que dans ce qu’on nommait l’état de nature: c’est-à-dire dans une société où tout le monde ne naîtrait qu’une seule génération, et dont tous les individus se renouvelleraient en même temps. Il est impossible que les gens naissent égaux. Mais pas pour les raisons avancées par les libéraux, qui veulent qu’un le travail opiniâtre vient à bout de tout (labor omnia vincit improbus), simplement pour des données socio-économiques qui tiennent par exemple à la naissance, à la connaissance intime des mécanismes sociaux, à ce que l’on nommait au XVIIIème siècle le maintien, la manière d’être en société etc. Il faudra par exemple vingt fois plus d’efforts à un individu du peuple pour accéder à un poste à responsabilité qu’à un fils de bonne famille. Néanmoins, souvent, ces hommes-là y arrivent – tout du moins jusqu’à un certain niveau et sont éblouis par la lumière, les miettes de la richesse, comme un parvenu était impressionnés par les lambris de Versailles au XVIIème siècle. Cependant, un homme intelligent et volontaire qui accèdera à un certain point ne pourra le faire qu’en se reniant, en reniant ce qui le constitue, en reniant son milieu, sa famille, ses amis intimes. Peut-être qu’arrivé à un certain point il se dira : « à quoi bon? » et préférera l’anonymat à la réussite. Car ce qu’on nomme réussite n’est que l’accumulation du capital, elle n’a aucune utilité sociale. Elle n’est – dans le meilleur des cas – que charité. On donne les miettes des miettes.

 

Ce qui me frappe encore, puisqu’il faut parler du sens de cette commémoration, c’est de voir à quel point tout cela est hypocrite. Nous fêtons la victoire de la Civilisation sur la barbarie. Soit. Mais si nous regardons autour de nous: c’est le vice qui rend un hommage à la vertu. Partout où les Etats-Unis et ses alliés interviennent, nous ne trouvons que souffrance et ruines. Pour parler des exemples récents: l’Irak ou l’Afghanistan.

 

Dire que les « démocraties » actuelles ne sont qu’une parodie de démocratie, c’est entendu et facile, néanmoins interrogeons-nous un instant sur ce qu’il advient au monde actuel. Replongeons-nous dans 1984 de Georges Orwell.

 

Que voit-on dans le monde occidental actuel et en quoi ressemble-t-il à celui décrit par Orwell ?

 

Nous voyons un monde, prétendument en crise économique, mais où rien ne manque, où personne ne meurt de faim (du moins pas au-delà des proportions qui sont inhérentes à toute société).

 

Un monde qui s’est fabriqué son Goldstein en la personne de Ben Laden, et qui attise sa haine contre une autre civilisation, qui reçoit ses deux minutes de la haine contre un ennemi imaginaire.

 

Un monde qui se fabrique des attentats (et les attribue à des pseudo- groupes terroristes qui sont à la solde de ses services secrets) qui lui servent de détonateurs pour imposer son hégémonie sur le monde.

 

Un monde qui stigmatise ses ennemis intérieurs comme le faisait la SS ou la ministère de la vérité : pensons à Julien Coupat, coupable de ne pas vouloir penser comme l’ordre établi. Un police politique (pieusement baptisée « CRS ») qui n’a de cesse de poursuivre, traquer et matraquer les opposants à l’ordre établi.

 

Un monde qui ne croit que dans les divertissements, le « temps de cerveau disponible », le sport et les magazines féminins, tout comme les livres pornographiques distribués au peuple dans 1984.

 

Un monde où il n’y a pas d’élections libres, et où l’on fait manifester des enfants contre un vote.

 

Un monde où la voix des citoyens n’est jamais entendue.

 

Un monde où toute forme d’expression et de contestation est noyautée par les « casseurs », qui ne sont généralement que des supplétifs à la solde du pouvoir.

 

Une jeunesse embrigadée dans des valeurs qui ne sont que proclamés : droits de l’homme, égalité, anti-racisme etc. comme l’étaient les slogans de 1984 (« guerre=paix », « liberté=esclavage » etc.)

 

Un monde où l’on maintient cette jeunesse dans l’ignorance, et où l’on n’apprend plus à lire.

 

Un monde où l’on apprend à tout le monde à être espionné et contrôlé sans cesse. Les caméras de vidéo-surveillance nous suivent jusque dans les toilettes ou quasiment.

 

Un monde dominé par la peur de l’autre: en ce sens cette formidable trouvaille des grippes (aviaires, porcines, demain bovines ou ovines) qui poussent les gens à se méfier de leurs voisins. Notez le symbole que représente le masque qui ne dit rien d’autre que : « je ne veux pas respirer le même air que toi, car tu es peut-être malsain », un monde qui crée des ghettos de toute pièces pour que l’homme ait peur des autres hommes.

 

La peur est le ressort du monde occidental, comme elle était le ressort de l’Allemagne nazie, ou du roman d’Orwell voici soixante-dix ans. La peur a porté Hitler au pouvoir. Les choses ont-elles tellement changées en presque soixante-dix ans?

 

Sarkozy peut bien faire des discours sur les tirailleurs marocains…

 

Ajout du 10 mai:

Je viens d’entendre les gros titres de la radio : « un espagnol gagne 126 M € au loto ». Je crois que tous ceux qui ont lu 1984 voient par là que la boucle est bouclée.

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