Mélanges

22 mars, 2018

Chronique amusée du Macronisme – ou les horreurs du capitalisme

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 17:02

Le « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron » (mai 2017)

Après être allé à Canossa (ou plutôt à Berlin), notre cher (et brillant) premier magistrat de la République entend nous imposer le GROKO à la française, que je propose de rebaptiser le GROKOM (le parti, pas le Président) plutôt que la République en marche (qui a des relents pétainistes). Le GROKOM signifiant : « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron ». Comme il y a un caractère très religieux dans le Macronisme, voilà un acronyme qui irait à ravir. « Il n’y a plus ni juifs, ni grecs » s’était écrié Saint Paul ; il n’y a plus ni droite, ni gauche s’exclame notre nouveau Roi dont « les débuts sont parfaits », « le gouvernement plébiscité par les français » nous disent dans un chœur sans fausse note nos médias selon leur liturgie en l’honneur du nouveau Jupiter. La seule question qui se pose est : guérit-il les adolescents de l’acné comme jadis sa Majesté le fît des écrouelles ?

« Macron te touche, le marché te bénit ».

Chaque peuple a le président et les assemblées qu’il mérite. Rousseau qui est le père de la démocratie moderne nous avait déjà prévenu : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. »

Du contrat social, on ne retient généralement que le titre I (voire le II) pour justifier les beaux principes de notre Révolution. Mais Rousseau, ne s’est pas arrêté au titre II et après nous avoir exposé ce que seront les principes de la déclaration de 1789, il pense au reste : notamment ce qu’il advient d’une société où les citoyens s’imaginent que les mots suffisent pour couvrir de vérité leurs illusions. En bon philosophe des Lumières, il connaît parfaitement la Démocratie, spécialement la démocratie grecque. Rousseau sait que si démocratie il y a eu, c’est à Salamine que la Grèce la doit. La « victoire des rameurs », c’est-à-dire du peuple mobilisé contre l’ennemi, qui a permis à celui-ci de participer au souverain, de gagner sa liberté et le droit de choisir les personnes et les institutions qui le dirige. Hegel écrira dans la Phénoménologie de l’esprit que « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve la liberté. » Nous avons depuis longtemps abdiqué, car nous ne considérons plus que notre liberté doive être défendue au prix de nos vies. Ce que nous vivons actuellement n’est qu’une mise au pas voulue par ceux qui savent (et Macron, initié chez Rothschild, sait ce qu’est la réalité du monde) et qui sont conscients que nous ne nous rebellerons plus jamais. La mise au pas au sein du parti unique, n’est que la conséquence logique d’un peuple qui croit seulement aux illusions et ne veut plus voir la réalité des choses. Cachez cette oligarchie pléonexe qui nous gouverne et que je ne saurais voir. Il vient de nous le dire : il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, ceux qui ne sont bon qu’à boire, se droguer ou finir noyer en pleine mer.

Quand Macron n’était que ministre de l’économie et des finances, je m’étais fait la réflexion que ces gens-là (ceux qui savent où se trouvent les centres réels de pouvoir) exerçaient le pouvoir mais ne se présentaient jamais aux élections. Qu’ils étaient toujours dans l’ombre mais tiraient discrètement les ficelles et n’auraient pas supporté l’affront d’être battu dans les urnes. C’était oublier deux choses : 1) Rothschild avait déjà placé un président de la République (le placide et bien-aimé Pompidou, dont je vous conseille néanmoins d’écouter les allocutions faites sur la concurrence en son temps) et 2) que la France n’est plus une démocratie depuis – au moins – l’élection de Chirac (pour ne parler que de la période purement contemporaine et de cette parodie de démocratie que fut l’élection présidentielle de 2002) et que les médias ne sont plus qu’une instance de propagande du mondialisme-heureux-défendant-la vérité-contre-les-dangereux-populistes. D’ailleurs Sarkozy nous l’avait dit en 2007 : nous allons vers le nouvel ordre mondial. Si le nouvel ordre mondial n’a pas besoin de démocratie, il a en revanche besoin de l’illusion de la démocratie : que nous allions déposer, solennellement, une fois tous les cinq ans, un bulletin dans une urne afin de nous persuader que nous sommes libres. Ce qui donne lieu à six mois de débats, de litanies, de sentences, de « décorticage » par des « spécialistes », des « sondeurs », des « experts », des « analystes » ; bref tout ce que notre monde sait produire de plus emphatique et de plus inutile. Aphatie étant un des plus caricaturaux de ces journalistes analphabètes et crétins qui posent des questions qui ne servent à rien. De là aussi les sempiternels clichés sur « le droit de vote est trop important », « nous nous sommes battus pour l’avoir et il faut donc aller voter », ou encore « les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1944, alors il est important pour nous, femmes, de nous faire entendre » ; et les légions de démocrates d’aller déposer, dans l’urne, et par cohorte, leur petite fiche au nom du candidat préféré des médias de notre beau pays, de celui qui leur est imposé par la presse.  Dans une vraie démocratie, les sondages n’existeraient pas et les résultats ne seraient connus qu’une fois devenus définitifs, pas à 20h01 avec une précision au dixième de point (qui devrait en soi paraître suspecte). De même que le battage médiatique fait autour d’un ou plusieurs candidats imposés par la presse serait impossible. On devrait être révolté contre le fait que l’on nous force quasiment à voter pour un candidat qui, sans la presse, ferait à peu près le même score qu’Asselineau et qui, au final, a réussi à être élu en ne réunissant pas même un français sur quatre.

Mais disant tout cela, je rêve. Je suis un homme du passé qui compte plus sur son intuition, sa pensée et son âme que sur internet, les médias et les objets connectés. Je laisse donc mes contemporains se vautrer dans la dictature la plus abjecte (celle dénoncé en son temps par Tocqueville, les curieux iront lire et les autres, jetant un coup d’?il discret sur internet, diront « ah oui, mais ce n’est pas ça du tout ! ») et les féliciter d’avoir élu un ancien ministre qui, après avoir rétabli le servage (la fameuse loi qui porte son nom et impose le travail le dimanche et la nuit, suivant le bon vouloir de ces messieurs les patrons), va – en tant que président de notre République – détruire méthodiquement tout ce que nos ancêtres avaient gagné par leur combat (parfois à mort) de liberté et de droit contre le capitalisme, tout cela pour nous faire revenir au XIXème siècle et aux méthodes d’avant 1844. Le « dialogue social » au sein de l’entreprise n’est qu’un leurre : il ne peut pas exister de dialogue entre un patron puissant et une collectivité de salariés non regroupés qui défendent chacun leur intérêt particulier, car on trouvera toujours quelqu’un prêt à venir travailler un dimanche pour tout un tas de raisons (et spécialement parce que vivre coûte de plus en plus cher). D’ailleurs sa Majesté Jupiter 1er a nommé comme ministre du travail une ancienne « DRH », ce qui laisse augurer de ce que sera sa position : trouver un consensus mou autour de termes vagues, englobants et « non stigmatisants » et de thèmes imposés et où l’on fait semblant de céder sur toutes les lubies des uns et des autres, mais où, en fin de compte, on impose son point de vue sur l’essentiel ; quitte à rappeler, à la fin, qui décide (dans des termes choisis qui ont la caractéristique d’être : vagues, englobants et « non stigmatisants »). Il ne viendra pas à l’idée des imbéciles connectés que la vie puisse être autre chose que d’accumuler toujours plus et, pire, de dépenser cet argent en vétilles de toute sorte. Il ne leur viendra pas non plus à l’idée, qu’après avoir rincé les couches populaires, le tour viendra pour les classes moyennes et moyennes-supérieures de cracher au bassinet ; et que le jour où ils seront devenus obsolètes, en tant qu’objet du système, car trop vieux ou trop chers, ou incompatibles avec les nouvelles nouvelles-technologies, on les jettera aux ordures de la société de consommation. Ce jour-là, peut-être, comprendront-ils que dans la société mondialisée heureuse, il vaut mieux être jeune et beau pour être riche et que le jour où l’on est vieux, si l’on n’a pas d’argent pour se payer un lifting (physique et moral), on n’est plus rien et on n’a plus rien. Ils comprendront que la mondialisation heureuse n’est qu’un leurre au bénéfice de la ploutocratie mondiale : celle de ces 200 familles qui se partagent le monde (ce n’est pas moi qui le dit mais… une université Suisse). Ils redeviendront ceux qui traînent dans ces gares et qui « ne sont rien » selon le mot de ce pitre condescendant qui nous sert de président. Peut-être alors regretteront-ils la sécurité sociale et l’assurance retraite, acquises au péril de leur vie par leurs aïeux, et plus généralement le préambule de Constitution de 1946, et ils comprendront que les cotisations sociales ne sont charges que dans la bouche des suppôts du capitalisme et dans celle des comptables d’entreprises.

Ils auront la joie de voir que l’argent qui manque à la survie aura servi à payer la dette qui, toutefois, « reste à un niveau alarmant » et qu’il faut encore faire des efforts pour la limiter quitte à vendre au privé « quelques bijoux de famille » afin de « retrouver des marges de manœuvres » qui n’arriveront bien évidemment jamais. Jamais ils ne comprendront, ces imbéciles, que la raison d’être d’une banque est justement que nous soyons endettés, et que dans l’esprit d’un banquier, l’Etat n’est qu’une grosse entreprise bénéficiant de l’avantage de pouvoir faire payer perpétuellement ses sujets ; qu’ainsi plus nous serons endettés, plus nous paierons d’intérêts et mieux le système bancaire se portera. Une banque n’a strictement aucun intérêt à notre désendettement et jamais les Etats ne se désendetteront pour la bonne et simple raison que nous ne remboursons pas notre dette du fait du poids des intérêts, et des emprunts contractés pour payer les intérêts des emprunts. On emprunte pour payer  les intérêts des intérêts des emprunts ! Et, sauf à reprendre le contrôle de notre monnaie et dénoncer cet état de fait, nous sommes pieds et poings liés au système financier et destinés à payer jusqu’à la consommation des temps.

Qu’un système aussi inique et absurde arrive à se perpétuer avec l’assentiment de la multitude, depuis aussi longtemps, montre bien l’état de déliquescence morale et intellectuelle de notre société et le peu de cas que font les citoyens d’eux-même. C’est un peu comme si l’esclave montrait ses chaînes et fers avec fierté en disant qu’ils sont peut-être lourds, mais qu’au moins ils brillent et que de toute façon, leur Maître leur a dit qu’ils resteraient esclave car c’était là leur intérêt.

 « L’homme d’autrefois ne ressemblait pas à celui d’aujourd’hui. Il n’eût jamais fait partie de ce bétail que les démocraties ploutocratiques, marxistes ou racistes, nourrissent pour l’usine et le charnier. Il n’eût jamais appartenu aux troupeaux que nous voyons s’avancer tristement les uns contre les autres, en masses immenses derrière leurs machines, chacun avec ses consignes, son idéologie, ses slogans, décidés à tuer, résignés à mourir, et répétant jusqu’à la fin, avec la même résignation imbécile, la même conviction mécanique : « C’est pour mon bien… c’est pour mon bien… »

Bernanos, La France contre les robots

 

« Putain, il est chiant lui ! » (13 juillet 2017)

Je voudrais revenir sur cette magnifique phrase, d’une profondeur et d’une élégance rare, qui est à mettre au crédit de François de Rugy, Président de l’Assemblée Nationale. Elle a été prononcée le 11 juillet 2017 alors que le député communiste Jean-Paul Dufrègne prenait la parole.

 

Au-delà de la question que se pose tout un chacun – et qui semble mettre en émoi le landerneau médiatique et informatique - : « mais à qui s’adressait-il ? », il faudrait tout de même revenir sur le caractère édifiant de ces propos et se poser tout d’abord la question : comment un tel homme (de peu) peut-il être qualifié pour présider une aussi noble Assemblée ?

 

Car depuis les Etats généraux de 1484 exactement, le mandat en France est représentatif et non impératif (la Révolution n’y a rien changé). Ce qui signifie que François de Rugy me représente aussi bien que vous. Il est la voix de la France et de son peuple. Jamais voix n’a été aussi crasse semble-t-il, ni aussi insultante.

 

La vision positive des choses serait de se dire que le ci-devant de Rugy est une émanation de Rabelais, et alors peut-être se renommerait-il un page du quart-livre que nous eussions oubliée ? En quoi, et en dépit du fait, que ce genre d’insulte ne sied pas à un personnage exerçant ses fonctions, nous serions plutôt enclin à de la sympathie envers le citoyen de Rugy ; voyant-là un homme politique cultivé qui se remémore en son sein une plaisanterie, pas très fine, mais à tout le moins spirituelle, et qui lui échappe malencontreusement. Je dois vous avouer que cette perspective, pour séduisante qu’elle soit, ne me semble pas très étayée. Tellement peu que le ci-devant citoyen de Rugy n’en a pas fait mention dans sa défense.

 

Non, sa défense à lui est toute contemporaine et aussi peu empreinte de poésie qu’il se peut : il réagissait à un « SMS » reçu sur l’un de ses deux portables (bien en vue d’ailleurs) sur son perchoir. Cette défense ne lasse de me surprendre surtout par le fait qu’elle n’a déclenché aucune réaction de nos publicistes. Car enfin, la question première, et essentielle est bien : que le Président de l’Assemblée a-t-il donc besoin d’avoir des téléphones sur son bureau en pleine séance publique ? La fonction est-elle à ce point inintéressante qu’il ait besoin de se divertir ? Quel mystérieux « supérieur » au souverain pourrait bien avoir besoin de le déranger dans sa tâche ? Jupiter (le Dieu des Dieux) ? L’Etre suprême ? M. de Rugy aurait-il un contact direct avec un être supérieur ? Je reste confus qu’aucun journaliste n’ait posé la question, ni ne l’ait même imaginée. Je suppose leurs nobles et pleines têtes encombrées de questions sur la politique internationale où leurs analyses pénétrantes n’a d’égal que la vacuité de leurs connaissances du droit international.

 

Décidément notre assemblée nationale est devenue bien peu fréquentable : entre le député cartomancien, un autre qui mord son chauffeur de taxi, le chef de groupe empêtré dans des scandales financiers, un ministre qui publie des romans érotiques sous pseudonyme (en quoi elle est bien de son temps) et un Premier Ministre qui fait la campagne promotionnelle de son dernier ouvrage sur la radio publique (en attendant les nouvelles péripéties délectables qui ne manqueront pas d’arriver), tout ce fin aréopage me donne envie de dégueuler pour reprendre le langage châtié qui semble tant plaire à notre distingué Président de l’Assemblée. On voit l’évolution de notre société et où nous mène la constitution du parti unique sous la houlette de sa grâce Jupiter 1er (élu à la minorité non représentative, tout comme sa majorité parlementaire).

 

Quant à savoir à qui était destinée l’adresse du ci-devant de Rugy, il n’y a que deux possibilités.

 

Soit elle s’adresse au malheureux député communiste qui ne ferait que payer les pots cassés de l’orientation politique que prend ce parti qui s’obstine à ne pas comprendre la société qui l’entoure et à ne plus lire ni Marx ni Engels. Auquel cas, et ne nous en déplaise, il faudrait se ranger du côté de F. de Rugy (à tout le moins en privé), en espérant qu’avec cet électrochoc, le parti communiste aura compris qu’il doit défendre LE PEUPLE, le populo contre le capitalisme et ne pas essayer de vivre à son crochet pour en tirer quelques subsides – comme un vulgaire parasite.

 

Soit elle s’adresse réellement à l’un de ses « contacts », celui qui lui a envoyé un message. Auquel cas, je pense qu’en cherchant l’heure précise de l’envolée outrancière du ci-devant de Rugy, il aura perdu un ami ou se sera fait un ennemi. Peu nombreux sont en effet les hommes qui accepteraient d’être traités de la sorte et en public qui plus est. Un vrai journal d’investigation chercherait à savoir ce genre de détail amusant.

 

De toute façon, peu importe à qui s’adressait le ci-devant de Rugy, la teneur de ses propos ne trouve pas place dans la bouche du premier des représentants du peuple français. Pas plus qu’il ne devrait lui être autorisé de tenir séance avec des téléphones portables. Sa mission est bien trop importante pour cela. S’il a sollicité et obtenu la charge de Président de l’Assemblée Nationale, qu’il en assume les conséquences et qu’il ne bâille pas aux corneilles parce que les débats l’ennuient ou alors qu’il démissionne !

 

Ce que dit l’acte de M. de Rugy c’est : « vous pouvez bien raconter ce que vous voulez, cela ne m’intéresse pas et ne comptez pas sur moi pour m’assurer que les conditions du débat démocratique seront maintenues, de toute façon Sa Majesté a pris ses dispositions que moi, l’écuyer de Rugy je me dois appliquer sans coup férir. »

 

Puisqu’on parle tant d’informatisation en ce moment : autant dématérialiser une personne aussi peu amène et le remplacer par un chronographe électronique qui distribuerait le temps de parole à chaque groupe politique. Ça ferait des économies sur les caisses de l’Etat, ce qui semble être l’Alpha et l’Oméga de l’ « homme qui lit » (au lit).

 

Pendant ce temps, et sans état d’âme le ci-devant de Rugy, liquide tout ce qui restait des « conquêtes sociales ». Comme le dit Montaigne: « sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ! »


 

« Made in » partout sauf « France » (10 août 2017)

Dans sa livraison informatique du 10 août, le Monde publie un intéressant article intitulé : La reprise économique fait plonger le commerce extérieur.

Cet article nous explique, à la manière du Monde : mélange de jargon pédant et d’idées reçues (aussi creuses et dévastatrices pour la pensée que l’est une charge d’obus), qu’en dépit de la reprise économique, nous importons plus que nous n’exportons, ce qui a pour corollaire d’augmenter le déficit du commerce extérieur qui, je cite : « […] s’est creusé de 50 % […]. L’outil industriel n’arrive pas à répondre à la demande. »

J’adore ce genre de phrase écrite dans le sabir moderne qui nous sert de français, qui est devenu la langue de l’à peu près, de l’euphémisme et de la litote. Cette phrase écrite dans un français correct signifie qu’à force de faire produire partout ailleurs dans le monde ce que nous faisions chez nous (sous prétexte de prix de revient et de « délocalisations compétitives »), il n’y a tout simplement plus d’entreprise qui soit capable de fabriquer quoi que ce soit.

Ainsi, et malgré l’augmentation de la croissance, nous n’avons plus aucune entreprise qui soit en mesure de nous fournir en biens de consommation, que nous importons donc. Voici la belle explication que nous trouvons dans l’article : « l’appareil productif industriel se révèle si dégradé qu’« il est incapable de répondre normalement à la hausse de la demande intérieure », comme l’expliquait l’économiste Patrick Artus (Natixis) dans une note publiée mi-juillet. Faute de trouver des produits « made in France » qui les satisfont, les Français se fournissent ailleurs. »

L’article ajoute, non sans mauvaise foi, que c’est qui était arrivé à la politique de relance initiée par F. Mitterrand en 1983. Là, il faudrait s’entendre : en quoi la baisse des impôts des entreprises a à voir avec une politique de relance Keynésienne faite au début des années 1980 ? Macron et Hollande seraient-ils de dangereux gauchistes déroulant un hypothétique (quoique filial) « programme commun » à la manière mitterrandienne ? Donc, et sauf à reconnaître que le libéralisme ou la relance c’est bonnet blanc et blanc bonnet, le raisonnement me parait quelque peu hasardeux. Décidément, les journalistes sont vraiment payés à écrire n’importe quoi ! Le journal nous apprend également que l’industrie automobile (qui se porte bien) fabrique ses voitures à l’étranger. Vous qui croyiez naïvement conduire français en achetant une Renault, vous saurez à quoi vous en tenir lorsqu’il faudra choisir entre une Yaris et une twingo.

Voilà, en tout cas, un joli pied de nez à nos gouvernements successifs qui nous assurent depuis des lustres que la France est peuplée de fainéants qui refusent de travailler, d’alcooliques de d’abrutis qui se désirent rien faire si ce n’est vivre comme des nababs avec leurs 600 euros de RMI. Il est cocasse de noter que tous les cadeaux faits au patronat se soldent invariablement par des « augmentations de marge », des « délocalisations », des suppressions d’emplois, mais jamais par des créations d’emplois ou d’entreprises, spécialement lorsqu’elles sont nécessaires. Ce qui fait que nous ne pouvons plus rien acheter sur notre territoire puisque nous n’avons plus rien et ne pouvons plus rien produire. Plus besoin de bombarder une usine : il suffit de mettre à sa tête l’une de nos grosses têtes qui travaillent « entre 80 et 100 h par semaine » pour être sûr que ladite usine sera éradiquée du territoire plus efficacement que ne l’aurait fait une escadrille de B-17 en 1944.

Quarante ans de délocalisations et de licenciements « économiques », de « guerre contre le chômage », de « restrictions budgétaires » pour en arriver à ça ! Tout ce temps passé à expliquer aux ouvriers qu’ils coûtent trop cher, qu’ils ne sont pas compétitif, pas assez formés, trop bêtes, trop riens, pour finalement ne plus être capable, une fois la croissance « revenue » (tel un nouveau messie) ne pas avoir seulement une usine pour fabriquer ce qui nous est nécessaire ?

La solution proposée par nos grands esprits ne surprendra hélas plus personne, tant la bêtise et le syllogisme sont devenus communs : il faut « monter en gamme ». Entendez : faire de la qualité. Mais naturellement, cela demandera « à la fois du temps et une politique constante, cohérente, lisible. » Ce qui revient à dire que ce sera encore une fois de notre faute (à nous le peuple) si nous ne sommes pas capables de « monter en gamme en préservant les intérêts financiers de nos sociétés », c’est-à-dire si nous nous retrouvons encore plus pauvre tout en donnant encore davantage au capital. Comme le note un commentateur - particulièrement perspicace – de cet article : « Depuis plus de 40 ans nous menons une politique visant à favoriser les revenus du travail par rapport à ceux du capital. » Compris les pauvres ? Avec votre SMIC vous faites crier les rouages du capitalisme si fort qu’il n’arrive plus à engrener les courroies du bénéfice, si nécessaire pour que les vertueux investisseurs s’intéressent à notre misérable pays et daignent y créer des Emplois payés avec le Saint lance-pierre.

Il est amusant de noter que ce type d’article ne connaît pas la première page des journaux. Il faut un peu chercher sur le site (et dans le journal également je suppose) pour le trouver. Il faut dire que si ce type d’article était à la une, nous pourrions légitimement nous demander : à quoi bon donner (bon an, mal an) 40 000 000 000 d’euros (je mets tous les zéros pour qu’on se rende un peu compte que ce chiffre défie la logique) de cadeaux fiscaux aux entreprises pour en arriver à un tel résultat ? A quoi l’on vous répondra, sur le ton las de l’instituteur excédé, qui n’en peux plus de devoir répéter à ses mauvais élèves toujours la même chose : « gnagnagna, concurrence internationale », « gnagnagna coût du travail », « gnagnagna trop de règles », « gnagnagna impôts qui étouffent les entreprises » et le dernier « gnagnagna : déficit public » que je ne résiste pas au bonheur de vous citer tant on pourra légitimement se demander si le citer à tout propos comme on le fait actuellement, n’est pas une insulte à l’intelligence.

Me prenant donc pour Cassandre (ce qui est facile dans notre monde), je vous fais les prédictions suivantes :

Je prédis que le coût du travail va baisser en France (grâce à Mackrel : acronyme du couple Macron-Merkel) mais qu’aucun emploi ne sera créé. J’entends par emploi : un travail stable et non d’un ersatz de contrat à mi-temps pour une durée limitée en fonction du bon vouloir de ces Messieurs les Capitalistes.

Je prédis que la « pérennisation du CICE » (entendez : la pérennisation de cette curiosité économique moderne qui consiste, tel un Robin des Bois transformé en Shériff de Nottingham, à prendre aux pauvres pour donner aux riches) ne va pas créer non plus un seul emploi stable, en dépit du joli pin’s du « patron des patrons » (autrement appelé capo di tutti i capi) qui en promettait un million grâce à lui (le CICE par le capo), et qui s’est noblement exclamé « mais je n’ai jamais dit ça moi ! » lorsqu’un journaliste moins endormi que d’habitude lui avait rappelé sa promesse ; où l’on voit que si ces aventuriers modernes, ces courageux défricheurs, que dis-je : ces saints hommes ! que sont les patrons, possèdent bien des qualités ce ne sont certainement ni le courage, ni la franchise.

Je prédis que des services publics seront fermés pour financer ces formidables cadeaux, ce qui ne provoquera de gêne que pour les gens qui vivent en province ou en « périphérie » (on se demande ce qu’ils vont y faire : « ils font vraiment chier » pour reprendre les nobles paroles de Saint François de Rugy du Perchoir) et à ceux qui ne sont rien et trainent dans les gares. Mais on s’en fout : les fonctionnaires ça ne sert à rien et ça coûte de l’argent inutilement, et d’ailleurs ces parasites devraient être extirpés de leurs emplois et rejoindre les Saintes légions des Demandeurs d’Emplois qui ne demandent à n’être payés qu’au Saint Lance-Pierre.

Je prédis que la moralisation de la vie politique va engendrer de beaux et mirifiques abus réalisés aussi bien par le vulgus pecum des députés que pour les chefs de la Très Sainte République En Marche et qu’ils feront les choux gras du Canard Enchaîné, comme dans l’ « ancien temps » (et ce malgré l’apparition de Jupiter-Janus aux deux corps dans notre ciel).

Je prédis la fin de la classe moyenne qui se scindera en deux : une infime minorité rejoindra les rangs des initiés, de ceux qui ont réussi, et la majorité appauvrie, n’aura que ses yeux pour pleurer et volètera de petit travail en emploi précaires payés par les capos armés de leurs beaux et Saints Lance-Pierres.

Je prédis que la liquidation par le syndicat de faillite (autrement nommé « gouvernement ») des acquis sociaux se fera sans heurt manifeste, sans violence en dépit de quelques manifestations qui « dégénéreront » : la raison principale en sera que nous « ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens » et qu’il faut bien rattraper trente ans de « dérive sociale », ce que les français, de guerre lasse, feindront de croire.

Jupiter-Janus aux deux corps et aux deux alliances aura donc fait ce qu’il fallait à la fin de son quinquennat : grâce à lui la France sera à nouveau un pays fier de lui-même, un pays où on aura fait « les réformes de manière courageuses », sans se soucier des « petits privilèges de chacun ». Ce qui, traduit en bon français, signifie que le patronat aura réussi à nous faire revenir au XIXème siècle et que nous serons plus pauvres et loqueteux que jamais. Ce sera un nouveau pays où les retraites, l’assurance chômage et les fonctionnaires (ces fainéants) n’existeront plus. Mais cela se sera fait avec l’assentiment (tacite) de la « majorité » (c’est ainsi que l’on nomme le petit quart des électeurs inscrits qui a voté pour la Très Sainte République en Marche – le Nom en soi Loué). A cette majorité minoritaire, qui se croit très maligne et « réaliste », je dédie ces quelques lignes de Guy Debord tirées de in girum imus nocte et consumimur igni :

« Comme le mode de production moderne les a durement traités ! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé ; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres ; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût ; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées ; continuellement et mesquinement surveillés ; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles.

Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : « il faut », et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi en le leur disant n’importe comment ; et aussi bien le contraire le lendemain. »


 

Encore un accident de la route… (21 août)

 

Ce 21 août dans la matinée, une camionnette est rentrée successivement dans deux abribus à Marseille blessant un badaud puis tuant une femme avant d’être arrêté par la Police. Immédiatement, le chauffard « de nationalité française » (nous voilà à moitié rassurés : il a eu son permis en France) a été arrêté. Il semblerait qu’il ait un problème psychologique, c’est du moins l’information que relaie les journaux (à un niveau toutefois moindre que celle d’un Président démocratiquement élu – mais supposément dictateur – osant réunir une assemblée constituante dans son pays).

Il semblerait donc que notre chauffard  rejoigne la cohorte de ces chauffards un peu fou, à l’instar de celui qui a foncé dans une pizzeria, qui avait été déclaré bon pour l’asile avant de ne plus l’être, mais tout en l’étant un peu, en effet on lui reconnait la circonstance (très) atténuante (et à la limite de la psychiatrie) d’être un drogué ou plus exactement « de souffrir d’abolition de la capacité de discernement suite à l’ingestion de médicaments à haute dose ».

Encore heureux que l’auteur de la tuerie motorisée de Barcelone ne se soit pas rendu à la police, on l’aurait probablement déclaré « irresponsable » du fait de ses problèmes psychiatriques, malgré les morts, les blessés et le reste ; et gageons qu’on lui aurait retiré le permis de conduire pour au moins un an. Probablement que les apprentis artificiers qui ont fait « boum » (et qui disposaient de 120 bonbonnes de gaz), souffraient, eux aussi, de troubles du comportement.

Ces dramatiques « faits divers » posent une question de fond : mais que fait le gouvernement ?

Alors que les accidents de la route ont été déclarés « grande cause nationale » par le précédent gouvernement, dans lequel, me semble-t-il, l’actuel Président susurrait à l’oreille de l’ancien, rien n’est fait : à ce train-là, les accidents vont « repartir à la hausse » suivant l’expression attristée de journalistes. Ce seront moins de « vies sauvées » cette année (expression au moins aussi magnifique que le génial « naufragé de la route »). Car je suppose que ces malheureux faits divers seront classés dans la catégorie des accidents de la route par le ministère de la transition écologique et solidaire.

Aussi est-il urgent, que dis-je de priorité absolue, que le code de la route soit modifié afin que les chauffards qui souffrent de problèmes psychiatriques soient l’objet de mesures de contrôles périodiques par les services du ministre qui est en charge des transports. Modestement, je vais d’ailleurs lui souffler un petit conseil, vu qu’il n’a plus le temps de penser à tout et que la masse de travail a furieusement augmentée ces derniers temps (du fait du « professionnalisme » exigé par sa Sainteté, le Très Haut et Noble Jupiter – et ses deux corps, du fait qu’il a aussi été privé d’embaucher sa parentèle, et ceci sans compter que le nombre de ses collaborateurs a été drastiquement limité). Je propose donc de croiser ce contrôle avec celui du fichier dit « S », et pourquoi pas celui des détenteurs d’armes à feu (mais pardon, ce n’est pas le sujet de ce billet). Certes cela demandera probablement des réunions interministérielles (RIM dans le jargon) et un arbitrage à l’« homme qui lit », lequel devra en référer au mutique à deux corps, et peut-être cela nécessitera-t-il, même, une demande d’autorisation à la CNIL (qui acceptera en jouant les vierges outragées), cependant le jeu en vaut la chandelle, c’est du « gagnant-gagnant », du « win to win » comme pourrait le dire le(a) ministre(sse) du(de la) travail(le).

En soumettant donc ces olibrius à un contrôle périodique, durent-ils employer à l’endroit de l’administration, en recevant leur convocation, la noble exhorte de Saint François du Rugy du Perchoir et s’exclamer « put…, ils font vraiment ch… ! » ; et même si dans la salle d’attente, entre djellabistes et barbes pointus ils peuvent se poser des questions (quoique d’après tous les témoignages, les fichés S sont, « de braves voisins », dont « on ne se serait pas douté » qu’ils préparaient un mauvais coup), ils n’auraient, à priori, aucune raison de se méfier et nous sauverions des vies. Car pour parfaire l’ambiance, on pourrait ajouter quelques slogans de l’EI et une ou deux mesures prophylactiques que ce même EI impose aux femmes (spécialement les jeunes) dans les territoires qu’ils contrôlent afin de faire plus médical, voire mettre en poster la superbe image du char écrasant un innocent avec un slogan, dans le goût de la sécurité routière : « califat ou renégat, choisit ta voie (de circulation) », ce qui terminerait d’ôter les quelques méfiances naissantes.

Ainsi nous pourrions collecter suffisamment d’information pour remettre à jour ledit fichier « S » en rayant les noms de tous ceux qui sont psychiatriquement instables, supprimant ainsi le risque d’avoir des morts supplémentaires  sur nos routes. Cela permettrait en outre de ne pas attirer leur attention sur le contrôle dont ils sont l’objet (car qui se douterait qu’un banal contrôle médical décidé par le ministre qui ne veut  plus avoir la lumière à tous les étages,  vise en fait, et seulement, les personnes dangereuses pour la sureté de l’Etat ?) et de faire le ménage dans ledit fichier qui, n’en doutons pas, fondrait comme neige au soleil ; il serait ensuite possible de « redéployer » les forces de surveillance à des missions hautement plus stratégiques (au passage, nous gagnerions quelques ETP dont s’enorgueillirait le ministre des comptes et de l’action publique auprès de l’homme qui lit au lit, lequel en rendrait compte à Jupiter-Janus aux deux corps et aux deux alliances). Nous pourrions réaffecter enfin nos fins limiers à des tâches plus importantes, telles que le comptage des morts de la route dus aux chauffards irresponsables, en leur faisant dresser un rapport annuel accompagné de moults graphiques et rédigé dans le jargon franglais dont raffole les périodiques et autre journaux du soir. Par surcroît, cela nourrirait les colonnes des périodiques du mois d’août, dont la vacuité n’a d’égal que la faiblesse du nombre de lecteurs et offrirait une alternative intéressante (quoique morbide) aux articles sur les coups de soleil, ou les exploits footballistico-financier du Qatar. Mais je parie que le(a) ministre(sse) de la (du) transition(ne) écologiqu(e) et solidair(e) : Nicolas(e) Hulot(te), ne se saisira pas d’une aussi belle et fine idée et continuera d’hululer sur le bienfondé des voitures électriques roulant à l’électricité nucléaire. Comme quoi en France quand on a des idées, on n’a pas de ministre avec assez d’énergie (transitoire ou fossile) pour les réaliser.

 

 

La cigale et les fourmis

Adresse parue sur Agoravox avec l’article : Cher lecteur, ce qui suit, comme le précédent article (« encore un accident de la route… ») est de l’humour, de l’ironie. Il ne faut donc pas le prendre au pied de la lettre. Je t’écris cela suite à un conseil qui m’a été donné par un ami qui sait de source sûre (donc pas besoin de vérifier).

J’imagine la réaction que susciterait aujourd’hui la réponse que GB Shaw fit à qui une actrice qui lui écrivait qu’ils devraient faire un enfant ensemble, car elle était la plus femme d’Angleterre, et lui l’homme le plus intelligent ; à quoi il avait répondu que l’enfant pourrait bien avoir l’intelligence de la mère et la beauté du père. Ce serait une condamnation générale : cette réponse est vraiment stupide puisqu’il n’y a pas de smiley, d’encart, de pancartes : quand on fait de l’humour, on le dit putain ! diraient les uns; d’autres gloseraient à n’en plus finir sur l’homosexualité refoulée de l’auteur, argumenteraient sur le droit des minorités ; d’autres enfin tiendraient des propos sophistiqués sur le droit des femmes : en quoi une actrice est-elle plus bête qu’un romancier, et un romancier plus laid qu’une actrice (spécialement s’il est inverti) ? Oui je vous le demande?

Tous s’accorderaient néanmoins sur le fait que cette répartie frelatée, nous rappelle, décidément, les heures les plus sombres de notre histoire. Comme quoi, au commencement n’était pas le verbe, mais le sujet ! (aphorisme beaucoup plus profond qu’il n’y parait).

Le gouvernement nous joue, dans son genre, la fable de la cigale et de la fourmi. D’un côté les cigales, celles qui chantent, dansent, font des folies et pour qui l’argent coule à flot, et de l’autre les fourmis : la majorité, celle des gens qui travaillent et ne peuvent même plus se plaindre.

Dans le rôle de la cigale principale (touchée par Sa Grâce), Mme Pénicaud a décidé de faire chanter et danser, au rythme de la mondialisation, les fourmis travailleuses. La voici donc qui se dandine, frappant du pied, archet à la main, sur un rythme effréné afin d’attirer les reines auto-proclamées des fourmis à danser la farandole de l’abandon des droits (espérant que les autres fourmis n’y verront que du feu), ce que le gouvernement appelle « le consensus ». Du moins est-ce là ce qu’il veut nous faire accroire. Les syndicats (du patronat et des ouvriers) ont ainsi été invités à regarder Mme Pénicaud, tantôt en espadrille, tantôt en escarpin (voire même en tropézienne), piétiner les feuilles, désormais mortes, du code du travail. Celui-là même qui portaient jusqu’alors les droits obtenus par les fourmis, résultats de décennies de combats. Comble de l’ironie, devant des cigales-patrons hilares, les syndicats de fourmis se sont vus obligés de commenter les performances de la cigale-danseuse en talon aiguille. La grâce n’était pas forcément là, le pas était parfois lourd, parfois à contretemps, mais qu’importe ! Chacun a été sommé de faire de profondes révérences à la Grâce incarnée de la ballerine. Ce qui a donné lieu au spectacle de l’indifférence affectée, de la flatterie servile, du renard qui renâcle le fromage du corbeau, du rond de jambe et de la courbure d’échine, bref du « léchage de cul » en règle (comme on le dit dans le langage fleuri de François de Rugy du Perchoir).

La cigale touchée par Sa Grâce, cédant à sa manie qu’on l’admire, n’a pu s’empêcher de voir son narcissisme flatté une nouvelle fois, profitant qu’elle soit encore sous le feu des projecteurs. Aussi a-t-elle invité, d’abord les VIP, puis les fourmis à découvrir les « bonnes pages » de son nouveau tour de chant, lequel est la suite logique de la danse du piétinement. Comme il ne faut pas perdre les droits d’auteurs, ni se faire chiper le texte (ce qui forcerait à faire un procès pour plagiat), les chanceux invités ne pourront pas en dévoiler le contenu. La cigale touchée par Sa Grâce fera donc la lecture elle-même et pourra ainsi faire admirer toute la platitude de sa voix monocorde et aigrelette. Mais attention ! Défense de critiquer : pour cela il faudra attendre la version intégrale, celle qui est corrigée en ce moment même par Janus-Jupiter (aux deux corps et aux deux alliances).

Les VIP, premiers invités, seront certainement agréablement surpris devant l’audace de la cigale touchée par Sa Grâce. Il faut dire qu’ils se reconnaissent en elle : elle a choisi le chant et la danse, contre l’avis de sa famille qui la destinait à une carrière plus austère (disons de notaire) et elle y a réussi. Quelle volonté fallait-il pour ainsi doucher les espoirs de ses parents ! Quelle force d’âme ! Quelle persévérance ! Décidément ces ordonnances sont un coup de génie de l’homme aux deux corps, lequel a vu juste en désignant la cigale touchée par Sa Grâce pour les interpréter. Que de bonheur ! que d’amour de l’art ! que de grandeur ! n’hésitons pas à le dire, dans ce piétinement en règle et ce nouveau tour de chant. Elle est une artiste accomplie qui a réalisé tout cela avec élégance et qui a convaincu, jusqu’à ses ennemis, que cet horrible tintamarre est digne de Mozart.

Les fourmis seront également conviées à ces lectures privées. Elles n’ont pas la finesse d’esprit des VIP. Elles sont terre-à-terre et matérialistes. Elles ne voient la grandeur nulle part. Mais la cigale-ministre(sse) a réussi à les diviser, à flatter les égos de chacune en feignant de les écouter un peu, et en feignant de corriger ici une note, là un pas de danse ; en leur donnant des gages (comme à de vulgaires laquais) ; en leur faisant enfin ses fameux yeux doux de séductrice. Les fourmis se sont donc tues tout l’été (mais qui a déjà entendu crier une fourmi ?) et se tairont encore après les lectures privées. Elles l’ont promis.

Une fois ces lectures privées passées, et une fois le livre de chant acclamé par le cercle des marcheurs disparus, il se peut bien que des sans-dents, des gens qui ne sont rien : ces alcooliques, ces personnes qui n’ont pas de costume, qui n’auront jamais une Rolex à cinquante ans, qui tiennent les murs ou deviennent « dealer », bref ce qu’il reste de fourmis rouges ou noires qui n’écoutent pas les fourmis auto-proclamées reines, soient capable de descendre dans la rue et de dire qu’elles ne sont pas d’accord avec les beautés subtiles chantées par la cigale touchée par Sa Grâce ! C’était bien la peine que Janus-Jupiter donne 500 € à ces loqueteux à leur majorité pour assister à des « spectacles artistiques » quand ils prouvent qu’ils n’ont pas d’oreilles !

Avec ces désordres à venir, l’homme qui lit au lit risque lui aussi d’être mis en difficulté auprès du mutique à deux corps ; et il est fort probable qu’il doivent faire intervenir les forces de l’ordre de Gérard côlon de lion, lequel devra hâter le vote des mesures de la loi d’urgence afin de mater ces révoltes, encore du travail pour François de Rugy du Perchoir qui n’a pas fini de s’exclamer : « put…, ils font vraiment ch… ! »

Rassurons-nous tout de même, la cigale pourra désormais récompenser les fourmis de leurs efforts : vous SMICquiez jusqu’à maintenant, j’en suis fort aise ; et bien RMIsez maintenant !

 

 

Et maintenant les baisses de cotisations Shadok : plus ça monte, plus ça baisse – 23 août 2017

http://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2017/08/23/macron-differe-ses-promesses-fiscales-pour-les-salaries_5175553_5129180.html

Décidément pas à court d’idée, voici que l’homme qui lit au lit, soutenu par le mutique à deux corps, s’est mis d’accord avec Bruno Le Maire alias BOM (burn out man) pour repousser la baisse des cotisations salariales promise aux salariés et contrepartie de l’augmentation effective de la CSG. Comme de bien entendu, et il fallait s’y attendre, cette baisse sera scindée en deux : la moitié de la baisse se fera au 1er janvier 2018, l’autre moitié de la bais(s)e attendra la fin 2018 (et risque d’être effective plutôt aux calendes grecques). Mais dans le même temps la CSG, quant à elle, va augmenter dans les proportions prévues. La raison invoquée en est que le gouvernement souhaite que cette baisse de la hausse soit visible au moment de la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu ; mais comme on ne sait pas ce que va devenir ledit prélèvement, les salariés peuvent bien se brosser pour voir venir la deuxième tranche du deuxième morceau de la baisse.

Gageons que d’ici là la dette aura augmenté, pardon que la baisse de la hausse du déficit sera moins (ou plus ?) forte que prévu, ce qui donnera une belle et noble porte de sortie pour se renier. Il sera toujours temps de s’exclamer : « Excusez moi ! J’ai oublié que j’étais amnésique. »

Voici donc venu les baisses de cotisations Shadock : l’augmentation est réelle, alors que la baisse, quant à elle, n’est pas pour demain la veille. Il risque donc d’y avoir quelques désagréables surprises sur les feuilles de salaire. Il faudra alors toute la diplomatie de Le Maire (qui s’est mis en marche loin des leurs) pour expliquer, à la façon de Claude Piéplu, que plus le bulletin de salaire baisse plus il monte en réalité et que la bais(s)e est compensée par la hausse, laquelle aura lieu lorsque la baisse du déficit sera compensée par la hausse des rentrées fiscales ; cependant comme les taux directeurs seront repartis à la hausse, il faudra s’attendre à une nouvelle hausse de la dette qu’il faudra compenser par une hausse des impôts, ce qui ne permettra pas de baisser les cotisations sociales salariales, selon l’équation Shadok qui veut que trois plus plus un moins ça fasse trois hausses (soit quatre plus et un seul moins).  En bref, et comme le dit vulgairement le dicton, « mieux vaut tenir que courir ». C’est ce qu’a compris le patronat qui a obtenu que tout ce petit jeu se fasse sans lui. Ainsi les cotisations patronales (dénommées « charges » pour bien montrer que c’est mal) seront-elles en baisse sur le long terme avec le nouveau dispositif (que je propose de dénommer, au vu de ses futurs résultats : le Succès Unanime auprès des Chercheurs d’ Emploi – je vous laisse deviner l’acronyme) qui viendrait remplacer le CICE. Je propose également que Bribri la korophile (femme de Notre Sainteté Jupiter) soit chargée du dispositif, ça lui ferait une occupation divertissante car son emploi du temps ne parait pas trop charté ces derniers temps.

L’étape suivante est donc facile à deviner : comme la sécurité sociale sera de plus en plus dans le « rouge », que l’Etat voudra utiliser l’augmentation de la CSG pour « combler le déficit public » plutôt que financer le déficit SS, que la situation des caisses d’assurances chômage « sera » intolérable pour l’homme qui lit les chiffres, ce que ne manquera pas de confirmer Mumu la marcheuse en marche ; que Janus-Jupiter le néo-communiquant a, de son côté, annoncé son intention que l’Etat reprenne la gestion de la sécurité sociale, nous allons droit vers un système à l’anglaise : tournée générale de RSA pour tous les inscrits ! Comme le disait les Shadock : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles, il faut toujours taper sur les mêmes »

L’homme qui (ne) lit (pas) – 25 août 2017

 

La prestation du Premier Ministre, alias l’homme qui lit (au lit) en direct le 25 août à la télévision ne restera pas dans les annales. Il n’a pas été « jugé convaincant », c’est du moins ce qui transparaît en filigrane du « débriefing » qui a suivi sa prestation.  Elle a été jugée à ce point catastrophique, que l’on s’est empressé de présenter un sondage qui le qualifiait « d’honnête », ce qui est – parait-il – le compliment ultime venant de la bouche d’un électeur français. « Il est bien brave » comme on dit au pays.

Le problème c’est que quand on se donne les apparences du sérieux, il faut l’être. C’est bien beau de faire semblant de travailler derrière son écran, tout en comptant sur son cabinet pour vous souffler les réponses, mais quand on ajoute l’impréparation à cette légèreté, on est mis en difficulté. C’est ce qui s’est produit hier, et c’est ce qui arrive quand on lit des romans au lieu d’éplucher les tableaux excels de la DB (la Direction du Budget, pas la Division Blindée). C’est bien joli de faire le fanfaron, le coup du « ni vu, ni connu, je t’embrouille », de faire prendre par la main gauche, ce que tient la main droite et d’expliquer que si c’est pareil, c’est que c’est forcément différent, mais il faut, pour cela, savoir expliquer ces acrobaties ou à tout le moins en être convaincu. Ce qui ne semble pas le cas d’Edouard dont les réponses sont à l’exactitude, ce que Ed est à l’épicerie fine.

Jacques de RMC, n’a pas eu besoin de sortir son gourdin pour mettre l’homme qui lit au lit en difficultés. Une petite verge a suffi (c’est une métaphore bien sûr). Un petit coup de règles sur les doigts et hop !, Edouard à la plume d’argent bafouille des « euh », sue à grosses gouttes, indique « qu’il consultera son équipe à la pause, si on le lui permet », « pour être sûr d’être exact » naturellement, se reprend, s’excuse de se reprendre puis se reprend à nouveau avant de s’excuser et de bredouiller un « euh » qui ne convainc personne ; tout cela avant que Bourdin, bonne pâte, ne le sauve de la noyade.

On se dira peut-être que c’est cela la nouvelle politique : et qu’il vaut mieux quelqu’un qui bredouille, et s’excuse de ne pas savoir, plutôt que ces ministres « de l’ancien temps » qui disaient les pires absurdités avec aplomb. Oui mais comble de malchance plus le premier ministre s’embrouille, plus il se renie. Par exemple lorsqu’on lui parle de la baisse de la taxe d’habitation où il mélange allègrement le pourcentage de la baisse avec le pourcentage de personnes exonérées. Ce qui, en on conviendra, n’est pas exactement la même chose. Fifi a d’autant moins d’excuse qu’il était jusqu’alors maire du Havre et ancien pensionnaire de l’ENA, donc pas un débutant en politique, ni dans le monde administratif. Parodiant François, il a dû rugir en lui-même « put…, il fait vraiment ch… celui-là ! »

Il va être bon pour relire L’écriture ou la vie, lequel lui avait déjà « fait passer l’envie de se plaindre ». Sans compter que ça risque de mettre en Kohler le secrétaire général de l’Elysée. De plus, Sa Majesté Janus-Jupiter a beau trouver sa majorité législative pleine de fraîcheur, je doute fort qu’il goûte que le premier de ses ministres – qui est censé ne pas avoir pris de vacances et donc avoir travaillé ses dossiers – soit en aussi petite forme devant les « terribles » journalistes de BFMTV (qui avouons-le ne sont pas les pires). J’imagine bien la même scène entre Edouard (le Bel-Ami du XXIème siècle) et l’aphatique de France Info, lui donnant du « vous en êtes sûrs ? », « ah bon ? Ce n’est pas ce que j’ai lu… », « vous avez des infos que j’ai pas. Et je ne vous dis pas que vous avez tort. Mais j’essaie de comprendre… ». Pour un gouvernement qui joue aux déductions Shadok avec les cotisations sociales salariales (« plus ça baisse, plus ça monte ») et qui fait des passements de jambes avec la CSG à en rendre Neymar jaloux, il faut bien avouer que cela fait désordre. En espérant tout de même, pour lui, que la « meuf » Sibeth ne nous annonce pas, un jour prochain, la démission de l’homme qui lit par un cinglant SMS du genre : « ouais, le gars est dead, fired ».

Comme le disait, avec sagesse et philosophie, l’immense professeur Choron : Poule qui couve des navets n’aura jamais de poussins.

Reste que ce petit monde s’entend comme larron en foire quand il s’agit de casser du populo ; quand on voit comment Janus-Jupiter aux deux corps et aux deux alliances se comporte, dans le même temps, avec les journalistes, donnant au premier ministre autrichien un : « Quel est ton taux de chômage, Christian ? » On se dit que tous ces gens ont à peu près la même estime pour le peuple que Néron en avait pour Rome. Nous sommes des larves, des loqueteux, des bouches inutiles, nous brûlerons pour expier notre faute incommensurable de n’être que des gens de rien. Devant ce type de remarque,  et la réponse – cinglante – qui a fusé (sur le ton : « vous allez voir ce que vous allez voir, bandes de fainéants imbéciles ! »), on en viendrait presque à s’excuser de vivre et d’avoir un travail. On rendrait presque ces malheureux euros que nous avons gagnés en priant Son Altesse de nous pardonner.

Dans son brillant esprit de banquier : « mieux vaut un petit travail que pas de travail du tout » et quand on a 2 €, on est deux fois plus riches que quand on a 1 €.  Heureusement les 26 000 € de maquillage que sa Grâce nous a fait payer afin que l’on s’occupe de son auguste face, nous font, quelque peu, retrouver notre estime.  


 

Du coup de casque – 1er septembre

 

Il y a diverses manières de donner des coups de casque. Le coup de casque le plus efficace, si l’on veut, est celui qui envoie votre opposant au tapis. Un coup de casque simple, net et précis. Celui-là est très efficace mais risque de vous causer des ennuis, surtout si vous aviez avec lui des différends et que votre agression ne se justifie par vraiment. Le coup de casque peut être plus triomphal est plus compliqué, plus fin mais donne également plus de satisfaction. Il consiste à asséner un grand coup sur la tête d’une foule immense et de faire des milliers de victimes d’un seul coup ; c’est un coup de casque plus sournois et moins douloureux mais qui laisse Ô combien plus de traces. Petit précis.

Pour ceux qui souhaiteraient commettre des coups de casques simples, et qui relèvent de la voie de fait, tout en évitant les petits désagréments qui vont avec (comme par exemple une comparution immédiate assortie d’une amende et peut-être d’une peine de prison), pas besoin de trop de complications : il faut invoquer l’insulte raciste, qui doit sortir comme par M’jid. Un petit mot prétendument mal placé et hop ! Deux grands coups de casque dans la tronche. Soyons sérieux : il ne faut pas rire sur le sujet des discriminations. Pour faire plus vrai, hâtez-vous chez votre médecin pour y simuler un malaise et faites-vous prescrire six jours « d’ITTP » (si vous avez la chance que ça marche…) au motif de la commotion qui vous a causée par le fait « d’avoir été traité ». Naturellement, dans un tweet assassin (pardon pour le mauvais jeu de mots), donnez votre version (édulcorée) des faits : c’est vous la victime, « la put… de sa race », on « vous a traité » et même –zyva – « on vous a attrapé par le bras tellement que vous avez cru, ma parole, qu’il vous l’a cassé » (le bras) ; sa mère la tepu : il était trop stocma le gars. Pas d’autre choix que de se défendre contre ce « bouffon ». Vous pouvez aussi prétendre que l’agresseur unique était triple (comme la concentration d’alcool dans votre sang). Bien sûr, il vaut mieux ajouter que l’on « s’excuse » et que « la violence ne fait pas partie de votre vocabulaire » (on est plus à une contradiction près…), et il est bon de rappeler que les français sont d’horribles racistes-fascistes-qui-nous-rappelent-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Saleté de souchiens. Dernière chose, portez rapidement plainte contre votre victime (si possible pendant qu’elle est encore en soins intensifs) : vous gagnerez un temps précieux pour votre défense qui pourra alors être reprise par les médias. Plus c’est gros plus ça passe. Soyez le Goebbels de votre vie. Après tout, c’est quoi ces cons qui viennent vous parler et qui ne sont pas de votre avis ? Ils font vraiment chier (cf. François de Rugy du perchoir). L’excuse de la discrimination raciale pour aussi vous servir pour ne pas payer vos notes de taxi : une petite insulte raciste prêtée au chauffeur, et hop, une morsure en guise de paiement. Elle est pas belle la vie ? Petite précision : cela ne marche que si vous êtes député étiqueté LREM et encore, ça ne vous évitera pas la garde à vue… Pire le parti risque de vous lâcher dès la première « incartade casquique » si j’ose dire. « On ne salit pas impunément l’histoire de Jupiter » pour parodier PJN (Petit Joufflu Normal, l’ancien chef de l’ancien monde).

L’autre manière de mettre de grands coups de casque est plus subtile et sournoise. Elle consiste à amener vos victimes chez vous, sous les lambris et les ors de la République, dans l’entre-soi, en compagnie de gens distingués qui ne boivent le thé qu’en levant le petit doigt. Le plus dur sera de trouver l’alibi : quoiqu’avec  un peu de jugeotte, on peut facilement faire venir un syndicaliste si on lui propose de parler travail et qu’on souhaite son avis. Une fois l’invitation lancée et acceptée, discutez longuement et sans façon avec vos victimes, donnez-leur du « tu », faites semblant de les écouter (pour les détendre et les mettre à l’aise). Conviez à votre sauterie, une femme sans âge, un peu fadasse, pas trop belle, ni trop avenante dont vous vous serez assuré, qu’à la manière de Jeanne d’Arc, elle ait entendu la voix du Patronat lui susurrant qu’il faut « bouter les chômeurs hors de France ». Bref trouvez une ancienne DRH. Faites-lui débiter, avec toute la fadeur de sa voix monocorde, une interminable litanie de mesures techniques, jusqu’à ce qu’endormissement de la proie s’ensuive. Là, lorsque tout le monde est bien endormi, sortez votre casque et bam ! en pleine gueule ! A votre manière, plus distinguée que celle de vos ouailles, parlez de « réforme ambitieuse, équilibrée et juste ». Faites dire à votre DRH à la voix aigrelette, que celle-ci  donnera plus de « sécurité » aux salariés (vous n’êtes plus à une contradiction près), même – et surtout – si votre réforme vise à faciliter les licenciements : utilisez des mots-valises qui ne veulent absolument rien dire et qui encombrent le français moderne : « flexi-sécurité », « employabilité », « pénibilité », « contrat de chantier » que sais-je ? Ne dites pas que les patrons feront ce qu’ils voudront et pourront foutre à la porte leurs employés pour trois cacahuètes quand bon leur chante, mais faites au contraire valoir que le montant des indemnités de licenciements a été augmenté d’un quart, grâce à votre réforme « ambitieuse ». Et dernier coup de casque, rappelez que vous avez « fait un exercice d’écoute, mais d’arbitrage à la fin ». Votre adversaire et désormais en sang et par terre. Profitez-en pour dire que c’est lui qui vous a agressé, avec ses menaces de grève ; alors que vous, vous ne vouliez que discuter, et que la violence ne fait pas partie de votre langage. Que vous êtes la victime en proposant une réforme équilibrée contre votre horrible victime qui est un rétrograde-qui-nous-rappele-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Avec un peu de chance, le juge suprême de la démocratie (qui est l’opinion) vous pardonnera votre voie de fait et vous pourrez continuer, comme si de rien n’était, à promouvoir les intérêts des plus riches contre les plus pauvres en vous parant de « réalisme » et le : « de-toute-façon-si-on-ne-fait-rien-demain-sera-pire-qu’aujourd’hui-qui-est déjà-affreux-par-rapport-à-hier ». C’est d’ailleurs pour cela que Janus-Jupiter a deux corps, deux alliances et deux têtes : pour vous mettre deux fois plus de coups de boules à la fois. Comme quoi, les coups de casque les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. Et pour reprendre le regretté Professeur Choron : il y a plus de bonheur à donner des coups de pieds au cul qu’à en recevoir.

 

 

 

Jupiter roi des Shadock- 8 septembre

 

Jupiter, alias Shadok 1er, a des idées géniales sur tout. Ainsi, ayant bais(s)é les APL de 5 euros, en appelle-t-il « tous les propriétaires à baisser les loyers de 5 euros », « c’est cela la responsabilité » ajoute-t-il. Ce genre de « petites phrases » (comme l’on dit dans le landerneau journalistique) est représentative de la pensée de l’homme bien plus que la bourde qu’elle est supposée être. Elle dévoile la pensée profonde de son auteur, le peu de considération qu’il se fait du peuple.

Ainsi donc Janus-Jupiter, l’homme aux deux alliances, porte-t-il bien son nom et sa filiation : le voici non seulement Président de la République, mais habité du corps mystique du roi en reprenant à son compte la théorie chère à Kantorowicz et qu’il développé largement dans un long article paru il y a quelques années. Il faut faire attention quand on utilise une métaphore : elle en dit beaucoup plus que ce qu’on croit. Macron a voulu faire le malin en parlant de la théorie de Kantorowicz, pour prouver qu’il est très intelligent et « habité » (qualificatif qui vaut dans la vie privée d’être mis à l’asile) d’une « vision de la France » ; or que dit Kantorowicz ? Que le ROI était à la fois le primus inter pares, mais qu’il représentait aussi dans sa personne la Nation et la continuité de la France. Pourquoi cette idée ? Tout simplement parce que la France est la création d’une famille : les capétiens, ces fameux « quarante rois qui ont fait la France » (pour reprendre l’expression parlante de Maurras). On comprend donc bien, qu’à un moment, pour basculer du népotisme à la création d’un Etat moderne, ceux qui croyaient à l’Etat ont dû créer une abstraction juridique à partir de la seule chose qui incarnait le pays et l’unité nationale : c’est-à-dire le corps du Roi lui-même. Si je voulais faire le malin (comme Janus-Jupiter), je vous dirais qu’on pourrait faire remonter les prémices de cette abstraction jusqu’au XIVème siècle, lorsqu’à l’occasion d’un conflit entre le royaume de France et le Saint Empire Romano-Germanique (qui avait éclaté à propos d’îles se trouvant sur le Rhin) l’un des avocats de la Couronne eut l’idée géniale de dire que « le Roi de France est Empereur en son royaume ». Il s’agit là des premiers signes de la construction de l’Etat moderne, puisque dès cet instant le droit romain (et les prérogatives appartenant à son empereur) purent être utilisés au bénéfice du roi de France. Cela se passait sous Philippe IV le Bel. Cette longue digression pour expliquer que dans l’esprit de Macron, les français sont supposés regretter leur roi, et que lui (Emmanuel 1er) renoue avec cette tradition monarchique. Il croit la déceler dans le fait que la République a été incarnée par de puissantes figures (dont le Général de Gaulle). Il veut donc nous ramener à 1788. D’ailleurs, il en a bien la figure et l’allure. Il ressemble plus aux descendants capétiens de la famille d’Espagne qu’à un Président de la République récent (fut-il normal ou agité du bocal). Macron se conduit donc en Roi de France et non en Président de la République. Il règne sur ses sujets mais ne gouverne pas des Citoyens. C’est une manière de voir les choses, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande.

Pour en revenir à nos cinq euros, le bon plaisir de sa Majesté étant de récupérer ces quelques deniers sur les gueux (en baissant les APL), il en appelle – comme sous l’Ancien Régime – à l’aumône : « Après tout, les gentilshommes qui louent des appartements vétustes à la roture peuvent bien faire ce geste. Que sont cinq euros ? N’est-ce pas là le prix d’une baguette ? »

Janus-Jupiter aux deux corps, nous sert donc encore un de ses calculs fumeux qui se résume à : si je vous prends, et que l’on vous donne (surtout si ce n’est pas moi – l’Etat – qui donne), vous n’y verrez que du feu et tout le monde sera content. Quant à savoir qui les rendra, on verra plus tard ; mais ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas lésez, faites-moi confiance. Il pense que les français sont devenus un peuple de shadock qui croit n’importe quel syllogisme du moment qu’il a quelques apparences d’une construction intellectuelle. A ce temps du raisonnement, il est bon de rappeler que, comme le disait l’immense professeur Choron, la main ne peut rattraper le pet qu’on vient de lâcher ou en français plus classique : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Car si la baisse des APL est certaine (« actée » comme on dit dans le parler actuel), il y a fort à douter que les propriétaires goûtent cet appel à leur charité spontanée et qu’ils s’exécutent pour les beaux yeux de chouette de Jupiter. Après les augmentations certaines de la CSG compensée par la baisse éventuelle des cotisations (qui est renvoyée aux calendes grecques), on voit que le procédé s’améliore ; méditant M. Mauss, il réinvente l’esprit du don : je te prends pour qu’un autre te donne. C’est très beau et digne de ce fin président-tyran (au sens antique du terme)-philosophe, qui, en plus de ne pas être chouette, Minerve…

Comme le disait l’immense Professeur Choron : On encule plus de mouches avec de la vaseline qu’avec du vinaigre

 

 

T’as (He)gel – 8 septembre

 

Nous avons une chance inouïe de vivre sous le règne de Janus-Jupiter-Zeus. Car en plus d’être le Dieu des Dieux, d’avoir deux corps (car tel Janus il regarde aussi bien vers le passé que vers l’avenir sans jamais voir le présent), il vogue sur les hauts cieux de la philosophie et de la politique, ne s’abaissant jamais le plus bas qui est celui de parler aux hommes et non aux idées. C’est le sens de son merveilleux message (plein de cette onction ecclésiastique qui caractérise ses discours) qu’il a délivré au peuple grec. Notre roi-philosophe (Platon depuis l’éternité, doit regretter de ne pas vivre à notre époque) du haut du Pnyx a parlé, et le monde va changer. Il a parlé de la chouette de Minerve qui, c’est bien connu, ne prend son envol qu’à la nuit tombée. Sa Sainteté, le Très Haut et très Révéré, a donc dit :

« Allons, allons, prenons le temps et regardons vers l’avenir. Certes, mes prédécesseurs vont ont pillés, ont acculés la majorité de la population à la famine, ont conduit certains d’entre vous au suicide ; nous vous avons dépouillés, tondus, rasés, affamés. Mais enfin mes amis : ça c’est du passé, c’est l’ancien monde, tout va changer grâce à moi. Je suis ici pour en témoigner.

Regardons l’avenir ! Que sont ces quelques broutilles, ces passagers désagréments, au regard de ce que je vous propose ? Regardez la beauté du libéralisme et la grandeur de son action. Pensez à Minerve et à sa chouette. Vous verrez : un jour les plus nobles d’entre vous, non seulement survivrons, mais auront assez d’argent pour se payer un costume trois pièces. Ils auront alors la chance d’arpenter les gares et d’y rencontrer ceux qui ne sont rien et pourront regarder avec condescendance ces « fainéants ». En leur offrant votre obole de 5 euros – qui leur permettra tout juste de s’acheter assez de vin (ce sont tous des alcooliques) – vous vous rendrez alors compte de cette chose merveilleuse qu’a été le coup de pousse qu’a donné l’Europe à votre destin. Alors oui, la majorité vivra sous le seuil de pauvreté ; oui une grande partie des filles se prostitueront (pour votre plus grand plaisir) et oui leurs frères n’auront d’autres choix que de vendre de la drogue, ou d’assurer la sécurité des touristes (car dans notre esprit la Grèce n’est qu’une sorte de musée antique à ciel ouvert, qui a la chance de bénéficier d’un temps agréable, et n’a aucun autre avenir que d’accueillir des touristes et fournir de la main d’œuvre à bon marché), bien sûr les vieux crèveront la gueule ouverte (ce qui est normal vu que ce sont des bouches inutiles à nourrir) mais enfin : vous serez l’élite. Vous pourrez me tutoyer. Voyez quel avenir radieux je vous offre ! C’est grâce à moi que vous pourrez enfin vous en sortir (enfin les plus valeureux d’entre vous, pas les sans-dents comme dirait l’autre) et profiter du luxe qui est de posséder 3 maisons, 5 voitures, un yacht et un compte en banque dans un paradis fiscal. »

Voilà le discours que Janus-Jupiter est allé délivrer aux grecs. Bien sûr, les paroles réelles se sont drapées des envolées lyriques dont Notre Puissant et Haut guide aime à se goberger : « souveraineté », « volonté », «confiance ». Il y a aussi les phrases qui suintent le philosophe et l’historien à bon marché :

« Oui l’Acropole d’Athènes est un miroir tendu à notre identité européenne, nous nous y reconnaissons, nous y lisons notre destin commun et ce temple fut celui des dieux antiques, mais aujourd’hui les croyances qui l’ont fait naître ont disparu et pourtant nous pensons encore à cette force. Nous sentons encore sa part sacrée. »

Ce qui est aussi creux que le ventre de milliers d’athéniens, mais cela fait passer la pilule du libéralisme, tout comme les quelques mots (mal prononcés) en grec au début de sa péroraison. Lisez son discours dans son intégralité, tout est à l’avenant.

L’inconvénient quand on est Janus et qu’on a deux visages, c’est que si l’on regarde à la fois le passé et l’avenir, on ne voit pas le présent… Or le présent pour les grecs, ce n’est pas reluisant : c’est la faillite organisée de leur pays, c’est le vol en règle de leurs richesses par les barons du capitalisme, c’est leur fierté plurimillénaires foulée au pied et vouée aux gémonies de l’ultralibéralisme ; c’est aussi un pays nu, pillé, appauvri. Vraiment, il faut ne pas vivre dans la réalité pour aller déblatérer pareilles inepties au peuple grec. C’est vraiment se déguiser en taureau et ruer pour enlever ce qu’il reste de vocation  et de pudeur à cette pauvre Europe. En tout cas, voilà qui ne manque pas de « sel ». Quelqu’un de mauvaise foi, pourrait dire qu’on nous cache le but secret du voyage de Zeus au pays d’Apollon, qu’il pourrait y avoir là-dessous organisation de quelques banquets licencieux, et que ce boniment n’a servi qu’à justifier l’escapade ; mais nous ne sommes pas de mauvaise foi et laisserons un chacun à son imagination à propos des motivations de l’homme aux deux corps et aux deux alliances.

Comme le disait, avec philosophie, le grand Professeur Choron : Si tu veux connaître ton ami, baisse ton pantalon et mets-toi à quatre pattes au bord du chemin

 

 

Va te faire voir chez les grecs ! 11 septembre 2017

 

« Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir, chaque jour, la même détermination »

Macron a l’art de la formule et sait peser le sens des mots et des symboles. Pour quelqu’un qui a fait des études de philosophie, quoi de plus normal après tout ? Ainsi choisissant l’endroit de sa diatribe et de son geste, il envoie, au peuple français, un bras d’honneur depuis la Grèce, qu’on peut résumer par : ceux qui ne pensent pas comme moi sont soit des fainéants, soit des cyniques, soit des extrêmes ; camarade citoyen : choisis ton camp mais sache que je te considérerais toujours comme du vulgus pecum.

Il se trouve que je ressortis des trois catégories et je laisse l’homme aux deux alliances et aux deux corps à ses turpitudes.

Car contrairement à Janus-Jupiter, je suis un fainéant, dans ce sens où je ne considère pas que nous devions passer la seule vie qui nous est offerte à trimer comme des larbins pour des capitalistes ingrats et que l’idéal de notre vie soit de posséder quelques gadgets inutiles. Nous avons mieux à faire de notre vie que de « travailler », du moins dans le sens où l’utilise Janus-Jupiter, l’homme qui lit au lit, la cigale du capitalisme, le gouvernement, le capo di tutti i capi (don Gattaz) et toute leur clique. Au hasard, et plutôt que de travailler, on peut lire Machiavel et écrire une réfutation de l’étude que Macron lui a consacré. Nous pouvons aussi nous hasarder à parcourir notre pays (au sens de notre pagus) et faire des rencontres au gré des circonstances, échanger, discuter, méditer. Nous avons enfin le loisir de cultiver notre jardin et de manger les légumes issus de notre labeur, ce qui nous changera des pétro-tomates bourrées d’OGM que le président grenouille qui se voulait aussi gros qu’un bœuf veut nous obliger à ingurgiter. Périsse ton travail et celui des capitalistes plutôt que Ma vie ! Je ne vois pas l’utilité de croître, de gagner plus d’argent si c’est pour ne rien en faire. Ce que nous propose Macron, c’est de l’argent et des domestiques pour s’occuper de nos enfants, de notre maison etc. Bref c’est le retour à la société des castes. Je n’en veux pas. La vie est une chose trop sérieuse pour la confier à des économistes.

Je suis cynique, au sens de Diogène. Je dis donc à Janus-Jupiter (comme Diogène à Alexandre) « ôte-toi de mon soleil ». J’entends par-là que les Lumières qui nous ont guidées, celles qui nous ont libérées en tant que peuple, qui nous ont apporté tant de choses, doivent à nouveau briller. Nous ne sommes pas la variable d’ajustement du capitalisme. Nous sommes des sujets autonomes, des êtres humains qui valent plus que leur profit. L’Etat est endetté ? La belle affaire, je (nous le peuple) ne lui avons pas prêté… Qu’ils se débrouillent entre financiers, mais qu’ils ne viennent pas larder le pacte social d’un coup de leur canif de poche. Et si on me demande mon avis sur ce sujet : j’interdirais l’usure. Il est facile de se désendetter : rendons aux banques ce qu’ils nous ont prêtés (le principal) et pour les intérêts, comme le dirait Janus-Jupiter aux deux alliances : allez vous faire voir chez les grecs ! Le chômage est trop important ? Si nous n’importions pas du bout du monde la moindre pelote de laine, peut-être les citoyens auraient-ils du travail ? Arrêtons également de nous conduire comme des colonisateurs économiques avec les autres pays et peut-être que la haine du « tiers monde » diminuera à notre égard. Je gage que si nous ne bombardions pas les pays arabes pour nous approprier ce qu’il leur reste de pétrole, nous aurions moins de « terrorisme ». Au lieu de nous parler d’économie, parlez-nous de Nous. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous pour notre société ? Quel est notre avenir commun ? Voilà qui est plus intéressant que de parler de déficit, de chômage et d’ASSEDIC. Cela nous permettrait de tracer une philosophie de vie, de faire des choix sur ce qu’on nomme pompeusement le « vivre-ensemble », voilà des sujets que devraient apprécier un ancien apprenti-philosophe raté, aujourd’hui Tyran sans conscience.

Je suis extrémiste également : rendez-vous compte, je souhaite que le bonheur et que le partage soit notre raison de vivre ! Pas l’accumulation. Pas la consommation. Pas la détestation des uns par les autres. Le Bonheur, la joie de vivre. Voilà un programme révolutionnaire me semble-t-il. Comme nos glorieux ancêtres. Je vais aussi utiliser un gros mot : je suis un radical. Au sens où l’était le Parti Radical (celui de Jaurès) à ses débuts. Je propose une critique radicale (étymologiquement à la racine) de notre société. Non le libéralisme n’est pas la seule voie possible pour l’humanité. La croissance n’est pas l’alpha et l’oméga d’une pensée rationnelle (il faut être fou pour croire qu’une croissance illimitée est possible dans un monde fini). La spéculation et la destruction de la Terre ne sont pas un idéal. Le brouet infâme que nous servent les médias n’est pas de l’information. Pas plus que les légumes sous vides ne nous sont utiles pour vivre. Nous méritons mieux que cela. Et j’en viens donc en quoi je suis extrémiste : je pense qu’il faut arrêter de travailler et casser les machines (humaines ou informatiques) qui nous polluent la vie et dire ce que nous voulons.

L’homme aux deux têtes, du haut de son olympe peut me détester, je ne suis pas comme lui. Je suis un être humain, pas cet ersatz de produit politique à l’égo surdimensionné qui nous a été vendu comme la panacée politique. Pas un enfant gâté poussé aux OGM intellectuels pour faire l’ENA.

Comme le disait l’immense professeur Choron et qui décrit assez bien ce nain politique : rien ne nous rend aussi grand qu’une paire d’échasses.

 

 

Macron lit-il au lit ? 13 septembre

Janus-Jupiter s’est choisi un Premier Ministre qui lui ressemble : un fin lettré qui écrit des livres qui sont au moins aussi passionnants que les libelles que sa Divinité déclame lui-même devant les foules endormies. Car dépasser le troisième paragraphe d’un discours prononcé par Jupiter-Zeus depuis son Elysée est un supplice de Tantale. Mais Macron est un tyran-philosophe qui sait qu’il doit se porter partout où il arrive des malheurs, c’est ce qui le différencie de son chef du Gouvernement qui reste assis sur sa chaise à potasser et qui ne sait bredouiller que des « euh » lorsqu’on le met sur le grill.

L’homme aux deux corps et aux deux alliances, avec la bougeotte qui le caractérise et son goût immodéré pour économiser l’argent public, s’en est donc allé dormir, comme un boy-scout, au milieu des pompiers sur l’île de Saint Martin. Chacun a les destinations de camping qu’il mérite. Lui a choisi « un lit de camp » au milieu des sinistrés de l’ouragan Irma. Il a dû bien dormir à la belle étoile (reste à savoir si son lit de camp était assez grand pour lui et Bribri la korophile). Il n’est toutefois pas arrivé les mains vides. Son airbus a apporté 12 tonnes de produits de première nécessité ainsi que des médicaments aux victimes antillaises. Il a également bien emporté plusieurs tonnes de journalistes, de caméras et de micros, ainsi que le nécessaire pour apparaître fringuant, mais de cela les gazettes ne soufflent mot. A son habitude, il était allé au « charbon », rejouant le fameux épisode « Whirlpool » de la campagne présidentielle. Il a choisi de se mêler à la population pour l’écouter. « Si j’écoute la sécurité, je suis mort politiquement » avait-il dit à cette occasion (ou quelque chose approchant). Sachant pertinemment qu’il ne risque rien (la sécurité est bien là et le coup de poing n’est plus la mode des manifestants actuels), il a donc joué le faux courageux et s’est colleté la populace locale. Pour quelqu’un qui s’était piteusement caché dans les étages d’un immeuble parisien lors de l’épisode du rachat du journal Le Monde où, une fois encore, il avait joué un double rôle (le fameux « en même temps »), conseillant officiellement et officieusement, les deux repreneurs et usant de la fameuse technique mafieuse qui consiste à arroser tout le monde, c’est assez cocasse. De toute façon, Macron est de notre époque : il est inconséquent. Il n’est responsable de rien. En temps que Président, il rédige des procédures et manage ses équipes. Il ne gouverne pas. Un ouragan ? Oui, mais il n’est pas responsable de la nature quand même ? Des secours qui tardent à arriver ? Toutes les procédures ont été respectées, que peut-on faire de plus ? Quant à se demander pourquoi la population d’une île, qui ne comporte même pas une source d’eau potable, a été multipliée par quatre en vingt ans : c’est une question qui ne lui effleurera jamais l’esprit. Ce qui compte, c’est l’action. Ne prévoyons rien, ne réfléchissons sur rien, mais agissons lorsque l’irréparable est arrivé. Et puis un ouragan, c’est une guerre en moins dangereux : après la destruction, vient la reconstruction, ce qui est bon pour l’emploi et la croissance. Il faut regarder vers l’avenir, vous n’avez pas écouté son discours du Pnyx ou quoi ?

Il va tout de même bousculer toutes les règles pour indemniser au plus vite les victimes, cela il l’a promis. Plus de frein, les assurances vont se mettre en marche. Gageons que les nombreux milliardaires qui ont perdu l’une de leurs (nombreuses) résidences secondaires seront remboursés en intégralité (voire plus), quant aux loqueteux qui habitent des maisons en tôle, ils auront des tôles neuves. C’est là la beauté du capitalisme : chacun reçoit selon ce qui lui revient.

Mais une question me taraude, Macron a-t-il emporté avec lui un exemplaire des « hommes qui lisent » de son cher Edouard pour cette escapade antillaise, et l’a-t-il lu au lit de camp ? En tout cas, voilà un geste qui aurait été noble de sa part, et aurait fait un peu de publicité à ce pauvre Premier Ministre qui vit dans l’ombre immense de Sa sainteté (aussi bien politiquement que littérairement). Ce pauvre homme qui lit au lit, et qui confesse avoir « lu bien des livres avant de se rendre compte qu’il aimait lire », doit se dire comme l’immense professeur Choron qu’il n’y a pas de sots métiers, mais que des métiers à la con.


 

Le petit-séminaire d’(A)Ubervilliers – 19 septembre

Pendant que Janus-Jupiter sauve la planète, réforme le monde et le reste de l’univers connu à New-York, ses personnels et associés (puisqu’il est officiellement le directeur du conseil d’administration de son parti) sont réunis à (A)Ubervilliers – sur les docks – pour un séminaire d’entreprise.

Comme REM est composé de « shinny happy people », on ne parle pas de séminaire, mais de « team building ». Durant cette gentille réunion, où les points seront mis sur les i, ces « gens resplendissants et heureux », que sont les députés de sa Sainteté (CEO de LREM SAS), auront droits à des workshops et autres co-working sur les thèmes variés (au hasard) : « se rencontrer et commencer à construire une aspiration de groupe », « mon rôle et mon ambition de député LREM », « nous et notre écosystème ». Certains collaborateurs et autres franchisés LREM SAS n’ayant pas respecté le secret des affaires, ce recadrage, qui n’ose pas dire son nom, s’imposait.

Je dois avouer que je ne comprends pas un traitre mot au sabir utilisé par ce fin aréopage. Tout comme je ne vois pas ce qui peut émerger d’un tel déferlement d’anglicisme, solécismes et autre barbarismes, si ce n’est créer une novlangue qui permettra à tous les députés de parler ce langage, si particulier, qui n’est compris de personne, si ce n’est du milieu bobo parisien et des journalistes. Cela leur donnera ainsi l’illusion que tout le monde parle d’une seule voix au sein de LREM SAS.

Le Maréchal Ferrand de la REM, toujours empêtré dans de sombres histoires de mutuelle, qui se faisait aussi discret que Grouchy après Waterloo, sera le maître de cérémonie de ce merveilleux évènement censé durer 48 heures (selon les standards de la communication) et non deux jours comme l’aurait dit n’importe quel français moyen. Mais les gens qui parlent français ne sont rien et c’est bien leur problème. Jamais ils n’intégreront ce gratin qui jargonne à qui mieux mieux et dont le langage est aussi exotique au commun et ésotérique que l’était la langue des oiseaux des alchimistes au moyen-âge.

Pour avoir une chance d’intégrer la classe dominante, il faut savoir utiliser ce patois moderne. Condition siné qua non. Dans le domaine de LREM SAS, qui est la politique, on apprendra donc que : on ne travaille pas, « on fait le job » ; on ne reconnaît pas le droit de procréer sans père, on « étend la PMA » ; on n’appauvrit pas les fonctionnaires, on fait « des ajustements structurels » ; on ne dit pas que le chômage va augmenter chez les pauvres et qu’ils n’auront que leurs yeux pour pleurer mais que « les réformes en temps de crise sont beaucoup plus douloureuses » ; on ne raye pas d’un trait de plume le préambule de la Constitution de 1946 et ses principes sociaux, on clarifie le rôle de chacun et on promeut la « flexi-sécurité » : flexibilité pour les salariés (qui ont toujours le droit d’aller travailler en Roumanie pour 200€ par mois) et sécurité pour les profits des entreprises. On apprendre aussi à utiliser des phrases creuses et qui ne veulent rien dire, à l’exemple de Sainte Muriel du Capital : « la rénovation du modèle social devrait permettre une dynamique » (!?!) Quand les députés-franchisés LREM SAS maîtriseront tout cela, point besoin ne sera de vaseline pour mettre la main invisible du capital dans le cul des travailleurs. Ils sauront qu’il faut toujours dire « s’il te plaît » avant de faire les poches de sa victime : ça s’appelle « le dialogue social » en politique.

Ainsi va le monde chez LREM SAS et les gagnants de la mondialisation : d’un côté les winners et de l’autre les losers. Mais même chez les winners, malgré l’ « horizontalité », « la collégialité des décisions » et le « management participatif », il existe une hiérarchie. Tout en haut Janus-Jupiter à deux têtes et deux alliances, tout de suite après l’homme en Kohler de l’Elysée, puis l’Homme qui lit au lit, puis le gouvernement (tous des collaborateurs de sa Sainteté), enfin le middle-management qui doit guider les employés de la start-up France et pour se faire, apprendre le catéchisme Macronien par cœur (d’où l’idée de ces deux jours de récitation). Quant à Brigitte la chartée, elle tient une place à part : sorte de muse intemporelle (quoique un peu défraîchie) de Sa Sainteté.

Le choix du lieu de ce petit-séminaire – (A)Uber-villiers – n’est pas un hasard, puisque chaque député LREM SAS est uberisé dans la start-up Macron. Il ne bénéficie pas d’une «  rente de situation », mais est un collaborateur temporaire, choisi sur CV, avec un CDD de 5 ans et obligation de résultat et de discrétion professionnelle. Les députés savent qu’ils ne sont pas élus, mais désignés pour représenter la marque « Macron ». Il leur faut donc démontrer qu’ils « en ont », qu’ils ont compris le fonctionnement du libéralisme 2.0, qu’ils sont de la race de ces héros qui se parent de ces beaux noms « d’entrepreneur », de « patron », de « boss » ; qu’ils savent utiliser au mieux leur statut d’auto-entrepreneur LREM SAS dans l’intérêt du big boss et qu’ils savent conquérir des parts de marchés pour la marque (comprenez gagner des voix). Sinon, gare au licenciement lors des prochaines élections ! Ils ne manquent pas d’auto-entrepreneur aux dents plus longues que les leurs, prêts à tout pour prendre leur place. Ce sont là les merveilles du « nouveau monde » macronique.

Ce middle-management sera rejoint par la direction du groupe (son « CODIR » ou son « COMEX » c’est au choix de chacun), c’est à dire les membres du gouvernement themselves. Ils bénéficieront donc d’une masterclass de Philippe l’homme débraillé qui lit partout (jusque sur les marches de l’Elysée) et qui prendra, nous en sommes sûrs, un malin plaisir à leur lire quelques pages de son opuscule afin donner de la hauteur aux travaux (et écouler quelque peu le stock stagnant), un autre atelier sera certainement organisé par la cigale du capitalisme qui fera sa fameuse danse du piétinement du code du travail (le team building, c’est aussi se mettre en scène devant les autres) ; gageons qu’ils entendront les rugissements de Lyon de Collomb le transfugé. Et qu’enfin Christophe Castaner, marquis de la Marche, clôturera les travaux en portant la parole de sa Sainteté avec onction, comme il le fait en toutes occasions et jusqu’à l’absurde (à tel point qu’on devrait l’appeler le laxatif d’Edouard à la plume d’argent).

L’histoire ne nous dit toutefois pas s’il y aura un cours de civilité à l’usage des députés en marche vers l’Olympe où il pourrait leur être prodigué quelques conseils de bon sens tels que : ne pas mordre les chauffeurs de taxis, ne pas insulter celui qui est en train de parler devant la représentation nationale, ne pas profiter de son statut de député pour faire payer des visites privées de l’assemblée nationale, ou encore comment rester courtois et ne pas frapper un adversaire politique avec un casque de moto. Mais vu la manière dont le PDG traite les employés de la marque France, il y a fort à parier qu’on se moque de ce genre de détail au sens de LREM SAS. Pour parodier les mots de sa Sainteté durant la campagne présidentielle : « les bonnes mœurs, on s’en fout ! ».

En tout cas, avec un tel « plan d’actions », la définition « d’objectifs aussi ambitieux », la fixation de « jalons » et la production des « livrables attendus », il n’y a pas à douter que l’image, quelque peu ternie, de Janus-Jupiter ne revienne vite vers les sommets de l’Olympe, et que LREM SAS ne redevienne le leader dans son secteur d’activités électorales. Quitte à licencier quelques collaborateurs s’ils ne réalisent pas les objectifs de vente. L’amusant de la chose est que « les personnels » licenciés ne bénéficieront pas des largesses et de la « sécurité » introduites par les ordonnances sur le travail et qu’ils continueront à percevoir leurs indemnités de députés au-delà du mois légal imposé par lesdites ordonnances.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Mieux vaut une main pleine d’écus que deux mains pleines de merde.


 

Le lapsus qui révèle -20 septembre

 

Janus-Jupiter a deux têtes, ce qui est beaucoup pour un seul homme. Ce qui de plus le rend très (trop ?) intelligent. Parfois, la tête de droite oublie que Janus-Jupiter est censée plutôt pencher à gauche. Ce qui est ennuyeux. Ainsi à New-York, entre la poignée de main avec Trump et le sauvetage de la planète, l’homme aux deux corps s’est-il laissé aller à dire que la France allait sortir de l’« état de droit », voulant parler semble-t-il de la sortie de l’état d’urgence. Voilà ce que c’est que de vouloir être partout à la fois, eut-on deux corps. Je pense depuis le début que la pensée de Macron ne fonctionne pas par lapsus, ni par erreur. Quand il dit que les français sont des fainéants, il le pense sincèrement. Il n’a que mépris pour le peuple et ne s’en cache pas. Quand il dit que l’Etat de droit touche à sa fin, je pense qu’il dit vrai. Il le pense tellement fort qu’il le dit, à son corps défendant. Jupiter, dans la mythologie a fondé l’Olympe en tuant Chronos et en lui faisant régurgiter ses enfants. Macron a aussi tué le temps. Le « temps politique » comme le nomme nos publicistes. Il est arrivé au pouvoir en un temps record. Il a tué toutes les institutions et les codes de ce géant légendaire et omnipotent (impotent pour certains) qu’on nomme l’Etat Providence. Le colosse a régurgité et régurgite, pêle-mêle : la protection qu’il offre aux pauvres, aux nécessiteux, aux victimes du capitalisme, et vide le service public de ce qui relève de sa mission d’intérêt général. Quant aux mamelles de la République et sa sacro-sainte devise : elle se résume à Liberté d’entreprendre, égalité pour tous dans la pauvreté et fraternité entre le pouvoir dirigeant et la nouvelle noblesse mafieuse que sont les patrons. Macron aime Gattaz et Sarkozy, soit l’ultralibéralisme et la politique dans tout ce qu’elle a de plus vil. Macron se moque comme d’une chemise de ses concitoyens. L’Etat de droit, pour lui consiste à faire un droit pour les riches, un droit pour les classes moyennes et un droit pour les pauvres qui consiste à devoir travailler tout en étant le moins cher possible. Ne pas oublier qu’étymologiquement « privilège » vient du latin « pravatus legere » (loi privée) ou loi applicable à une partie seulement de la population, par opposition au « publicus » (du substantif « pla » qui signifie la foule) qui est ce qui régit l’ensemble du corps social.

Macron réhabilite le privé. Ses actes et ses paroles sont entièrement dédiés au privé, ce qui prouve, si besoin était, que le public, l’intérêt général, n’est pas son fort.

Macron va tuer l’Etat de droit, il n’en a que faire : ce qui compte c’est le premier de cordée, celui qui touche le sommet, peu importe pour cela de devoir laisser mourir en route quelques sherpas, de couper la corde si elle est trop lourde et que l’on n’arrive plus à faire monter les autres. Lui est en haut, et lui a le droit de faire ce qu’il veut : après tout les élections sont ouvertes, et si vous vous croyez plus fort que lui, rien ne vous empêche de vous présenter et de vous faire élire Président pour faire ensuite ce que bon vous semble.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Celui que tu assieds sur tes épaules essaiera de te pisser dans le col de la chemise

 


 

« Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder là où ils pourraient avoir des places » – 4 octobre 2017

Pour Janus-Jupiter et ses sbires (dont le primus inter pares, l’inconsistant et incompétent Homme qui lit au lit), il doit y avoir une place privilégiée pour les Seigneurs, les grands, les beaux, les forts dont, naturellement, ils font partie. L’homme aux deux corps est celui qui a réussi à séduire sa prof au lycée (ce qui prouve qu’il était déjà plus fort que ses camarades), il a réussi l’ENA, il a été dans les cabinets ministériels, banquier d’affaires, rapporteur d’Attali (l’Attila de l’Humanisme), conseiller à l’Elysée. Bref un surhomme. Le plus brillant d’entre tous. Normal qu’il soit président de la république à 38 ans non ? Et que faire quand on a aussi brillamment réussi ? Donner des leçons, montrer aux autres « qu’ils ne sont rien », « que s’ils se sortaient un peu les doigts du cul, ils pourraient être Bill Gates ». Comme si le but ultime d’une vie était d’amasser de l’argent ? Quel exemple nous donne l’homme aux deux alliances et aux deux têtes ? Celle d’un arriviste. Un Rastignac sans honneur. Un homosexuel qui n’assume pas. Un de ces membres de la conjuration des imbéciles qui se croit très malin mais que tout le monde voit venir à des kilomètres avec ses gros sabots et qui est unanimement détesté. Un bonimenteur qui essaie de vous vendre les vessies au prix de lanternes en or.

Le compliqué de notre époque est que le peuple donne l’impression d’être las. Intoxiqué par une presse aux ordres des milliardaires qui lui répète inlassablement que c’est de sa faute s’il ne travaille pas, qu’il faut avoir l’honneur de porter le glorieux titre de patron qui ne se gagne que grâce à son intelligence, son talent, son courage, son héroïsme : son génie n’ayons pas peur des mots. Tous les autres, sans exception, sont des nuls, des ratés, qui n’ont rien compris à leur monde. La caractéristique principale de notre monde étant d’être révolutionnaire. Avez-vous remarqué combien de révolutions nous avons subis, subissons et subirons ? La révolution de l’automobile, du numérique, de marché du travail, du marché de la betterave, de la production des jambons. Tout est révolutionnaire dans notre « nouveau monde ». C’est d’ailleurs le titre du programme de campagne de l’insipide de l’Elysée. Il faut se méfier des mots : ils ont un sens et celui-ci est bien souvent lié à son étymologie. Dans le marasme de la nullité actuelle : faire de l’étymologie vous classe immanquablement dans la catégorie des vieux, des rétrogrades, de l’ancien monde – formule ultime de la ringardise. Etymologiquement donc, révolution vient du latin revolvere littéralement « mettre sens dessus dessous » (et pas sans dessus dessous). Inverser en somme. Ceux qui savent encore ce que c’est, peuvent ouvrir un dictionnaire pour vérifier. Voilà donc bien comment le signifié explique le signifiant.

 

Comme le disait l’immense professeur Choron : Le singe est toujours singe, fut-il vêtu de pourpre avec une plume dans le cul

 

 

 

L’universalité de la langue française – 11 octobre 2017

Comment peut-on à ce point raconter autant d’inepties à chaque fois qu’on ouvre la bouche ? Janus-Jupiter qui n’en rate, décidément, pas une, a encore raconté n’importe quoi (n’importe comment qui plus est) chez nos amis germains.

On peut être sûr que dès que le gratin journalistique s’emballe pour une chose, il faut en penser le contraire. Ainsi pour BFM, Macron est-il « trop » cultivé. Sans doute lui pousse-t-il de la scarole dans les oreilles (pour parodier Guitry) ?  Pivot a adoré le discours, si nous étions taquin, nous lui demanderions de le faire écrire sous forme de dictée, ou nous rappellerions simplement à l’homme aux deux alliances qu’au début de l’ère industrielle (c’est-à-dire pour lui, le début de l’Histoire), un certain Mérimée fit une dictée regroupant toutes les difficultés de la langue française à laquelle la meilleure note fut obtenue par un certain Prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche de son état et tout à la fois germanophone et francophone. Les temps changent. Désormais on se contente qu’un de nos gouvernant aille ânonner deux bêtises et trois lieux communs en Germanie pour que les publicistes s’extasient sur son intelligence et vantent le rayonnement de la France.

Pauvre France, penser qu’il suffit d’utiliser trois références littéraires pour être littéralement élevé au rang de divinité. Dans un temps pas si lointain, nos Présidents aimaient et maîtrisaient la langue française. De Gaulle écrivit ses mémoires de guerre, Mitterrand

Je vous laisse vous délecter du verbatim de cette intervention que j’ai retrouvé :

« Je veux défendre notre langue en ce qu’elle est une nation plus large que la France. Elle n’est forte que dans le multilinguisme »

Une langue plus large que la France, qui est forte dans le multilinguisme… Je comprends que ce soit trop intelligent pour M. Magnien. Je pense que comme il n’a pas compris un traître mot de cette phrase, il se dit que celui qui l’a prononcé, est –décidément- très (trop) intelligent. Rassurez-vous mon bon Monsieur Magnien et rangez votre pudeur : l’homme aux deux têtes a raconté une bien belle ineptie. Cette phrase n’a strictement aucun sens. Sauf à vouloir faire le jésuite. Si elle en avait un, elle signifierait que le sabir franglais est préférable à la langue de Voltaire et que le français doit mourir pour faire place nette à une langue internationale, dont on peut supposer qu’elle soit l’anglais. D’ailleurs les journalistes français, sur un ton fanfaron et patriote (dans le plus style de Déroulède), n’avaient-ils pas dit que Macron s’exprimait mieux en anglais que le Président des Etats-Unis lui-même dixit, des journalistes américains. Of course, aurait-on envie d’ajouter.

«L’intelligence du langage, parfois son âpreté, c’est ce qui nous fait revenir au mot. C’est ce qui empêche de céder à la peur, à la brutalité, à ce qui désunit (…) Le livre permet de tenir ces consciences dans ce dialogue critique et mouvant, incessant. Rien ne sera de long terme comme l’est le livre».

Eh bien non Mister President. L’intelligence du langage n’est pas ce qui nous empêche de céder à la peur, à la brutalité, à ce qui nous désunit. L’intelligence dont on vous vante tant (à commencer par M. Magnien) se pare de mots ; or ces mots que vous prononcez sur un ton qu’on ne peut qualifier autrement que d’« ecclésiastique », ces mots, si doux, si consensuels, effaçant autant que possible toute velléité de contestation (le fameux « en même temps qui permet de raconter, tout, n’importe quoi et son contraire) sont infectés par les germes de la division, du mépris de classe, que vous portez aux gens du peuple. L’intelligence, supposée, de votre langage est l’exact opposé de votre politique : brutale, jouant sur les peurs (du chômage, de l’ « insécurité », du terrorisme, de la dette, de l’envolée du prix du pétrole, du beurre et des navets), prônant la désunion nationale (les chômeurs sont des fainéants, des bons à rien qu’ils faut mettre au travail sans coup férir). Certains dictateurs, des rois absolus, des despotes ont pu aimer les livres et les arts et tuer leurs concitoyens. Voyez l’usage que l’on a fait de la Torah, du Coran ou de la Bible. Rien n’est de long terme comme le sont ces livres, si ce n’est les fanatismes qu’ils ont engendrés. La platitude des traités des économistes, l’aridité des analyses de Schumpeter, d’Hayek ou de Friedman ont peut-être ouvert un débat « critique et mouvant, incessant », mais ils ont surtout permis la mise en place d’une société ignoble, une société du nombre, de la « productivité », bref l’exact opposé d’une société humaine.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Le juste milieu est dans la raie des fesses.

 

 

Les cocus de Macronisme – 24 octobre 2017

Janus-Jupiter, se croyant très malin à tout promis à tout le monde en même temps. Aux anciennes colonies : il a promis que la France ferait repentance (ce qu’il a dit en qualifiant la colonisation de « crimes contre l’humanité »). Aux chômeurs, il a promis un emploi. Aux handicapés, il a promis qu’ils seraient mieux traités. Aux riches, il a promis des réductions d’impôts. Aux patrons la fin du code du travail. Aux femmes, la fin des discriminations. Aux chiens, la fin de la maltraitance. Aux malades, la fin de la maladie. Tout cela « en même temps ». Tic de langage devenu sa marque de fabrique. Il promet tout et rien « en même temps ». Sa main gauche ignore ce que fait sa main droite « en même temps ».

Cela me fait penser à un ouvrage du Moyen-âge qu’on moquait beaucoup à l’université, afin de prouver – ô combien – notre esprit avait progressé. Il était l’œuvre d’un moine érudit et s’intitulait « concordancia discordancia » – (la concordance des discordance), cette ouvrage s’essayait à rien moins qu’à trouver les concordances entre les textes discordants. Une pure construction intellectuelle. Un syllogisme géant. Il me semble que le « en même temps » procède de la même matière. Il croit résoudre les contradictions, au motif d’une sagesse de pacotille.

Macron est l’homme du vent, de l’esbroufe. Le haut fonctionnaire qui applique les discours creux de l’ENA à la culture, à l’histoire, à la politique. Passé entre ses mains, même Marx en viendrait à passer pour un capitaliste renfrogné en même temps qu’un contestataire du système. L’avantage du « en même temps », c’est qu’il permet de dire tout et son contraire. Finalement la philosophie de Janus-Jupiter n’est que celle de Pierre Dac qui disait « tout est dans tout et vice-versa ».

Voilà que tous les cocus commencent à gronder, car à part envers les classes (très) aisées, il n’a tenu aucune de ses promesses. Tout le monde est au régime du pain sec et de l’eau. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, il ne faudrait pas que tous les mécontents s’unissent.

Janus-Jupiter devrait méditer la phrase de l’immense professeur Choron : Réchauffe les pattes d’une grenouille sur une plaque chauffante, et aussitôt elle te saute à la gueule !

 

 

Les vœux pieux de Janus-Jupiter – 17 janvier

L’homme aux deux corps et aux deux alliances a renoué avec la Tradition. Il a souhaité ses vœux à la presse. Miracle. Enthousiasme. Génie. Intelligence. Dès la troisième phrase, on retrouve le ton inimitable de sa Sainteté. De son ton marqué par l’onction ecclésiastique, le Très Haut a eu cette expression magnifique « à un moment où l’année tourne sur ses gonds ». Cette expression, qui en plus d’être laide, reflète le mieux ce qu’est Macron : une baudruche, un ectoplasme rempli d’air. Chacune de ses interventions est remplie de ces phrases vides, creuses, qui n’ont aucun sens et qui font le bonheur des « intellectuels » de notre pauvre France et dont on se devrait se souvenir, selon le bon mot (celui-là) de Bernanos qu’ils devraient être tenus pour stupide jusqu’à ce qu’ils nous aient démontré le contraire.

« Je continuerai d’évoquer, avec la Turquie, la situation des journalistes emprisonnés, empêchés d’exercer leur métier dans quelques jours. Je le ferai dans le respect mais avec le souci de défendre en même temps, si je puis dire, nos valeurs et nos intérêts. » Certains mots trahissent plus qu’autre chose la pensée de ceux qui les prononcent. Quand Macron parle de « nos valeurs et de nos intérêts », il faut comprendre les siens, ceux du libéralisme. Ce libéralisme, clef de voûte du Système, véritable vérité révélée, parole sainte pour celui qui la prononce « que le libéralisme te guérisse de ta gale ou de ta lèpre ». Voilà l’intérêt de Macron, celui qu’il confond avec les intérêts de la France, tant il pense qu’il incarne l’idée de la Nation mieux que quiconque. Or la seule chose qu’il incarne c’est lui-même, sa prétention, son arrogance de classe et sa cupidité. L’intérêt de Macron est que la presse soit non pas à ses ordres, mais aux ordres du libéralisme (économique et des mœurs, dans ce Janus moderne qui semble regarder dans deux directions opposées – la droite et la gauche, mais qui ne forme qu’un seul et même visage : celui du libéralisme). Dans ce monde, il n’y a pas de place pour les voix discordantes. Quiconque pense que le libéralisme est une erreur, quiconque juge que la PMA, la GPA, reviennent à organiser une traite de l’humain, quiconque estime que le transhumanisme est un asservissement de l’être humain et son ravalement au rang de machine doit être regardé comme un « complotiste », quelqu’un qui répand des « fake news », celui qui jugera qu’administrer onze vaccins à son enfant doit relever d’un choix personnel et non d’une décision de l’Etat sera poursuivi lui aussi comme un être dépourvu d’intelligence, cédant aux sites d’extrême droite (ou gauche) et ne connaissant rien à la science. On accusera facilement un pays, la Russie d’être derrière tout cela. Ce qui est cocasse est de voir à quel point les mêmes personnes qui accordent tous les droits en tant que consommateur, nous expliquant – jusqu’à satiété – que la publicité n’influence pas nos comportements et que notre libre arbitre nous permettra in fine de choisir ce qui nous est le plus favorable, viennent nous dire que trois tweets lus par à peine quelques milliers de personnes ont déterminé l’élection du Président des Etats-Unis. S’il y a du « complotisme » c’est bien dans ce genre d’affirmation.

Macron en vient tout naturellement, dans son discours à forger un nouveau mot : celui d’« illibéralisme ». Une sorte d’illettrisme à destination du peuple. L’illibéralisme : quelle découverte magnifique ! Quel mot ! Qu’y a-t-il de pire qu’être illibéral ? C’est un peu l’eau ferrugineuse du sketch de Bourvil. Je vois bien sa Sainteté excédée, tentant de lancer à la face de son contradicteur : « nous n’êtes qu’un fat, un illi-li-li-béral ». On en frémit d’avance. Un nouveau mot-valise qui va permettre d’empaqueter son adversaire dans un mauvais drap, un patchwork de concepts vide de sens. Janus-Jupiter a utilisé lors de la campagne, l’expression de poudre de « perlimpinpin » qui avait fait beaucoup de bruit (simplement parce que plus personne n’utilise les expressions populaires). Je crois, avec le recul, que c’était un lapsus révélateur comme on dit en psychanalyse : Macron est bien le grand marchand de poudre de perlimpinpin. Il en distribue partout et tout le temps, il en parsème partout dans le monde, il essaie même de nous en vendre. Gare au retour de bâton.

L’illibéralisme est, si je comprends la bouillie infâme que nous a servi l’homme aux deux têtes en même temps qu’une nouvelle accusation qui se définit comme une sorte de nouveau crime de lèse-majesté. L’illibéralisme consiste à préférer son peuple aux chimères, à dénoncer les hypocrisies et mensonges du système. L’illibéraliste, c’est en somme celui qui empêche de tourner en rond. L’illibéral dit au roi qu’il est nu. Or le roi, c’est bien connu déteste être nu, même s’ill’est plus encore qu’un vers. Macron est nu et à quatre pattes devant le système financier mondial. Il n’attend qu’un chose : la divine main invisible du marché et dans son immense candeur, il s’imagine que tout le monde est comme lui. Qu’il soit inverti, passe encore, mais qu’il souhaite faire de la France un peuple d’inverti, c’est un peu trop.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Il ne suffit pas à une casserole d’avoir la queue coupée pour ressembler à une tasse de thé.

 

 

« Shoes France » – 22 janvier 2018

L’homme aux deux alliances a prononcé un discours, à huis clos, et en anglais, aux cent-quarante plus grands chefs d’entreprises mondiales dans le magnifique écrin des rois. Un décor à la hauteur de Sa Hauteur et de tout le gratin qui l’entourait. Tout cela, bien sûr, aux frais du contribuable.

Le somptueux décor de Versailles, édifié par un roi qui se moquait de la dette publique comme de sa dernière chaussette, et qui préférait l’honneur d’avoir le plus beau château du monde aux comptes d’apothicaires des bourgeois, sert, trois siècles plus tard, à vendre une soupe frelatée aux « investisseurs » et aux grands patrons, bref à ce qu’il a désormais de plus « important » dans le monde. Car les patrons sont les vrais aventuriers de notre monde. Pour un peu on croirait revivre Lapeyrouse narrant ses exploits sur les sept mers au roi Soleil. Personnellement, je suis choqué qu’on ait invité ainsi, sans me demander mon avis, ces tapeurs d’impôts dans notre plus belle demeure. Pour filer la métaphore moderne, c’est du Airb’n’b sauvage. En quoi devrais-je payer, sur mes impôts, pour que sa Hauteur réunisse à l’œil cent quatre personnes, dont la moitié au moins me doit (en tant que contribuable) plusieurs dizaines de milliards d’euros en impôts ? Car ce qui est encore plus choquant, c’est que non content de ne pas payer l’impôt, ces gens-là viennent nous expliquer la manière dont il faut en plus s’y prendre pour nous faire les poches à l’avenir, sous l’œil bienveillant du descendant de la cuisse (de poulet) de Jupiter. C’est un peu comme si un pickpocket vous détroussait en vous expliquant tout ce qu’il vous prend avec l’aide amusée de la police. Je trouve que Janus-Jupiter se paie notre tête et qu’il est outrecuidant.

Ce qu’il a tout de même de bien avec la société capitaliste, c’est son cynisme absolu et surtout son absence totale de tact. Ainsi pendant que Janus-Jupiter aux deux corps fanfaronnait et annonçait, dans le meilleur goût des communiqués de victoires militaires des armées en défaite, que les grands groupes s’étaient engagés (sans rien signer naturellement) à créer « deux mille deux cents emplois et à trois virgule cinq milliards d’investissement » sur cinq ans (faut quand même pas déconner), grâce à son grand raout et à la privatisation du plus beau château du monde ; Carrefour – entreprise franco-française s’il en est – annonce qu’elle va faire dans le dur : pas moins de deux mille quatre cents emplois seront supprimés en France selon les syndicats. Entre les annonces fracassantes et hypothétiques de Janus-Jupiter et celles en catimini, mais réelles, de l’enseigne française, c’est match nul oserait-on dire (et encore dans le meilleur des cas…)  Cette mauvaise nouvelle nous offre au moins un réconfort : nous prouver que les moulinets de bras et les pouces levés de l’homme aux deux corps et aux deux alliances ne sont que de l’esbroufe pour impressionner le quidam. Et du coup, on peut se demander à quoi sert d’inviter cent-quarante « personnalités » aussi importantes si l’on n’est pas capable de balayer devant sa porte ?  Où l’on voit également que les chaussures étrangères aiment bien s’essuyer les pieds sur le paillasson « France ».

Les emplois promis et les investissements virtuels consentis ont une contrepartie. La plus directe sont les fameuses ordonnances de la cigale du Capital, mais celles-ci ne sont sûrement que la partie visible de l’iceberg. Comment expliquer que des sociétés comme Facebook ou Google ouvrent « gratuitement » des centres de formation pour que les chômeurs français « s’initient aux nouvelles technologies » ? Quelles sont les contreparties cachées, les petits arrangements entre amis pris lors de la « shoes france » ? On se doute qu’outre le fait d’avoir rendu un menu service à Janus-Jupiter (service qui se monnaiera le temps venu), des compensations fiscales, voire l’« oubli » de certaines dettes qui traînent depuis des années ne doit pas être étranger à ce curieux accord. Ce qui sera certainement considéré comme une grande avancée par les médias serviles. Sans compter que comme l’indiquait ce matin, le président de la chambre de commerce en France : « c’est un secret bien gardé, mais dans certains états américains (dont la Californie) la fiscalité est bien plus élevée qu’en France », et que par ailleurs « la France bénéficie de très bonnes infrastructures » ; donc « autant en bénéficier gratuitement » oserait-on ajouter tout aussi ingénument que ce bon monsieur.

Il est profondément choquant que le discours de l’homme aux deux têtes n’ait pas été publié. Rencontrer dans notre dos autant de « beau monde », aux frais des contribuables, et au son des trompettes et ne pas diffuser le message qu’il leur a été délivré relève de la gageure. Que nous cache-t-il ? Je suppose que si nous savions ce que Janus-Jupiter a dit dans notre dos, les bras nous en tomberaient. La teneur a dû être, à peu de choses près, et en substance : « rassurez-vous, grâce à mon courage, les travailleurs français seront bientôt aussi bon marché que ceux de la Roumanie. J’ai déjà pris des mesures : vous pourrez vous libérer du poids mort de tous ces imbéciles si vous le jugez nécessaire sans que cela ne vous en coûte. Et avec leur consentement en plus : ces abrutis n’ont rien dit ! Pour l’avenir, je m’engage à ne pas taxer vos bénéfices afin qu’ils deviennent encore plus colossaux ; et pour ne pas vous pénaliser : je vais naturellement baisser vos impôts personnels (j’ai déjà supprimé l’ISF). C’est dire à quel point, je suis digne de la confiance que vous avez placé en moi pour servir veulement vos intérêts. S’il vous plaît : faites semblant de payer votre écot après le trou normand (je vous ai réservé du Cognac hors d’âge et hors de prix). Une urne est à votre disposition. Je présenterais cela comme une immense avancée et ça renforcera mon image, ce qui nous permettra de raser encore un peu plus tous ces cons. Vive le Capitalisme, Vive le libéralisme ! »

Il est tout de même significatif qu’aucun média ne relève le caractère profondément choquant de cette sauterie. Oser organiser une conférence en anglais dans le lieu du pouvoir absolu et de la prééminence du Français, voulu par Louis XIV qui veillait à tout, s’agaçait du moindre détail qui portait atteinte à l’honneur de la France (qu’il confondait avec sa personne), et qui obtint que l’ambassadeur français ait le pas sur tous les ambassadeurs du monde ; le pauvre homme doit, comme on dit trivialement, se retourner dans sa tombe. On est passé du soulier français ouvragé, de l’œuvre d’art avec ses escarboucles à la « shoes France », la mauvaise basket en plastique « made in n’importe où sauf France ». Du Royal Louis au ju-pitre-érien Macron. Ce n’est plus de la comédie, c’est du mauvais vaudeville et tout cela pour trois malheureux milliards que l’Etat ne veut pas investir ; pour deux milles emplois qui n’en doutons pas, seront « détruits » avant même d’avoir été créé dans une belle et courageuse parole à la Gattaz : « mais je n’ai rien promis moi ». Sa Grandeur n’en a cure. La seule chose qui l’intéresse est le miroir aux alouettes que lui tend la presse, les publi-reportages diffusés par la télévision, relayés par la radio et diffusés par les journaux (qu’ils aient ou non une « opinion », ils tous ont en commun d’appartenir aux mêmes puissances). S’il y a un personnage historique avec qui Macron a des accointances, c’est plutôt Jeanne d’Arc : tous deux ont entendu des voix. A cette différence que celles de Macron lui disent de bouter le français hors de France.

Réjouissons-nous, le « redressement de la France est en marche », il ne faut pas se demander ce que la France peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour elle. Allez, un peu de patience et Janus-Jupiter lira les mémoires de Churchill et nous promettra de la sueur, du sang, des larmes et la victoire.

Comme le notait, avec une philosophie certaine, l’immense professeur Choron : C’est au pied du mur qu’on voit pisser le maçon.


 

Qui podest ? (2 février)

En 2008, Janus-Jupiter est nommé aux côtés d’Attali (conseiller du feu Sphinx et lui-même « socialiste » jusque dans ses moindres fibres ainsi que nous allons le voir) pour coprésider la commission qui portera son nom (dans ces hautes sphères, ce n’est pas la modestie qui étouffe). Sont membres de cette commission : tous les patrons des grands groupes (dont Rotschild que le futur Président représente alors), ainsi que des professeurs d’université (à Harvard, il ne faut quand même pas déconner), des directeurs d’établissements publics aux ordres du gouvernement, ainsi que des personnalités « de la société civile » (on se demande de quelle société dépendent les fonctionnaires…). Tout se bel aréopage s’il est divers ne fait pas preuve d’une grande diversité. J’ai par exemple beaucoup ri de cet obscur Michel de Virville, présenté comme ingénieur de recherche du CNRS et surtout devenu DRH de grandes entreprises.

Qu’est-il donc sorti comme idées géniales de cette noble assemblée ? Des voies « pour libérer la croissance » (on se demande qui a bien pu la mettre en cage ?), et ô miracle, on y retrouve : le programme du président Macron, « ordonnance travail », suppression de 120 000 fonctionnaires (annoncée le 1er février par le sinistre violeur) et toutes une série de mesures que nous allons voir.  Rassembler tant de grands « esprits » pour arriver à de si petites idées ! Il eut suffi de faire envoyer un mail par le Patron du Medef (alias capo di tutti i capi) et nous aurions eu les mêmes propositions pour moins cher.

Ce rapport est l’archétype de la méthode macroniste. Il mélange les vœux pieux, les évidences (ex. DECISION FONDAMENTALE 1 : « se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, le travail de groupe, l’anglais et l’informatique ») avec la remise en cause totale de notre société, ainsi à côté de cette « DECISION FONDAMENTALE 1 », qui ne fait qu’énoncer une banalité de niveau sixième, on retrouve la « DECISION FONDAMENTALE 2 » : « Constituer 10 grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche autour de 10 campus, réels et virtuels, fixant les conditions d’excellence de l’ensemble du système de formation supérieur et de recherche » qui signe la fin de l’Université telle que nous la connaissons depuis le XIème siècle. Le but de l’Université a été historiquement de développer le savoir et de le diffuser, il n’a jamais été de constituer des « pôles d’excellence » à destination de l’élite du capitalisme mondialisé afin qu’elle serve ensuite de courroie de transmission à l’oligarchie de l’argent. Ce type de proposition est une insulte à l’intelligence. Elle est révélatrice de l’homme « si intelligent » aux phrases creuses et à la chouette de Minerve qui est encensé urbi et orbi par l’ensemble des médias.

Après avoir rendu la liberté au marché du travail, réduit le nombre des fonctionnaires, voici les prochains chantiers de Macron pour son (ou ses) prochain(s) quinquennat(s) :

-        Suppression des administrations par la création d’agences (décision fondamentale 18) qui relèveront du privé naturellement (c’est bien connu les fonctionnaires sont des fainéants)

-        Suppression de l’âge limite de départ à la retraite (décision fondamentale 12), et bien sûr augmentation de la durée de cotisations

-        Ne rémunérer les chômeurs que s’ils se forment et démontrent qu’ils cherchent « activement du travail » (décision fondamentale 16)

-        Donner une obole aux chômeurs en transférant l’indemnisation des chômeurs au public, ce qui aura pour avantage de payer tout le monde au même niveau.

-        Réduire les investissements de l’Etat sous couvert de « réduire la dette » (décision fondamentale 20). Au passage, il faut être aussi benêt qu’un électeur de Macron pour s’imaginer que les établissements de prêt souhaitent que nous nous désendettions (c’est-à-dire que nous remboursions le principal de la dette), ce qui serait proprement tuer la poule aux œufs d’or. Non, ce que souhaite le secteur bancaire, c’est le beurre et l’argent du beurre : continuer à nous faire cracher perpétuellement au bassinet grâce à la dette, et récupérer les missions de service public assurées gratuitement par l’Etat pour nous les faire payer (oui le terme gratuit est interdit de nos jours : on le confond avec la contribution aux charges publiques). Les imbéciles qui poussent des cris d’orfraies devant le poids financier de la fonction publique qui les écrase, seront demain les premiers à venir gémir sur le prix d’une hospitalisation, des frais d’inscription à l’école ou à l’université (pour ceux qui ne me croient pas lire la décision 4 de la partie 2).

-        Faire de l’école une fabrique à robots décérébrés chantre du capitalisme (décision 2 de la partie 2) en repensant « le socle commun des connaissances pour y ajouter le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’économie. » Avec une telle éducation, plus de risque de grève, de velléité de remise en cause le capitalisme et de la société libérale. On apprendra, dès le plus jeune âge, que tout est une chance et que si votre camarade de classe réussi mieux que vous, c’est qu’il avait plus d’envie et que pour lui reprendre sa place, une seule solution : « avoir un avantage concurrentiel », donc se vendre au rabais. Comment ? Facile en parlant anglais et le langage des machines. Fini les Humanités, place aux transhumanités.

-        Qu’on ne croit pas que l’enseignement supérieur restera longtemps un lieu de réflexion et d’intelligence. Attali (l’attila de l’humain) a pensé à tout et a soufflé à Janus-Jupiter une bonne idée grâce à la décision 14 : il favorisera « le retour à l’université après et pendant une expérience professionnelle ». Les DRH seront donc les bienvenus à la faculté de droit pour expliquer, non pas le droit social et le critiquer, mais comment « on peut utiliser au mieux le code pour optimiser le fonctionnement de l’entreprise en flexibilisant et sécurisant le parcours des collaborateurs » (traduction : comment faire pour mettre le maximum de profit dans un paradis fiscal « légal » en licenciant toutes les travailleurs inutiles au Capital). Que ceux qui croient qu’ils s’agit de fanfaronnades à visées complotistes aillent lire la décision 22  qui s’intitule « développer les financement privés » (on parle dans cette partie de l’enseignement supérieur). Et qu’on ne nous fasse par croire que Nestlé à un intérêt quelconque à financer les recherches d’un professeur d’histoire du droit retraçant la vie du fondateur de l’école de grammaire de Montpellier au XIIème siècle, quand bien même il eût été suisse.

-        Couper la France en deux : 10 grandes métropoles bénéficieront de tout, pendant que le reste du territoire sera voué au tourisme et à devenir le lieu de villégiature de ceux qui vivent dans les grandes métropoles (cf. décision 24).

-        Tuer le français : décision 26 qui veut « développer les cursus en langue étrangère ».

On pourrait passer des heures à lister toutes les « idées » d’Attali et de son groupe. SI vous avez la curiosité de le lire, et que vous avez la curiosité supplémentaire de lire le programme de Macron, vous verrez ce qui nous attend à court terme.

Je tiens donc à féliciter tout particulièrement, les nouveaux chiens de garde du libéralisme (aussi appelés « journalistes ») pour avoir insinué dans la tête de bon peuple que « sans Macron point de salut » .De ce point de vue, le tartuffe de France Culture (Brice Couturier) mérite une « laisse de platine » pour l’ensemble de son œuvre (pour reprendre la fameuse distinction attribuée en son temps par le Plan B). Tous les imbéciles qui sont allés voter en masse pour Macron au second tour de la présidentielle méritent aussi notre reconnaissance ; encore score serré entre le Pen et un Macron élu à 51% aurait peut-être évité un tel déferlement de libéralisme sur notre pays. Mais dès qu’il s’agit de parler des heures les plus sombres de notre histoire, les légions d’imbéciles se lèvent (disant cela, je ne fais pas différence entre tousettoutes) pour voter en masse et en ordre, pour le pire avec la meilleure conscience du monde.

Comme le disait l’immense professeur Choron : Si tu veux connaître ton ami, baisse ton pantalon et mets-toi à quatre pattes au bord du chemin.

 

 

Le Panthéon est un cimetière comme les autres – 20 février 2018

 

Notre cher Président, agrégé de français, mignon de Ricœur et grand amoureux de la langue et de la littérature (paraît-il) a toujours des idées géniales dont on se demande d’où il les tire. La dernière en date transformer le Panthéon en caveau de famille.

Le panthéon c’est « le temple de tous les dieux » (et déesses oserait-on ajouter afin de ne pas froisser les tenants du tousettoutes). Le Panthéon Parisien est une copie du temple romain édifié au 1er siècle par Agrippa. Il est, pour la République française, une sorte de nécropole laïque censée rendre hommage aux grands hommes de la France. Le Panthéon n’a en fait jamais servi qu’à enterrer (à quelques exceptions près) les fidèles servants des diverses époques. De ce point de vue, ce sont les régimes les plus marqués politiquement (l’Empire et le Front Populaire) ou les plus marqués par la censure (Cinquième République) qui se sont distingués. Le Panthéon est ainsi peuplé d’une foule d’illustres inconnus, d’obscurs grands hommes de leur temps. Une sorte de jour des morts que l’on a accolé à la Toussaint républicaine (comprenne qui pourra). Et hormis quelques « célébrités » comme Voltaire par exemple, il y a fort à parier que dans un siècle le nom de « Pierre Brossolette » soit à peu près aussi inconnu que celui « Claude Louis Petiet » l’est pour nous. [NDA : je suis sûr que grâce à cette avancée majeure qu’est Internet, la majorité des commentateurs pourra citer le nom et l’œuvre de ce grand homme et me faire remarquer ma piètre culture].

Depuis Mitterrand, la coutume est d’y inhumer (au moins) une personne par mandat présidentiel ; c’est là, semble-t-il, une sorte de nouvelle tradition républicaine, comme pouvait l’être de couper de rubans sous la IVème République. Le petit grassouillet qui a précédé Janus-Jupiter aux deux têtes et aux deux alliances, y a ajouté sa touche personnelle faite, comme toujours, d’intelligence et de subtilité, en décidant d’inhumer un homme et une femme, afin de bien montrer qu’en matière d’égalité dégoulinante, on ne pouvait pas faire mieux que lui. Janus-Jupiter a décidé de dépasser son mentor en installant une femme et un homme en même temps, c’est à quoi l’on voit qu’il est vraiment trop intelligent (pour reprendre l’expression de BFMTV).

Il n’est pas la question de savoir s’il convenait, ou non, de déplacer le corps de Simone Veil de sa tombe actuelle à la crypte sise « place des grands hommes » ; Simone Veil ayant de toute façon, à sa manière et – à la différence du philosophe éponyme (son contemporain) qui aurait, elle, mérité de tels honneurs – servi avec une fidélité obséquieuse les canons de son époque. On me dira « oui mais l’IVG quand même, ce fut un sacré combat ». Loin de moi, l’idée de réfuter la pugnacité de Mme Veil, ni d’en amoindrir le courage ; néanmoins, la loi sur l’IVG aurait été adoptée, avec ou sans Simone Veil, elle était dans l’air du temps et conforme aux idées libérales (d’ailleurs cette proposition de loi fut adoptée largement grâce aux groupes socialistes et communistes) ; il faut rendre à Valéry Giscard d’Estaing la perspicacité d’avoir confié la défense de ce projet de loi à une femme pour y ajouter le pathos nécessaire. [NDA : je précise, pour les esprits un peu épais, que le paragraphe précédent ne constitue nullement une remise en cause de la loi sur l’IVG]

Non, ce qui pose question est de savoir si le Panthéon n’est, somme toute, qu’un cimetière comme les autres, avec caveau de famille ? Qu’a donc fait le mari de Mme Veil pour se voir transférer en grande pompe au Panthéon de la République Française ? A-t-on inhumé Victor Hugo avec ses maîtresses (je ne suis pas sûr que le Panthéon y aurait suffi) ? Aucun français ne sait qui est Antoine Veil. Pas plus que nous ne connaissons Mme du Châtelet. Mme Veil ne voulait pas être séparée de son mari ? C’était sa volonté, mais nous aurions pu faire comme pour Descartes et la laisser inhumée en sa dernière demeure : alors pourquoi le Premier Magistrat de la République les transfère-t-il ? Je trouve qu’il y a une indécence à transformer ainsi un lieu aussi chargé d’histoire en vulgaire cimetière. Le pauvre homme aux deux alliances est décidément bien peu inspiré par la mort : après avoir déposé un stylo bic sur la tombe de Jean d’Ormesson, le voici qui installe dans les honneurs nationaux un obscur haut fonctionnaire. Esprit de corps ? Gageons que Madame Macron sera habillée aussi sobrement et dignement que pour les funérailles de Simone Veil. On ne saurait trop conseiller à Emmanuel 1er de prévoir la cérémonie en hiver, afin d’éviter ces menus désagréments.

En tout cas, encore heureux que les Veil n’aient pas eu un chien car nous aurions eu alors droit à un éloge du canidé prononcé par sa Grandeur qui n’aurait pas manqué de trouver une place au chien. J’imagine la scène, Saint Emmanuel, habillé comme un VRP et déclamant de sa voix fluette un discours de circonstance : « Par-delà la différence entre nos génomes, vous avez été Médor, un compagnon admirable, toujours réconfortant vos braves maîtres, toujours à l’écoute de leur malheur ; et si vous eussiez parfois chassé la chouette de Minerve, nous ne vous en faisons par remontrance, après tout, c’était votre personnalité cynique qui s’exprimait de la sorte, et vous avez préféré la chouette du philosophe au rat de l’égout des gens qui ne sont rien, c’est une preuve de votre intelligence. Comme le disait le grand philosophe qui fut mon maître, « Méconnu, reconnu, l’autre reste inconnu en termes d’appréhension originaire de la mienneté du soi-même. » Vous avez été cet autre qui consolait la mienneté des vôtres. Afin de vous rendre hommage, Médor, je dépose sur votre tombe cet os. Simone m’avait dit avant de nous quitter que, dans votre simplicité, vous préfériez l’os à toute autre nourriture. Votre simplicité vous honore, puisse cet os rassasier votre faim de vérité. » En tout cas, qu’il se garde de faire rédiger le discours par la « meuf » Sibeth, car celui-ci risque d’être laconique, sec comme une rupture par texto et la cérémonie de décevoir ; quelque chose dans le goût de : « ouais, la meuf dead est au Panthéon avec son keum, the place to be, zyva je kiffe d’y aller ! ».

J’invite notre cher Président, si proche des écus de l’Etat, et afin de rentabiliser le lieu, de se faire canoniser (républicainement s’entend) avec sa femme et par anticipation ; on pourrait ainsi lui préparer un caveau « place des grands hommes » ; mieux : le placer à l’entrée, sous le frontiscipe, dont on changerait la devise par « Aux Macron, la patrie éternellement reconnaissante ». Ce qui permettrait à Darmalin, ministre de l’action tout risque, de faire payer la visite. Et puis ce serait aussi l’occasion de faire un hommage appuyé mais « en même temps » détaché en rappelant « que la parole de la victime doit être respectée » (surtout quand la seule défense consiste pour l’accusé à se réfugier derrière la prescription) à ses chers ministres qui n’en ont pas fini avec la justice ; voire profiter de cette occasion pour amnistier son député casqué dans la plus pure veine des rois thaumaturges, ce qui serait bien digne d’un lieu comme le Panthéon.

Comme le disait avec une sagesse infinie l’immense professeur Choron : Le cimetière ne sera pas complet avant que vous n’y soyez.


Le réveil de l’homme qui lit au lit. – 5 mars 2018

 

Notre cher premier ministre, Le bel ami du XXIème siècle, a eu un réveil fracassant. Préparant son fulgurant réveil dans un long rêve confié aux spin doctors du libéralisme. Il a longuement rêvé de sa réforme à lui, une de celles qui conviendraient à la fois à son caractère présidentiel et à son « ancrage local ». Rien ne pouvait être mieux que la réforme de la SNCF. Ce monument national jadis de la tant vantée « mobilité » et aujourd’hui si chère aux « turbo-cadres » (comme les nomme à propos Pièces et main d’œuvre), abonnés première classe du TGV. Son conseiller de l’ombre n’était autre que ce cher Spinetta (le bien nommé). Vieillard que le poids des ans n’a pas changé, et surtout pas les idées libérales. La vie est devenue à ce point difficile en France qu’un retraité doit monnayer ses services pour vendre la froide soupe libérale.

A grand coup d’ordonnances (décidément Janus-Jupiter regrette, jusque dans ses termes, l’Ancien Régime), l’homme qui lit au lit se drape des oripeaux de son maître. Sa voix monotone et ferme a retenti aux accents martiaux de l’armée libérale en marche. Fini le statut des cheminots (notez qu’on ne réforme pas celui des ministres ou des parlementaires…), fini les petites lignes, fini la gabegie ; place à la digne et sainte concurrence, à la vigoureuse main du marché, aux nouveaux pionniers de rails, à ses conquérants modernes, ces aventuriers qui « risquent leur argent, pas celui des autres » : les Entrepreneurs.

Quand je dis « fini les petites lignes », il faut s’entendre. L’homme de terrain qu’est Edouard P. nous parle du pays. Il connait le port du Havre. Il veut nous faire accroire qu’il humait les embruns de la mer du Nord. Il tente de s’acheter un provincialisme et de faire oublier qu’il est un produit estampillé haute administration ; il est une sorte de Rastignac inversé, ayant quitté Paris pour faire carrière en province. Du haut donc de ce provincialisme inventé, Philippe nous dit : je ne suis pas celui qui fermera les petites lignes SNCF et s’empresse d’ajouter : qu’il en confiera la gestion aux acteurs locaux. Je me suis toujours demandé si le propre des libéraux étaient leur cynisme ou leur art consommé de la duperie. Car Ed aux mains sans argent, ne nous propose, ni plus, ni moins que de faire disparaitre – par un tour de passe-passe, il est en train de faire supprimer par les Régions ces fameux 9 000 km de ligne. La recette est connue : transférer une dépense ou une charge aux acteurs locaux et ne pas donner les moyens financiers et humains nécessaires et puis déclarer, sur le ton piteux de l’élève pris en flagrant délit : « mais m’sieur, c’est pas moâ, c’est lui euh ». Nous allons donc avoir : la fin du statut des cheminots, sans bien comprendre en quoi cela sera une piste d’économie sérieuse pour la SNCF et la suppression des « petites lignes », celles que prennent ces pelés et ces galeux de provinciaux ; « ces gens qui ne sont rien » pour reprendre la métaphore poétique de l’homme aux deux têtes et aux deux alliances. Rendez-vous compte : au lieu de prendre leur polluant véhicule, ces quelques imbéciles lui préfère les transport en commun, et le pire des transports en commun : celui du rail. Que ne pollunent-ils pas la planète comme tout le monde, en montant dans leurs carrosses diéseliques ou en chevuchant leurs motoclycettes ? Après tout, le rail c’est cher, c’est archaïque et vous risquez d’y rencontrer de dangereux activistes cheminots protégés par leur statut que rien ne saurait justifier « à l’heure actuelle ». Mais chut ! Pour l’instant, il faut dire qu’on ne sera pas l’homme qui fermera 9 000 km de petites lignes.

Comme le disait l’immense professeur Choron, avec une philosophie frappée au coin du bon sens : On flatte la fille jusqu’à temps qu’on l’ait sautée


 

Le chef cuisinier de Matignon – 19 mars 2018

Edouard (l’homme qui lit – au lit) est décidément un as de la communication. Après nous avoir gratifié de sa science littéraire en publiant un recueil de conseils de lecture digne de ma grand-mère, nous fait montre de ses qualités culinaires.

Il faut dire que depuis son arrivée à Matignon, Edouard nous a concocté des réformes aux petits oignons. Pas un domaine où il n’exerce son goût du sucré-salé. C’est généralement assez raté, souvent dur à avaler, mais il est comme ça le Bellamit du XXIème siècle : il aime nous surprendre. Enfin, surprendre est un grand mot. Il aime régaler ses riches hôtes des choses les plus succulentes à leur goût et, partant, les plus exotiques et fades pour le commun. Gattaz (cappo di tutti i cappi) s’est délecté de ses ordonnances royales sur le travail. A tel point qu’en sortant du restaurant matignonesque, il s’est écrié « encore », Gargantua que rien ne rassasie, il aurait aimé plus. C’est là le problème des intempérants. Leur appétit les perd. Edouard au couteau d’argent a toutefois entendu la supplique, et de peur de perdre quelque fortunée pratique, il a annoncé les réformes par le menu : après les vilains cheminots, trop grassement payés, toujours en vacances, qui touchent des primes injustifiées et qui voyagent à l’œil (même si c’est leur travail de voyager, mais bon on n’est pas à une contradiction près), va venir le temps de s’occuper de ces (fainéants de) fonctionnaires, sans oublier la nécessaire réforme de la formation (gageons que la cigale touchée par la grâce du capital nous pondra une réforme digne de celle du travail), viendra le tour des régimes de retraites (c’est bien connu les vieux sont des profiteurs qui se reposent les dernières années de leur vie et son payés à rien faire), mais là c’est plus délicat : comme on n’est plus en 1940, on ne peut pas les regrouper dans des prisons sous la surveillance de geôliers implacables ; il faudra trouver mieux, par exemple : les mettre dans des mouroirs gérés par le privé. Naturellement, on leur coupera les vivres et on fera payer les frais aux héritiers. S’il n’y a pas d’héritiers, qu’à cela ne tienne : on les placera dans des maisons, disons, à la hauteur de leurs facultés contributives.

On connaît la chanson des réformes, son refrain usé jusqu’à la corde : la France ne peut pas payer, les caisses sont vides. « Au secours! On a volé la cassette royale ! », « Qui diable m’a volé mon or ! » On nous rejoue tous les jours la Folie des Grandeurs. « Ça c’est pour moi (et mes copains), ça c’est pour l’Etat » disent en chœur les Don Salluste qui nous gouvernent. Mieux vaut faire payer les pauvres en les traitant de riches que faire payer ces pauvres riches. Vous me suivez? Donc, nous payons. Et nous payons pendant que Janus-Jupiter-aux-deux-alliances offre, à nos frais, un somptueux festin aux vrais pauvres de ce monde (les plus riches) dans le plus château du monde. Il faut dire qu’il « shoes France » lui. Il sait ce qui est bon pour nous. C’est notre docteur Bovary et ses ordonnances sont aussi sûres que celles du bon Charles, conseillé qu’il est en plus par ce cher Philippe-Homais : « Sire, essayez donc une saignée », « sire, voyez ce pied-bot, or rien n’est plus indélicat que de boiter. Avec une incision bien placée, vous pourriez soigner le mal ».

Ainsi avance le train des réformes, des révolutions, de la fin de l’immobilisme. Sus aux « illibéraux » qui ne comprennent rien à la grandeur du docteur Bovary et propagent des « faiques niouses ».

Revenons à notre mouton Edouard. Jamais en manque d’un bon tuyau, il a donc ramené le gouvernement à l’école Ferrandi afin que, sous son œil de premier saucier, il puisse apprécier et critiquer les compositions de ses ouailles :

Schiappa a profité de l’occasion pour faire une fricassée de rognons

Blanquer, sa fameuse recette à base de veau élevés au numérique (garantis 100% sans matière grise)

Darmalin, a tenté un écrasé de fonctionnaire et a obtenu une magnifique bouillie.

Pénicaud, a pu montrer son art consommé dans l’utilisation de l’« essoreuse à réformes ». Elle a perfectionné l’art de ses collègues (la brave dame !)

Collomb a opté pour du boudin. Gérard le transfugé adore le sang.

Lemaire prévoyait un financier qu’il comptait offrir aux GAFAM, mais Philippe lui a fait remarquer que le dessert n’était pas à l’ordre du jour et qu’il attendait toujours sa réforme du-déficit-qui-ruine-la-France-qui-travaille.

Nyssen a imprimé le menu. Mais la fourbe Schiappa lui a fait remarqué qu’on disait le.a menu.e des.de la ministr.e.s. Elle n’y a rien compris, comme à son habitude, mais a salué le courage et l’énergie de cette grande Dame.

Le ministre de l’énergie transitoire a dû avaler une couleuvre cuite à l’énergie nucléaire.

Belloubet a voulu farcir du surveillant pénitencier, mais elle n’a pas réussi à en attraper un seul.

Le.a secrétaire d’Etat « aux outres-mers » n’a pas eu le temps de faire de pêche à Mayotte (même si elle s’est fait dessus).

Quant à Vidal, personne ne s’est aperçu qu’elle était là (comme d’habitude).

Bref, c’est sous les hourras unanime de la presse que ce cher Philippe, expert-ès-tout, a pu annoncer le plus sereinement du monde, avec l’intelligence et la finesse qui sont les siennes que les réformes ne seraient ni accélérées, ni ralenties et poursuivies. Nous ne pouvons donc que nous incliner respectueusement et remercier ce nouveau « nini » « et ».

Comme le disait l’immense professeur Choron : la récompense d’avoir mangé, c’est le plaisir de chier. Et il faut bien dire que tous les jours, nous éprouvons pour ce joyeux gouvernement le délicat plaisir du professeur.

24 août, 2017

Pensées

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 9:32

Le monde moderne : un amas de tôle construit sur du sable.

« Vous êtes aussi bête que Léon Blum! » M. Proust

L’homme moderne doit courir, avancer à pas rapides. S’il s’arrête, il est mort.

Le culte de l’apparence est une des mamelles du monde moderne. Tout est dans le paraître, rien dans l’être.

Le pêché originel de l’homme n’est pas d’avoir croqué le fruit de la connaissance du bien et du mal, mais de s’être servi de cette connaissance pour instaurer le règne du mal nommé progrès technique.

L’amour n’est plus dans notre société un absolu, il n’est qu’une mise en relation de deux corps, qui se séparent, une fois le coït intervenu, comme les animaux.

La bêtise jugeant la bêtise, la médiocrité en tant qu’absolu et critère de sélection. Voilà le spectacle que nous offre la vie intellectuelle moderne.

L’image de l’arbre inversé est assez parlante, et caractérise bien notre société. C’est l’âge de fer, celui de l’inversion des valeurs.

La fainéantise est représentative de l’époque. Il ne s’agit plus de ne rien faire, de l’ennui dans le sens créatif du terme, mais de la flemme instituée en mode de vie. L’homme moderne est un parasite qui vit au dépend de la société.

Le culte de l’écrit semble un sujet digne d’intérêt. Voilà que l’homme s’est aperçu qu’il ne pouvait plus avoir confiance dans ses capacités, ni dans sa parole. Alors il écrit. Tout et n’importe quoi: son âge, sa nationalité, ses ennuis. Il signe aussi, il certifie sur l’honneur, comme si l’Honneur de la parole ne suffisait plus.

On est passé d’homo homini lupus à homo homini lepus. L’homme est un lièvre pour l’homme. Comme lui au moindre bruit, il se réfugie dans son terrier. Et la caractéristique principale de notre contemporain est deux grandes oreilles, qui sont à l’écoute « des grands problèmes » de notre temps, naturellement.

La beauté en tant qu’absolu, c’est les grecs, le Banquet de Platon. Cette beauté-là mène au sacré. L’esthétique en tant que critère, c’est l’homme du XXIème siècle, les défilés de mode. Cet esthétique-là mène au « tournantes » (pieux euphémisme pour désigner les viols collectifs) dans les « cités ».

La musique moderne semble être le résultat d’une expérience atomique qui aurait mal tourné. C’est un grand boum pour pas grand chose.

La dictature des basses classes: ou la misère intellectuelle, esthétique, culturelle érigée en mode de vie.

Analyse de la « musique » moderne:

Vingt siècles de musique, d’étude de l’harmonie, de mise en forme du contrepoint pour en arriver au raffut immonde des « tam-tams », du rap, et des bruits de l’usine nommés « techno ».

Le secret de la « techno » réside dans la fermeture des usines. Les hommes s’étaient si bien accoutumés au bruit des usines, à la joie grasse des ouvriers amateurs de Pernod, qu’avec leur disparition ils ont perdu un mode de vie particulier: celui du prolétariat. Il lui reste en compensation le bruit des usines nommé à tort, musique.

Au reste il subsiste un autre élément de cette civilisation industrielle: les guenilles que portent les « ravers » (prononcer « rêveurs »(sic)) lors de leurs soirées sur les terrains vagues.

Enfin pour combler le tout, il faut retrouver l’esprit hagard des ouvriers soumis à dix heures de bruits, de fumées nauséabondes, et de tâches répétitives. Pour recréer l’ambiance rien de tel que ces drogues pour Stakhanovistes de la « danse ».

Autre nostalgie : celle des aciéries. En se faisant implanter des clous partout, peut-être ces jeunes gens espèrent-ils, grâce à leurs commandes, faire rouvrir les usines d’acier?

Le monde moderne a tué l’idée. Son triomphe est dû, en grande partie, à la victoire éphémère des idéologies en tant que système politique. En prenant le pouvoir, les idéologues nous ont montré que la mise en œuvre d’une idée ne conduisait qu’à des catastrophes (nazisme et marxisme) de grande ampleur. Du coup plus personne n’ose se revendiquer d’une idée, sous prétexte d’être assimilé à la « bête immonde ». L’esprit capitaliste et moderne, délié du sacré, n’a plus de contrepoids. Il laisse l’homme seul face aux sept pêchés capitaux érigés en morale et en mode de vie. Son châtiment est sa vie.

La victoire du diable, c’est celle de la tentation. En résistant à la tentation le Christ nous a donné l’exemple à suivre. Le Belzébuth des temps modernes possède un costume trois pièces, et une carte de crédit bien approvisionnée. Il fait signer des chèques en blancs dans les établissements du diable nommés « banques », et Belzébuth lui même tient le temple dans les places boursières.

Avant même qu’on lui ait proposé quoi que ce soit, l’homme s’est prosterné devant le progrès technique. Il a sauté du haut de l’immeuble (quel parallèle avec les images du 11 septembre!) mais aucun ange ne le soutiendra, ni personne ne le sauvera de la mort une fois le sol atteint.

Le diable est beau. Il est d’ailleurs un ange déchu, et je le soupçonne d’avoir été le plus beau et le plus doué, une sorte de « disciple que Dieu aimait le plus ». Il a voulu jouer cavalier seul, préférant être le premier dans le mal que le second dans le bien. Je crois qu’il est arrivé la même chose à l’homme. L’église et la religion le réprimandaient depuis dix-huit siècles pour ses bêtises, comme l’aurait fait un parent aimant. Mais dix-huit siècles c’est long! Vinrent les lumières, et ses chantres parés du beau nom de « philosophes », qui lui expliquèrent doctement que le pêché n’existait pas plus que Dieu. Le diable, passant par là, leur inspira quelques recettes à même de réchauffer les coeurs. Il leur en donna sept très précisément, que l’homme s’empressa de mettre en oeuvre. Les jardins délicieux revivaient en son coeur, et ceux-là étaient gagnés sans aucuns efforts. L’église ne pouvait pas s’aligner sur une offre aussi alléchante, elle avait beau expliquer que le pain se gagne à la sueur de son front, et qu’il faut enfanter dans la douleur, que les cieux se gagnent que par une vie sans tache, rien n’y fit. L’homme préféra s’adonner aux joies de la science, du progrès technique, et de l’enfantement sous « péridurale ».

La science démontre tout sauf l’essentiel: le coeur. C’est grâce au coeur que l’homme existe. Les sentiments ne sont pas un conglomérat de raisons qui s’additionnent, se soustraient les unes les autres; c’est une alchimie beaucoup plus subtile dans laquelle il entre tout un ensemble d’éléments irrationnels. Mais l’homme ne croit plus au surnaturel, et il serait bien embêté s’il avait à reconnaître un miracle comme l’écrivait justement R. Guénon.

La modernité a détruit le sens du merveilleux de manière irrémédiable. Qui croit encore au Saint Graal? Qui croit à la pierre philosophale? Qui croit aux elfes, aux trolls, aux esprits? Il est préférable de croire les autres mondes habités, la science, et plus spécialement la probabilité, le démontre, encore qu’on n’en ait aucune preuve.

Curieuse résurgence de l’idée de religion, les croyances païennes. Expérience amusante: se placer dans une librairie au rayon « ésotérisme » et observer. L’homme doit savoir, or la religion apporte une réponse éprouvée: celle de la tradition, car toute religion n’est que le reflet d’une tradition primordiale. Tandis que la science ne lui apporte que des doutes malsains, ses certitudes ne sont qu’illusoires, et ses doutes d’ordre métaphysique. D’où vient l’homme, quelle est sa destinée? A toute ces questions primordiales, la science répond: je ne sais pas. Alors la recherche se porte sur les croyances et les pratiques divinatoires (d’ailleurs incomprises pour la plupart) dans des livres écrits par des petites gens sans connaissance du Mystère.

Moi: – Il n’y a qu’une blague qui ne me fasse pas rire.

Lui: – Ah bon! Laquelle?

Moi:- La blague à tabac!

Je n’ai rien vu, dans cette vie, qui me donne envie d’en recommencer une seconde.

Il se produit, lorsque l’on arpente les rues des modernes cités surpeuplées, un phénomène curieux: celui de l’attirance. Les gens sont des aimants. Il est a peu près impossible de suivre son chemin sans que deux ou trois badauds, marchant en sens inverse, vous foncent dessus sans vous voir.

La ville moderne est constituée de trois cents milles grands enfants en moyenne, qui passent leur temps dans les étals des marchands de jouets pour grandes personnes. Ce n’est pas le moindre des paradoxes, pour des personnes qui se veulent « libérées », que de se maintenir dans un état d’infantilisme permanent.

Cela est si vrai qu’il n’existe plus d’ « esprit critique », car qu’elle est la première vertu d’un bambin bien élevé? Répéter les leçons qu’il apprend à l’école moderne qui est la télévision.

Tout le monde se veut artiste aujourd’hui, sous couvert de cette niaiserie « psychanalytique » (n’ai-je pas oublié un « y » ou bien est-ce un « psi »? un doute affreux m’étreint…) qu’il faut développer son « moi » profond. Comme s’il ne suffisait pas des circonstances dans la vie quotidienne, où un tas d’imbécile ne vous abreuvait d’un « moi, je… ». Cinquante millions de moi profond c’est la fin de l’art. C’est le règne de la quantité confondue avec la qualité.

Il suffit d’avoir vécu trois échecs sentimentaux, d’avoir fait l’amour avec douze hommes à la fois, pour que le monde, lisant cela dans une mauvaise chronique de cent trente pages s’exclame : « au génie, voilà un être qui a connu la vie! Quelle expérience! » Quelle expérience en effet! Et j’en viens à me demander si le plus triste dans tout cela n’est pas que le livre contienne une faute par page.

L’endroit qui sent le moins mauvais dans une université est le rez-de-chaussée (ou le « niveau zéro » comme le disent les architectes): on n’y trouve que les étudiants de première année et…les toilettes.

Sentant sa supériorité bien établie par un titre, le cuistre se permet de rabaisser les autres, ne voyant pas que par ses propres propos, il se rabaisse lui-même. Voilà une pensée qui eût fait de l’effet au XVIIIè siècle, où tout le monde avait de l’esprit, encore au XIXè, les savants pouvaient moquer les cuistres, plus encore la haute société qui n’avait pas été intoxiquée par l’éducation universelle. Un tel propos n’entraîne aujourd’hui, et dans le meilleur des cas, que l’exaspération. Plus personne ne supporte la polémique; et si je dis de X. (Professeur agrégé d’histoire du droit) que c’est un niais, je m’attire l’opprobre de l’ensemble des cuistres en devenir qui n’ont qu’une seule envie, un seul désir: devenir à leur tour cuistre en chef.

L’art réside dans le paradoxe, l’inattendu. Les œuvres d’art les plus magistrales sont le reflet de cet inattendu: quoi de plus improbable que le sourire de la Joconde? Que les castrats de la chapelle Sixtine?

Le manque de confiance dans les capacités de l’homme est sidérant, notamment dans sa mémoire. Il ne faut plus faire confiance à elle, il vaut mieux lui préférer l’écrit. Errare humanum non est. L’erreur n’est plus permise, sauf à abattre des forêts entières pour en tirer du papier, servant à recevoir les écrits des plus utiles… des fonctionnaires.

Petits dialogues…

Elle : – Comment suis-je?

Moi : – Je te trouve excessivement belle…

Elle : – Tu veux dire certainement très belle

Moi : – Non, excessivement. Tu es trop belle. C’en est presque vexant pour moi

Un peu plus tard:

[...]

Une amie : – Comment cela, excessivement belle? Je ne comprends pas…

Moi : – Il y a là un hiatus: on peut être très jolie, mais certainement pas excessivement belle; trop belle si tu préfères. C’est contradictoire non?

L’amie : – J’avoue que ne vois toujours pas où tu veux en venir: très jolie, trop jolie, excessivement jolie… Tout ce que tu voudras, ça reste un compliment plutôt banal.

Moi : – Évidemment si tu ne connais même pas la signification de l’adverbe « trop », alors…

J’ai cru, en passant ma main sous ton corsage, toucher ton cœur: je n’ai palpé que tes doux seins.

Je me demande, jusqu’à quel point, l’homme peut être seul?

« La démocratie est le pire des systèmes, je n’en connais pas de meilleurs ». Les grands hommes ne devraient jamais faire de l’esprit; le mot de Churchill a tourné au proverbe. Sous prétexte de cette niaiserie, plus personne n’ose aujourd’hui remettre en cause le régime démocratique, ni cette absurdité qu’est le régime égalitaire. Comme ce pauvre Tocqueville avait raison à propos de la nouvelle forme de despotisme! Le règne de l’égalitarisme ressemble à un retour en accéléré à la barbarie. Chaque individu, sous prétexte de vote, se croit tenu d’avoir un avis sur tout; or s’il est amusant d’écouter les ragots sur la politique dans un café, il est dangereux que ces mêmes colporteurs de bêtise aient un avis, qui sur la politique étrangère, qui sur un procès pénal, qui encore sur la marche du monde. Soixante millions d’idiots se sont mis en tête qu’ils savaient mieux que les gouvernants ce qu’il fallait faire pour que la vie soit meilleure ici-bas; et entende que leur avis soit pris en compte. D’ailleurs la télévision ne se prive pas de demander l’avis du premier quidam venu sur les problèmes du jour, qui fait ainsi, à sa manière, pression sur le gouvernement. Les avis demandés ne sont, d’ailleurs, jamais innocents: il s’agit toujours d’appliquer la solution qui correspond à l’avis du journaliste et qui correspond au lieu commun du jour, « le politiquement correct » selon l’expression qui nous est échue du pays de Mac Donald et de Coca-Cola. On pourrait, en un sens, parler d’autosatisfaction, car le journaliste se contente de faire entendre son avis par la bouche de la rue, c’est-à-dire du peuple, c’est-à-dire des électeurs; avis ensuite corroboré par une cohorte d’«experts » qui récitent le lieu commun sous la forme poétique moderne qu’est le jargon. Il est à supposer que l’idiot qui s’amuserait à dire que la France devrait envoyer dix divisions pour envahir l’Irak au motif que cela est peu risqué, et qu’une telle décision redorerait le blason, un peu terni, de notre armée, n’aurait pas la moindre chance de voir son avis publié. D’ailleurs les opposants au lieu commun, en dépit de la sympathie que j’éprouve pour eux, me font bailler. Il s’agit toujours d’exprimer une idée toujours plus « morale », c’est-à-dire plus sotte; on ne se bat plus sur le fond mais sur la forme, étant entendu que, somme toute, tout le monde a la même idée sur la marche du monde. Le meilleur exemple possible en est le carnaval de mai soixante-huit, qui n’aboutit qu’à un renforcement de la société de consommation. Ce type de période porte un nom: décadence, et je vois assez bien notre époque ressembler au deuxième siècle, les barbares sont aux portes de l’empire, mais personne ne voit le danger préférant les « intégrer » comme on dit aujourd’hui, ou passer un foedus comme on le disait à l’époque; et je vois bien Caracala –soutenu par les socialistes de l’époque- s’exclamant pathétiquement à la tribune du Sénat: « Il faut les comprendre, voyez dans quel état de misère ils vivent, notre humanité nous contraint à les accepter, à leur donner asile, après tout nous avons exploité leurs richesses pendant des siècles! Regardons en face notre passé colonial! De plus ces gens sont inoffensifs. » L’avenir, comme toujours donna raison aux socialistes…

Décidément quelle époque heureuse que l’Ancien Régime! Le cordonnier se contentait de réparer les chaussures, le charcutier ne s’occupait pas de la décision de mettre en jeu le veto de la France au conseil de sécurité, le couvreur n’innocentait pas un criminel sous prétexte d’un doute savamment entretenu par un avocat filou; qu’il faisait bon vivre quand l’homme ne s’intéressait pas à la politique!

Le « moralisme » qui règne aujourd’hui a des conséquences inattendues: l’homme politique guidé désormais par les passions est à peu près incapable de regarder la société d’un œil froid et logique. Tenu qu’il est par ses conceptions idéologiques qu’un auteur « pédant » eut l’idée (heureuse pour une fois) de nommer « démocratie des droits de l’homme »; car les droits de l’homme ont remplacé le marxisme dans la pensée des intellectuels: c’est leur nouvelle pute, et ils ne lui monnaient aucun de ses services.

Il n’est plus permis de dire que la République n’existe plus dans les ghettos (pieusement dénommées « cités ») et qu’elle a été remplacée par un système mafieux, avant de devenir, dans le meilleur des cas féodal; qu’un politique intelligente serait de casser ces ghettos et d’inculquer aux populations y vivant le sens du mot République, dont tout le monde se pare sans en savoir le sens. J’attends un homme avisé qui saura, sans passion, voir le problème où il est, fut-il un républicain farouche dans la veine d’un Robespierre.

Miracle du jargon, la transformation des mots: exemple « cité », jusqu’alors il s’agissait d’une entité politique de petite taille, quoique de puissance variable qui détenait les attributs de la souveraineté et les exerçait sur un étendue territoriale donnée. Il arrivait qu’elle exerce une influence considérable sur le monde comme Athènes ou Rome jadis, ou encore Venise ou Florence naguère. Le nom en est venu à désigner un quartier déshérité d’une ville où les loubards font régner la terreur en dehors du contrôle de l’Etat. Mais s’agit-il réellement d’un glissement sémantique? Ne doit-on pas plutôt y voir le signe avant-coureur d’une renaissance des « cités » antiques précisément. Comme quoi l’avenir n’est pas forcement promis au gigantisme, comme le croit les myopes hommes politiques modernes.

Écrire un roman sur l’homme moderne, le comparer à un grand enfant dans un magasin de jouets. L’enfant c’est l’homme, les jouets la société de consommation. Les exemples innombrables: depuis la télévision, le téléphone portable, la console de jeu, jusqu’aux soirées passées à regarder les dessins animés en mangeant des sucreries (je n’invente rien!) Montrer que les grandes personnes, j’entends ceux qui dirigent le monde réellement: les financiers, pèsent de tout leur poids pour maintenir, avec l’apport de l’idéologie enfantine des bons sentiments qu’est le socialisme, la totalité des hommes dans un état de gamin ébahi par le dernier jouet à la mode; le progrès technique étant la fabrique des nouveaux jouets, et les ingénieurs les « ingénieux » concepteurs de ceux-ci.

Évolution des mœurs: en un siècle on est passé, sur le fronton des écoles, de la devise Républicaine: « Liberté, Égalité, Fraternité », à « Action Éducation Jeunesse »… On mesure à ces signes l’état de déliquescence du lien social.

L’héroïsme dans notre société, c’est d’oser faire ce qui est juste; c’est-à-dire de prendre parti pour l’âme contre la morale officielle.

« Qu’allaient-ils donc faire dans cette galère? » Voilà l’unique question qu’il serait nécessaire de poser aux jeunes décérébrés qui ont osé se faire filmer pendant des semaines dans un appartement (nommé à la mode américaine « loft »), et qui osent encore se plaindre d’avoir, de la sorte, été exploités. On voit là un trait significatif du caractère de l’homme moderne: chercher des problèmes, et se faire plaindre lorsqu’on a récolté des ennuis; mais je doute que cette leçon vaille un fromage, plus personne ne lit La Fontaine…

Profiter et se plaindre sont les deux verbes dont la conjugaison devrait être sue par cœur par les élèves, étant entendu qu’il s’agit là des deux actions principales qu’ils effectueront dans leur vie; un programme pragmatique d’enseignement consisterait à leur savoir faire la différence entre: je m’en plaindrai et je me plaindrais, et qu’en cas d’emploi de la première forme, il faut écrire à sa suite:  « c’est pourquoi je profiterai …»

Clémentine, tu auras été mon fruit défendu…

Le monde moderne aura été le tombeau des sentiments de l’homme. Il n’y est plus possible d’avoir le moindre mouvement de cœur: il faut ou avoir un cœur étriqué ou mourir. La vertu du moderne n’est plus que du vice déguisé, les péchés capitaux, dans le même miroir déformant qu’est la morale contemporaine, sont devenus les vertus cardinales. Il ne faut donc, dans ce monde-ci, que des économes des sentiments, des rentiers de l’action qui n’obéissent qu’à une arithmétique douteuse: celle du rationalisme.

« On ne rit plus » constate douloureusement le « sociologue », et il est vrai que le rire ne fait plus parti de la vie moderne. « La gravité est le bonheur des imbéciles » écrivait Montesquieu. Aujourd’hui il faut être triste et réfléchi, courber pensivement le front devant la dernière niaiserie à la mode, qui ose prendre le nom de pensée ou d’art; d’où la sévérité avec laquelle on condamne ceux qui rient ou qui s’amusent. L’ennui, dernier avatar (moderne) de l’envie.

Quelle découverte que la Santé! Quelle dictature aussi! Que mes contemporains soient uniquement inquiétés d’apparaître jeunes le plus longtemps possible, peu me chaut; mais qu’ils osent me refiler sournoisement leurs faux préceptes, leurs poncifs les plus éculés, alors là non! La vie ne m’apparaît pas digne d’être vécu si elle ne contient pas une once de piquant, un zeste d’imprévu. Que m’importe de vivre jusqu’à cent et quelques années, si cela consiste uniquement à me regarder vivre, écoutant d’une oreille anxieuse le moindre bruit de ma carcasse, le bruissement de mes viscères, me demandant avec effroi s’il ne s’agit pas du dernier; non, je le dis tout net: cette manière-là de concevoir la vie m’effraie. Elle ressortit bien de la manière actuelle, celle de l’économie et de la raison.

Mourir : voilà bien la pire des absurdités dans une société gouvernée par la raison. Rien n’est plus improbable que la mort, rien n’est plus irrationnel: elle prouve Dieu. Or le monde est athée. Je crois que c’est dans cet athéisme qu’il faut chercher le culte du corps, de la jeunesse, cette peur-panique de la vieillesse et de la mort. Concevoir l’idée de mourir c’est s’imaginer le Néant, l’Infini: l’expérience de la mort, sa solution, c’est que l’au-delà existe et qu’on ne sait pas ce dont il s’agit. D’où l’horreur des petits cartésiens modernes en face de la camarde. Leurs cœurs trop petits, leurs sentiments étriqués, leur égoïsme aveugle ne peuvent supporter l’idée d’être privé de cette chose la plus chère entre toute: leur petit corps débile, leur âme imbécile.

Il devient vital pour l’homme d’ouvrir un dictionnaire, et même une encyclopédie. Il nous faut un nouveau Diderot, quelqu’un qui osera, en face de la stupidité des vues modernes, rappeler les saines vues traditionnelles, j’entends celles éprouvées par la philosophie, issue de penseurs compétents; pas de celles de ces apprentis sorciers de la pensée qui expérimentent, de manière consternante, les concepts philosophiques à leur sauce. La notion de responsabilité me semble dans cette perspective, la plus nécessaire de réhabiliter dans son sens à la fois entier et véritable.

Platon place le droit au sommet de la connaissance. Il en réserve l’apprentissage aux esprits déjà formés. Cette idée m’est revenue en mémoire à l’occasion du jugement rendu lors d’une affaire d’accidents de la route, et de la condamnation « pour complicité par fournitures de moyens » du cafetier qui avait vendu de l’alcool au chauffard qui ensuite tua trois personnes… Les magistrats ont-ils fait du droit? Je veux dire sont-ils allés en cours, ont-ils compris le sens des concepts que l’on a tenté de leur inculquer? Voilà toute la portée philosophique que pose cette sombre affaire; pour ma part je suppose l’avocat général (ce qui n’est pas un mince poste) issu d’un institut d’étude politique, ce qui expliquerait sa profonde méconnaissance du droit. Oui, mais alors quid du magistrat qui a signé de son nom l’arrêt?

Il serait à la fois instructif, et amusant, de faire un test portant sur des questions de droit, et que l’on poserait aux magistrats. Je vois déjà la gueule dépitée du ministre à l’énoncé des résultats…

« La grève, c’est la récréation des grandes personnes ». Voilà ce que je penserais si j’avais dix ans (d’ailleurs je le pense, bien que je n’ai plus dix ans) : il suffit de voir la mine réjouie des professeurs défilant sous leurs calicots bariolés, leur imagination en matière de slogan, les boutades débitées à la cantonade au voisin, ami d’un instant rencontré dans la « manif », et avec lequel on siffle un bock en s’échappant du défilé, faisant ainsi la « manif buissonnière » l’espace d’un instant devant les copains délégués syndicaux qui font les gros yeux et ne manqueront pas de vous faire la leçon. Tout cela ressortit bien de l’amusement enfantin. Que l’année fut longue pour nos pauvres professeurs! Qui n’ont jamais autant été fatigués que depuis qu’ils portent le titre d’« enseignant ». Il leur fallait bien une distraction au milieu de ce chaud mois de mai; en plus depuis que les copains socialistes étaient au pouvoir, on n’avait guère l’occasion de s’amuser; or voilà que le providentiel Ferry est arrivé: rendons-nous compte, un philosophe de droite qui porte le même nom que l’autre et qui en plus veut réformer! On ne pouvait rêver meilleure occurrence, bien digne d’être nommée « année sainte de l’enseignement »; enfin on pourrait rigoler. Et cela donna un bon mois de rigolade à ces chers corporatistes. Heureusement pour eux les grandes vacances arrivent, on va pouvoir souffler un bon coup avant de recommencer en Septembre le carnaval.

Les périodes de grève sont amusantes, spécialement dans l’éducation nationale, à cause de l’ambiance de « guerre civile » qu’il y règne: c’est les grévistes contre les non-grévistes, les rouges contre les jaunes, les tenants du progrès contre les ignobles réactionnaires partisans de la « régression sociale »; d’ailleurs, il faut bien avouer que les grévistes regardent d’un oeil narquois et méprisant les ignobles « petits-bourgeois réactionnaires » pour qui une feuille de paye est supérieure à une Cause aussi noble que la Grève. On retrouve bien le sain parfum de l’époque où « les français ne s’aimaient pas ».

Sans s’élever à de telles altitudes philosophiques, il arrive parfois que l’on rit de petits épisodes quotidiens, qui eurent donnés à Alphonse Allais quelques savoureuses chroniques. Il s’était trouvé un jeune professeur de français de sexe féminin, allez osons le terme magnifique d’ «enseignante » ou hideux de « professeure » (si je m’en tiens au magnifique décret de Lionel Jospin sur la féminisation des titres, et que peut faire un juriste sinon s’incliner devant un décret ministériel?) Pour en revenir donc à cette charmante personne, ou plutôt ravissante, mais peu importe, elle avait donc produit un court texte, vingt lignes tout au plus, où, sous couvert de la mythologie grecque (elle prépare l’agrégation de français moderne) elle comparait la grève, dans son aspect extérieur à un carnaval antique, avec tout ce que cela comporte d’aspects sexuels (sur lesquels d’ailleurs elle s’attardait avec une complaisance affirmée); belle découverte à la vérité! Si elle avait un tant soit peu potassé le sujet, elle aurait lu Gustave Le Bon, et alors je n’ose imaginer jusqu’à quels sommets vertigineux en serait arrivé la mythologie grecque sur la psychologie des foules; Hermès se serait transformé en facteur pour délivrer aux dieux de l’Olympe les missions les plus diverses dont l’aurait chargé notre aimable professeur. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Ledit imprimé (comme on dit dans les PV de la maréchaussée) échoit dans la salle des professeurs. S’ensuit le scandale qu’on imagine; chacun y va de sa petite phrase, bien qu’à la vérité quasiment personne- hormis un professeur de « lettres classiques » à la retraite- ne relève les errements mythologiques de la missive. La réponse la plus poignante fut l’œuvre d’un des meneurs de la cause gréviste, professeur d’histoire géographie qui plus est. On ne peut quasiment être mieux à même pour parler de mythologie et de grève. Reprenant le titre de la lettre: « de la grève », celui-ci commence par s’excuser de ne pas connaître le programme de sixième (c’est celui dans lequel on apprend, je devrais plutôt dire on apprenait, la mythologie grecque, mais l’éducation évolue…), et entonne un couplet assez peu inspiré sur l’éducation en citant, à la cantonade, le nom de Ferry (Jules le vrai, pas Luc l’imposteur, le neveu), lequel se termine par le chant de complainte du républicain espagnol (la guerre d’Espagne est à la mode depuis que M. Jacques Chirac a donné le statut d’ancien combattant aux anciens des brigades internationales) qui, grâce à l’éducation républicaine de Jules a pu voir ses enfants s’élever jusqu’au grade insigne d’«enseignant ». Il termine la larme à l’œil probablement surpris d’avoir créé un si joli chant inspiré par Calliope et Clio- en se demandant si le charmant professeur de sexe féminin a toute sa tête.

En songeant à ces jours féeriques, où le savoir atteint à de tels sommets je ne peux m’empêcher de me dire: vive l’Oncle et le Neveu! 

Si je devais donner une définition à l’amour, je dirais que c’est l’« évidence ». Pour quelqu’un d’amoureux tout est évident. Il suffit de penser à l’être aimé pour que tout problème se résolve instantanément. L’amour simplifie la pensée, mieux l’empêche en la recentrant sur la bagatelle. Je crois avoir déjà comparé l’amour au divin. L’amour est la première forme du mysticisme, et beaucoup de gens s’arrêtent à cette forme primitive de connaissance du divin; car le mysticisme est aussi évidence. La grande lumière qui se fait à l’intérieur de celui qui connaît le mystère ressemble à ce succédané de connaissance qu’est l’amour, il est une lumière intense qui donne sa résolution à tous les problèmes. Une victoire de l’esprit sur la matière.

Le seul conseil à donner à quelqu’un voulant passer de l’un à l’autre est de méditer sur cette phrase: il n’y a pas de trésor hors de soi.

J’ai fait un rêve curieux l’autre fois: j’ai revu la seule femme que j’ai aimé. Après une longue période sans se voir elle me demandait pourquoi je ne voulais pas reprendre contact avec elle. Je lui expliquais que dans la vie il existe deux voies possibles: celle du cœur -ou de l’instinct, et celle de l’esprit -ou de la raison; et que chaque fois que je voulus écouter mon cœur j’en fus fort marri. Alors maintenant j’écoutais ma raison qui me dictait, sous peine d’être malheureux, de ne plus la voir. Ce faisant, je me rendais compte que le sentiment demeurait le plus fort et m’entraînait vers la détestable pente de l’amour. Il se produisit alors une chose remarquable. A l’intérieur même de mon rêve, cependant que j’exprimais avec force détail ma théorie, ma raison précisément se mit à fabriquer un autre rêve, qui n’eut aucun rapport à l’amour et dont il m’est impossible de me souvenir. Aussi me réveillais-je peu après content que mon système fonctionnât si bien. Cette anecdote peut servir à ceux qui sont saisis du « mal d’amour », de cette étrange langueur qui s’empare de l’être et tue jusqu’à la moindre velléité de pensée. Il faut toujours écouter la voie de la froide raison. S’en tenir à la résolution la plus dure mais la plus raisonnable, sous peine de voir se dissoudre l’âme et de perdre sa seule richesse: soi.

Décidément la télévision est un bien bel instrument. On y apprend le français. Non certes le français académique de l’école, mais le sabir qui permet de se faire comprendre de la « tribu ». Ainsi l’adverbe « trop » est devenu une sorte de mot passe-partout. Tout est devenu trop en France pour un gamin de quatorze ans, il est trop beau, trop content; « c’est trop fort » s’exclame-il dès qu’il s’agit d’exprimer sa joie, son contentement, ou alors « c’est trop puissant » (autre dérivé accepté par le français parlé). Queneau était un visionnaire avec son français parlé qui devait remplacer la langue académique, par trop (justement) désuète. Aujourd’hui tout le monde s’exprime en sabir. Allais serait fort étonné de voir que sa boutade sur le temps perdu à écrire les mots en entier est une réalité quotidienne. Le français est une langue morte, il aura vécu quelques siècles: de 843 à 1950 environ. Mais sait-on encore qu’il existe un serment de Strasbourg fondateur de cette belle langue, si riche en nuances, si fertile en subtilités que fut le français?

Autrefois, tout français se voulait écrivain. Le beau langage fleurissait dans les colonnes des gazettes, on n’y prenait pas un mot pour un autre (comme dans la pièce de Marcel Achard). Aujourd’hui ce sont les échotiers qui colportent les horreurs linguistiques, il n’est plus probable de retrouver un journal où l’on écrirait un français correct (je ne dis pas soutenu).

Expérience amusante: prenez un journal quelconque (de préférence un programme de télévision, ce n’en est que plus drôle), lisez-en les titres en vous imaginant vivre au début du vingtième siècle, mettons 1930 pour que l’expérience ne semble pas antédiluvienne. Pour parfaire l’expérience, il est bien de lire un ouvrage de cette époque du genre Proust, effet garanti.

Voici à titre d’exemple la couverture d’un magasine télévisuel : « Tous les secrets de la nouvelle saison de l’émission phare de TF1 ». Que quelqu’un ose me soutenir qu’il y a le moindre commencement de cohérence dans cette phrase!

La vie contemporaine est une période heureuse pour les idiots: elle a tué le travail. En littérature cela s’appelle le style. « Le style c’est la politesse de l’homme de lettre ». Or où apprend-on la politesse? Dans les écoles, c’est-à-dire dans les ouvrages des auteurs passés. Mais on ne lit plus les classiques. Notre période est à ce point sûre d’elle qu’elle se passe des leçons du passé. Écrire n’importe comment c’est n’avoir aucune politesse, aucun respect du lecteur. C’est surtout, et c’est plus grave, ne pas aimer le travail, c’est croire qu’une ébauche vaut un travail minutieux. D’ailleurs un prix Goncourt a été attribué à une ébauche de roman, il se nommait « les ombres errantes » me semble-t-il. Avec cela il est aisé d’être écrivain ou artiste de manière générale, il s’agit d’avoir quelque chose à dire, or tout un chacun a quelque chose à raconter. Je donne à méditer ce fait, à ceux qui ne seraient pas d’accord : le mot « artiste » vient du latin artifex, qui signifie à la fois artiste et artisan. L’artiste est un artisan de l’art, c’est à dire un travailleur, il se doit de parfaire son art et fabriquer des objets, qui s’ils sont ressemblants, n’en sont pas moins uniques.

« Rmiste », « travailleur à temps partiel », « chômeur », « travailleur associatif », « artiste » ou mieux « créateur », « sportif », « inventeuse d’images » (j’affirme avoir lu, de mes yeux lu ce terme!) etc. Pourquoi se parer de mots? J’ai lu dans un ouvrage de J. Bainville, à propos de César que lorsque celui-ci avait pris le pouvoir à Rome, une de ses premières mesures fut de remettre les gens au travail en supprimant les subsides publiques aux « fainéants » (le mot est de Bainville), car ce qui empoisonnait la vie à Rome était l’absence de travail de la population.

Une lumière a alors envahi mon esprit: nous sommes au 1er siècle. Il nous faudrait un nouveau César pour remettre les fainéants au travail.

Je ne vois que des avantages à faire travailler la population: d’abord cela les occuperait, ensuite cela les empêcheraient de se mêler de politique, étant entendu que lorsque l’on sort d’une journée de travail on est fatigué, enfin on remplirait les caisses de l’État, et celui qui travaille n’aurait plus à être l’employé de ceux qui ne font rien. Quel bonheur d’un seul coup! Quel silence! Plus de revendications des privilégiés (intermittents, fonctionnaires, chômeurs…) Plus de défilés ubuesques des chômeurs pour obtenir une « prime de Noël ». Peut-être le monde se remettrait-il à tourner dans le bon sens? Enfin il s’agit-là d’un rêve.

J’ai revu, hier, « les enfants du siècle », film qui narre les amours -tumultueuses et connues- de G. Sand et d’A. de Musset. C’est bien le genre de drame fait pour inspirer notre époque. Comme Maurras avait raison de les appeler « les amants de Venise »! C’est bien ce qu’ils furent: un couple d’amants se déchirant dans la cité des Doges. Tout est petit-bourgeois dans cette aventure. Musset apparaît comme le génie alcoolique, à la prose facile, trouvant son inspiration dans les bouges les plus sordides; Sand la femme artiste, s’élevant à la dignité d’écrivain à force de travail, à défaut de posséder le don des lettres. Une caricature en somme. Leur amour même est une caricature de la passion, il ne doit sa force qu’aux accès de folie d’Alfred. Il tirèrent une renommée accrue l’un et l’autre de cet épisode pathétique de leur vie et inspirèrent, relancèrent plutôt l’hystérie romantique. Mais qui se souvient d’eux aujourd’hui? La postérité, n’a retenue que le nom de Musset grâce à l’instruction publique, quant à Sand personne ne la lit aujourd’hui, si ce n’est ceux qui aiment la littérature. Leur gloire, si grande au XIXème est à présent oubliée, reste le drame du voyage en Italie bien apte à inspirer les romantiques modernes qui aiment ce genre de drame à l’eau-de-rose où la bêtise l’emporte sur le génie.

Au Moyen-Âge, la société ne s’embarrassait pas comme aujourd’hui de sciences surfaites ni, d’ailleurs, de cette hérésie que l’on nomme esprit cartésien. Quoi de plus inutile ? De nos jours, tout le monde juge de tout grâce à son esprit cartésien, sa grande connaissance de la vie, son expérience, son « vécu ». Bref toute son inexpérience, sa suffisance, et finalement son incompétence… Car si le monde moderne se veut logique, il n’atteint qu’à la nullité des classes basses comme base de toute pensée. Il s’ensuit, en conséquence, que la nullité est à tous les étages, et qu’aucune institution ne peut s’y maintenir durablement.

L’institution en tant que phénomène qui dépasse l’humain (n’oublions pas qu’institution a pour radical stare qui signifie durer), est tout à la fois l’émanation et la représentation de l’homme, et ne peut qu’être idéale – au sens étymologique du terme – et imparfaite – dans son application quotidienne. Si elle est l’apanage d’une élite formée à l’esprit, si ce n’est supérieur, à tout le moins compétent, elle peut fonctionner de manière correcte. Car ceux qui la servent savent son imperfection et la cache aux masses qui vivent dans l’illusion de l’ordre naturel et immuable des choses. Quand elle en arrive à descendre au niveau le plus bas de l’instruction, à la classe populaire, cela donne l’affaire Dreyfus, ou le sabordage de l’idée même de l’institution par ceux qui sont chargés de la défendre.

Je ne veux pas dire que la classe populaire soit indigne d’intérêt, mais il faut savoir raison garder et ne pas s’imaginer que cinquante millions d’avis divers et contradictoires peuvent constituer en quoi que ce soit la base d’une société stable et bien gouvernée. Il n’est que de voir les récentes affaires dites d’  « opinions » où, sous prétexte d’une émotion quelconque, par ailleurs fort compréhensible au regard d’une situation particulière, on remet en cause les fondements mêmes de la société : « périsse l’Etat plutôt que de voir fleurir une injustice » semble s’exclamer d’une voix concordante tous ceux qui donnent leur avis.

La démocratie est un régime fort avantageux. Je n’en disconviens pas. Mais Aristote lui-même voyait dans le régime démocratique une perversion possible vers une forme de régime despotique due au gouvernement de la masse. Tocqueville dénonçait, dans un autre registre qui, s’il paraît éloigné de la pensée aristotélicienne la complète néanmoins dans le monde contemporain, la dérive induite par le système démocratique égalitaire quand il parlait d’une nouvelle forme de despotisme qui amollit les volontés, les corrompt au lieu de les briser. Sous le postulat que la démocratie est le « moins pire des systèmes », il est aujourd’hui impossible de s’opposer à une idée, si extravagante qu’elle fut, pour autant qu’elle ait l’avantage de recueillir l’assentiment d’une majorité active plus ou moins virulente. Nous ne devons pas être la dupe de ce faux consensus, car il est le fait d’une minorité agissante qui ne souhaite qu’une chose : l’effondrement de l’Etat et de ses structures.

Il s’ensuit une autre dictature : celle des experts qui, chiffres en main, parole à l’appui, abondent dans le sens des plus virulents. Leurs enquêtes sont truffées de détails, d’analyses, de chiffres. Oui ; sauf qu’un chiffre, une donnée ne prouve rien en soi ; et que de toute façon, toute analyse peut être contredite par une autre. Il n’est que de voir les procès pénaux et leur cohorte d’experts divergents. C’est un point à ne jamais oublier, que les résultats d’études sont toujours partiaux et fonctions des critères de celui qui en est l’auteur. N’oublions pas non plus que l’auctor en latin, l’auteur en français est celui qui grâce à ses écrits, ses études fonde un point de vue. Qu’étymologiquement il est l’autorité, le point d’appui d’une théorie puisqu’il possède la puissance du savoir.

Nous voyons par là que tout point de vue est contingent, lié de par son essence à la vision que l’auteur souhaite promouvoir, ou nous imposer. Au passage remarquons qu’il est éminemment plus facile d’influencer l’opinion dans une démocratie où le titre universitaire donne une aura quasi-religieuse à celui qui le possède, que de convaincre un jury de théologiens médiévaux de l’existence d’un double principe dans la création du monde. Ainsi, en même temps qu’il promeut l’expert à la mode, le monde moderne disqualifie celui qui pense juste mais qui est du côté de la vérité plutôt que de celui à la mode.

La vérité d’ailleurs n’est plus un terme que l’on emploie. Elle est devenue contingente. Elle semble varier d’un individu à l’autre. « Vous vous ferez votre propre opinion », entend-on à longueur de temps après le laïus de l’expert ; « vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ».

Pourquoi un terme qui ne souffre d’aucune contradiction comme la vérité fait-il peur aux âmes du temps ?

C’est parce que la vérité est éternelle, et qu’elle a pour fonction de donner des cadres précis qui forment l’esprit humain, qu’elle lui donne une limite : la bonne foi. En d’autres termes la vérité ne permet pas l’élucubration : elle est la raison universelle qui condamne depuis le début de l’humanité cette force redoutable qu’est la bêtise. Elle a aussi ce défaut-là, aujourd’hui, qu’elle est l’apanage des forts c’est-à-dire de ceux qui ont une volonté, du courage, de la ténacité, de la force d’âme et qui osent dire aux idiots qu’ils se trompent. Nous vivons dans une période où il est quasiment impossible de donner tort à un idiot ; et ce d’autant que la plupart des idiots sont diplômés par d’autres idiots selon un rituel comparable au rituel carolingien de recommendation qui leur permet de s’adouber entre eux. La vérité ne pouvant pas être le lot de médiocres (ceux-ci représentant la majorité non silencieuse de la population) on adapte l’intelligence aux mœurs en faisant émerger la bêtise et l’erreur comme critères essentiels de la vie intellectuelle. Il s’ensuit toute une série de catastrophes aussi prévisibles que possible pour quiconque est doté d’une once de bon sens ; ce qui permet en passant de jouer les Cassandre à bon marché à l’homme de bonne volonté. La logique étant impitoyablement écartée de toute décision, il ne peut advenir que des erreurs grossières quand les dirigeants modernes se mêlent d’infléchir la marche du monde.

A ceci ajoutons l’absence de caractère, le non-respect de la parole donnée, la faiblesse, l’absence de vue profonde en politique, l’esprit petit-bourgeois de recherche d’un consensus mou, et l’on obtient l’époque moderne, où chacun identifie les problèmes mais personne n’ose la seule solution recommandée par la logique, de peur de mécontenter une partie de la population et de s’exposer au cortège des manifestations.

Au final on aboutit à la lutte de chacun contre tous, et de tous contre chacun, en se passant du seul garde-fou efficace inventé par la société pour encadrer les hommes: les institutions.

Je pense du calme que c’est un luxe intérieur qui nous permet de vivre en paix avec nous-même, c’est-à-dire d’avoir son âme au repos. Il faut bien dire que la société est éreintante pour l’homme : elle le contient par mille corvées quotidiennes auxquelles il faut donner suite, toute une litanie de tâches inutiles qu’il faut accomplir sous peine de se retrouver débordé par les soucis administratifs de toute nature. J’aime pour ma part perdre mon temps, ne rien faire, rêvasser sur la fin dernière de l’homme, me demander en quoi l’enseignement médiéval peut nous être utile, comment les hindous classent les mandras, comment l’homme se situe dans sa relation avec l’éternité ; mais aussi de manière prosaïque je m’interroge sur les actes, les paroles de mes relations, bref je m’occupe de moi, de ma pensée c’est-à-dire de la bagatelle. Hélas le monde moderne ne permet que rarement ce type de pensée car il forclos l’homme à des pensées matérielles. D’ailleurs je ne suis pas loin de penser que l’absence d’âme du monde moderne relève de ce souci permanent de s’occuper du monde. « La chose la plus douce au monde est de s’occuper de soi-même » est, je crois, le grand secret qu’ont oublié les modernes. La démocratie en tant que système politique oblige à s’occuper sans cesse de la marche du monde, elle réclame un avis sur tout et elle maintient ainsi l’homme dans le giron de la société. D’ailleurs il est amusant de noter au passage que la disparition des grands romanciers est concomitante du développement du rôle du sociologue en tant que peintre du monde. Le sociologue utilise d’ailleurs, de préférence au français, une langue pédante, précieuse : le jargon. Preuve de la victoire de la science sur la littérature, de la technique sur l’art, de la matière sur l’esprit.

« Les paroles s’envolent les écrits restent ». Rien n’est plus faux : les écrits peuvent très bien disparaître, soit que l’auteur les brûle, soit qu’on les brûle pour lui, ou enfin qu’ils disparaissent physiquement comme le deuxième tome de la poëtique d’Aristote.

Les paroles quant à elle sont le fondement même de l’écrit, sans une pensée formulée de manière cohérente, parfois à haute voix, il n’est aucun écrit possible ; j’ajoute que toute pensée, parut-elle oubliée, ressurgit d’une manière ou d’une autre – parfois plus élégamment encore que sous sa forme première – dans l’œuvre de l’auteur. Comme quoi il faut se méfier des idées toutes faites.

En prenant les transports en commun parisien, comme il m’arrive – hélas – assez fréquemment, je me suis fait la réflexion que les villes modernes sont des cités troglodytes. Certes il n’est pas novateur de dire qu’il existe toute une civilisation sous les métropoles modernes, néanmoins quel curieux révélateur de l’époque ! L’homme est ravalé au niveau de la taupe, il passe des journées entières sans voir le jour qui, à la limite, n’est qu’accessoire ; d’ailleurs la pollution forme une couche de grisaille si permanente au-dessus des grandes cités que la vue du soleil en est altérée. L’homme est redescendu au rang de l’animal : il voyage sous terre, travaille dans une fourmilière, rentre le soir dans sa ruche après avoir processionné comme les chenilles pendant des heures, il se terre le soir comme un renard pour aller se coucher comme les poules. C’est cela que l’on nomme la période de la plus haute civilisation que la terre ait connu !

Je crois que j’ai saisi le sens profond de la « communication », et je le dois à La Fontaine.

Si l’on retranscrit cette inutile (et très coûteuse) méthode dans un langage conventionnel (je veux dire en français) : cela se nomme faire avaler la pilule. Le parallèle le plus saisissant est celui de la fable du « corbeau et du renard », d’où la référence à La Fontaine. La communication consiste, pour le renard « communiquant », à force de boniments, à faire lâcher le fromage au pauvre corbeau. Ce fromage consiste en différentes choses : obtenir un surcroît de travail, augmenter la cadence, accroître la vigilance durant les tâches confiées aux employés, diminuer les pauses, renoncer à des congés etc. Bref les faire travailler davantage.

Il faut dire que posséder l’avantage de l’art de flatter, pardon je devrais dire de communiquer, ne s’apprend plus en tant que civilité, il est rare que l’on fasse ses armes chez un marquis entouré des dames de la haute. Tout cela est un peu vil pour les âmes égalitaires, mais pourtant distinguées du XXIème siècle ; tout comme il est vil de « lécher les bottes » (pour user d’un langage populaire), d’où l’invention (au sens étymologique) des techniques de communication qui permettent un tel procédé (comme eût dit le comte de Saint-Simon) afin de parvenir à ses fins.

Il existe un autre avantage à ces techniques, qui assurent à nos modernes renards la suprématie sur les vulgaires corbeaux, c’est la jargon, le barbarisme, le solécisme, l’anglicisme, bref le « mal-parlé » : signature indiscutable de notre époque. La cuistrerie, mêlée au jargon le plus abject, à ceci de précieux qu’elle donne l’illusion d’appartenir à une caste supérieure ; de la même manière que les marquises s’affiliaient naguère aux sociétés secrètes. Il est doux de jargonner, d’inventer des mots, cela donne un air d’être dans le vent, toujours à l’affût de la dernière nouveauté, d’attraper la mode comme on attrape un papillon. On affirme par là qu’on est une personne avec qui il faut compter, qui connaît la dernière scie à la mode. J’ai senti par exemple une vraie délectation pour les cuistres à utiliser le mot anglais de reporting en lieu et place du terme bien de chez nous de « compte-rendu » ; de même on aime bien budgéter, mouvementer un compte (en comptabilité, et on ose à peine imaginer la vie trépidante du pauvre compte…), poser des questionnements, mémoriser, faire un courrier, forwarder un message, impacter, aller sur Paris ou sur Bruxelles etc. Le plus inquiétant est que personne n’en est choqué. Corollaire de cette absence générale de sens, la communication a aussi pour but de se comprendre, non pas dans le sens d’un meilleur français, mais plutôt dans celui de conciliation des jargons. On n’est plus très loin des concordancia discordancia du moyen-âge dont on se fait les gorges chaudes, mais qui eurent, à tout le moins, le mérite d’un effort philosophique.

Miracle du jargon, heureuse chose que le nouveau français !

J’entends à longueur de journée le terme magnifique de « mouvementer un compte ». C’est de la poësie à l’état pur, un bonheur de langage, une merveille d’expression. Quelle vie ces comptes doivent mener, dignes sans doutes des aventures des comtes du moyen-âge. Je les vois pris dans des tempêtes magnifiques comme celles que l’on voit au large de l’Ile d’Ouessant, des orages de grêle sous les tropiques, empêtrés dans des sables mouvants, pris pour cible d’un attentat, ou encore prisonniers d’une tribu de réducteurs de têtes au fond de l’Afrique noire. Encore une fois mon esprit me mène loin des contingences humaines. Les comptes mouvementés n’ont pas de vie propre. Ils se contentent de mener la vie tranquille d’un compte classé par son numéro, dans un pauvre guide blanc en papier glacé nommé Plan Comptable Général. Il s’agit là, j’ose l’affirmer d’une des plus grandes déceptions de ma vie.

Ce qui est drôle avec notre époque, c’est qu’elle est hypocrite et n’en a pas même conscience. Exemple : le vote à des élections récentes pour une vedette du show-business, et son élection subséquente à un poste de gouverneur dans un état des États-Unis. La réaction politique fut quasi-unanime : les américains sont des idiots, ils ont voté pour le pire. La politique est une activité trop noble pour la confier à une personne qui a pour seul mérite reconnu d’être connu grâce au cinéma. Variante snob de cette opinion : les urnes ont parlé, quelle vitalité de la démocratie américaine, mais une telle chose est impossible chez nous.

Je vois deux objections de taille : d’abord le fait d’être acteur ne veut pas dire que l’on a pas de qualités politiques. D’ailleurs quand on voit le niveau moyen des hommes politiques, on se dit qu’il s’agirait plutôt d’un avantage que de n’être pas du sérail. Imaginons une seconde que celui-ci résolve les problèmes de sa circonscription, que diront les nobles âmes insurgées ?

Je vois une autre objection plus subtile celle-là aux commentaires acerbes qui sont souvent le fait de ceux qui se veulent les rénovateurs les plus radicaux de la classe politique. Ceux-là mêmes qui sans cesse nous rebattent les oreilles qu’ils faut écouter toutes les opinions politiques, et qu’à tout prendre il vaudrait mieux renouveler tous les cadres et injecter du sang neuf dans la démocratie, plutôt que reconduire sans cesse le mandat des vieux crabes qui sont au pouvoir. En fait ils souhaitent du sang neuf, mais il faut de leur sang neuf, c’est-à-dire des gens qui partagent leurs préjugés, d’où les cris d’orfraies que l’on entend quand une personne connue réussie grâce à sa bonne image. Pensez, une personne qui rien qu’en se présentant se fait élire sur sa bonne mine, quand un penseur profond comme ils se sentent ne parvient qu’avec grand peine à se faire élire maire. Il est bien sûr inutile de songer à un poste de député !

Il y a dans ces réactions l’aveu d’un des sept pêché capitaux (seulement aujourd’hui dans une époque d’athéisme généralisé, plus personne ne les connaît pour la bonne et simple raison qu’ils ne sont plus enseignés) : je veux parler de l’envie, conforté par un autre pêché tout aussi capital : la colère. Mais actuellement les pêchés sont devenues les vertus cardinales.

Les femmes, qui sont les êtres les plus désirables du monde, me seront toujours un mystère. Pourquoi faut-il qu’elles s’entichent des spécimens les plus vils d’entre les hommes ? Cette pensée n’a que peu avoir avec les autres, néanmoins elle est écrite par un philosophe ivre, comme dirait Queneau.

Il ne faut rien avoir à leur apporter, être seulement sûr de sa supériorité qui tient dans cet axiome purement masculin : je suis supérieur parce que je suis un homme ; donc forcément ma vie à un intérêt certain. C’est à ce genre de pensée stupide que se juge la « virilité » d’un homme, telle qu’elle est définie dans les magazines de presse féminine. Je suis supérieur, et que celui qui ose contester ce fait vienne se mesurer à moi ! Bien sûr ce genre de raisonnement ne sort pas du cadre intime, car en-dehors de celui-ci tout homme agressant son semblable risque le coup de poing ; pourtant il a un effet magique sur les femmes, il prouve le courage. Mais le courage, je veux dire le courage véritable n’est de toute façon plus une valeur. La virilité consiste à casser la gueule à un pauvre bougre isolé quand on est douze, ou à pratiquer un viol collectif dans un sous-sol sur une gamine de dix ans ; mais comprendre que l’on puisse risquer sa vie pour une idée n’est plus concevable. Il faut paraître plutôt qu’être. L’extériorité n’est jamais la vérité.

On a beau jeu de dauber sur la défaite de 1940, et la collaboration qui s’ensuivit. Pourtant la société actuelle est faite en grande partie de « collabo » en puissance.

Je vois dans mes contemporains une forte propension de ceux qui préféreraient, comme la « classe 40 », se rendre plutôt que de combattre. Or en temps de guerre quand on préfère se rendre plutôt que de se battre et mourir en héros, on est un lâche qui ne mérite que la pire des infamies. Il faudrait à cette génération une vraie épreuve pour prouver dans les actes les péroraisons qu’elle clame. Pourtant je suis quasiment (pour ne pas dire absolument) sûr que l’immense ajorité se rallierait à l’opinion dominante, et trouverait des idées absolvant ses actes ; les premiers fusillés seraient les gens dans mon genre, ou ceux qui pleurent au départ des troupes françaises à Marseille en juillet 40.

Mon amour pour les corbeaux aurait dû me trahir, je possède comme eux des pieds crochus pour m’accrocher aux branches. En fait tout comme eux je suis un charognard qui se nourrit des sentiments d’autrui, et des miens. C’est pour cette raison que mes propres sentiments me permettent de tirer un philosophie générale de toutes mes pensées et de m’éloigner des sentiments humains, c’est-à-dire de prendre de la hauteur par rapport à moi-même. De ne jamais croire ce que paraissent les choses mais ce qu’elles sont. [Pensée à ne pas publier, au cas où on publierait mes pensées.]

Le grand problème des démons intérieurs est que si le fait de les connaître est aisé, pouvoir les vaincre est quasiment impossible. On se dit il faut vivre avec. Mais ce n’est pas une solution envisageable non-plus. Je suis convaincu que toute personne est la dupe de deux ou trois sentiments mensongers, de quelques rêves qui peuvent paraître anodins et qui pourtant conditionnent notre vie intérieure. Le meilleur moyen de pénétrer les recoins obscurs de l’âme de quelqu’un est de savoir ce qu’il a raté, et ce qu’il eût souhaité être.

Toute âme a sa beauté, néanmoins plus personne n’ose – par une sorte de pudeur mal placée- mettre son esprit à nu. Il est évident que cela ne peut se faire en compagnie du premier venu. Cependant en avançant masqué, en couvrant ses désespoirs, ses rêves envolés du sceau de l’infamie, on ne contribue qu’à se rendre plus malheureux encore. Ce malheur a ceci d’agréable que l’on s’y complait. Pour autant on doit pouvoir dire des choses qui paraissent indiscrètes. Il faut faire sécher le malheur comme un hareng-saur, pour qu’il n’ait plus le pouvoir d’humidifier nos yeux. Il n’y a aucun moyen plus efficace pour lutter contre ce malheur que de l’exprimer, de le narrer. Non pour s’y appesantir et se flagorner mais justement pour le faire revenir à sa juste mesure dans l’échelle des préoccupations humaines, et pouvoir l’oublier. Parler avec quelqu’un de ses petites misères a ceci de terrible que l’on se sent morveux de donner en pâture cette montagne que l’on se fait d’une petite chose presque ridicule, et que la personne à qui on en parle nous en fait ressentir le pathétique, en dépit des airs de commisération de circonstances. Tout hochement de tête nous enfonce dans notre ridicule. Je dis qu’un vrai ami doit savoir se moquer des futilités qui nous encombrent l’esprit, il doit nous dire les choses terribles que l’on ne veut pas entendre et qui ne sont que la vérité dans tout ce qu’elle peut avoir de choquant.

Miracle de la littérature, beauté du génie. Verlaine existe, et je l’ai croisé. Il a maintenant pour moi un poids, une allure, une physionomie, une odeur, une contenance. Bref il est vivant. Le miracle s’est produit chez une ladie anglaise dont le nom m’échappe, mais dont le charmant prénom est Cecilia, au cours d’une soirée où était présent Mr Wilde. Le bon Mallarmé soutenait le sublime poëte, qui trop ivre ne put lire le sixain qu’il avait écrit, préférant retourner aux joies de l’absinthe. Privilège du génie, je donnerais des empires entiers (que je ne possède d’ailleurs pas…) pour avoir écrit cette page des mémoires de Mary Watson.

Il arrive que l’auteur touche à l’ineffable sans trop que l’on sache comment. Une petite description, d’une page tout au plus, prend la couleur de la vie. La vérité de l’être y jaillit d’un coup, et vous saute à la figure comme un miracle.

Ce jour vendredi 31 octobre : veille de la Toussaint, jour d’all hallow’s eve ou d’halloween.

Je crois avoir détecté le sens profond de cette « fête » venue d’outre-atlantique : c’est une fête de tapeur. En cela elle est en adéquation avec notre temps puisqu’il s’agit d’aller raquetter les gens jusque chez eux pour les forcer à distribuer quelques sucreries, probablement dans le but de donner du travail aux dentistes.

On apprend ainsi aux gamins, dès leur plus jeune âge, à quémander. Sachant que probablement la moitié d’entre eux ne fera rien de sa vie et vivra sur le compte de l’Etat, il faut qu’ils acquièrent dès l’enfance le réflexe d’aumône. En fait ce n’est pas d’aumône, la charité étant bannie du monde moderne, mais plutôt d’un dû social. Ainsi est-il normal de frapper à la porte de tous les citoyens pour qu’ils partagent le peu qu’ils possèdent avec ceux qui possèdent autant qu’eux mais qui vont réclamer. Comme s’il n’était pas suffisamment de situations en ce bas-monde où l’on doit payer pour les fainéants ! Encore faut-il noter que par pudeur on ne les nomme plus de la sorte mais du terme, plus chic, d’ « assistés sociaux ». Et voilà comment l’on apprend aux enfants à se conduire en assistés dès le plus jeune âge. Notons aussi que l’on avance masqué dans cette fête, c’est dire si l’on assume son rôle ! Arrivé à l’âge adulte, l’enfant « halloweenisé », avancera masqué pour recevoir ses indemnités (chômage ou ASSEDIC ou RMI) et ne souhaitera pas que l’on discrédite sa personne ne faisant les gorges chaudes de sa situation.

L’autre avantage d’halloween, c’est son côté apparent d’absence de symbolique religieuse. C’est une « fête » consensuelle, qui ne risque pas de mettre le feu aux poudres, ni créer une bataille de religion (soyons sérieux, il n’existe plus dans notre époque de mœurs fades, de guerre). Soit.

Je tiens quand même à rappeler l’origine de la célébration d’halloween. D’origine païenne, et plus précisément celtique, halloween est, étymologiquement, « le jour qui précède la Toussaint » all hallow’s eve . C’est une fête, dans la liturgie celtique, de passage : elle met en communication le monde des morts et celui des vivants. Les masques, les déguisements effrayants sont là pour nous rappeler que la mort est une partie intégrante de nous même, que les morts sont parmi nous, et sert parallèlement à extérioriser la peur de la mort si commune aux religions païenne. La consolation due à la religion catholique ne viendra que plus tard. Alors que la Toussaint est une fête d’espoir dans la mort et la résurrection, halloween n’est qu’une parade burlesque, une ode ridicule aux plaisirs humains, et une crainte dans la mort.

Cette peur de la mort marque notre époque. Plus personne ne sait mourir : on cache la mort. Elle effraie. Halloween ne donne pas à réfléchir sur la mort, elle la transforme en un carnaval épisodique où seul compte le plaisir du moment.

En sacralisant halloween « fête républicaine », l’homme signe son temps. Bien souvent les actes sont des révélateurs. On se souviendra d’halloween comme d’une bacchanale euphémisée. D’une de ces fêtes expiatoire, où l’homme se cache la vérité sous le masque (encore une comparaison parlante) de l’amusement.

Plus personne ne sait mourir aujourd’hui. Les vieillards – pieusement nommés personnes âgées – ne m’inspirent qu’une pitié toute relative. Tout n’est pas de leur faute, soyons honnêtes. Ils ne sont pas responsables de la détestable habitude moderne qui consiste à se débarrasser des vieux en les laissant mourir dans des hospices ; qui peuvent-ils si l’on ne s’occupe plus d’eux ? Pourtant quand je serai vieux et en état de mourir, je ne veux à aucun prix que l’on me bourre de calmants, de drogues et que l’on me vole ma mort. Elle m’appartient. Si elle n’est que souffrance, hé bien soit, je l’accepte. Existe-t-il quelque chose de pire que de ne pas se sentir mourir ? Nous ne sommes pas des animaux. Et d’ailleurs comment prononcer une parole historique si l’on n’a pas conscience de ses actes ? Comment mourir dignement, entouré de ses proches, si on les reconnaît à peine ? Tout le problème est là : l’homme moderne ne supporte plus la souffrance, sauf à se la provoquer artificiellement. Par défi. Pour le plaisir de la performance. Parce qu’elle est voulue. On approche là du nœud gordien : il faut vouloir souffrir, il faut décider de la maladie. Il n’y a plus d’acceptation philosophique de la mort comme de quelque chose d’humain, d’éminemment humain : le retour au principe. L’homme ne croit plus en Dieu, il ne sait plus mourir.

L’homme meurt donc comme il vit : petitement ; sans ce dernier titre de gloire qu’est la souffrance, la résolution de la vie par l’expérience ultime : la mort.

J’ai lu dans Casanova un récit digne d’être rapporté. Alors que le chevalier de Seingalt se trouvait sur son lit, victime d’une indigestion et mal en point, quasiment à l’article de la mort, un de ses amis prit contact avec un médecin qui lui-même contacta un chirurgien qui décida de saigner le malade. Casanova dans un souffle se réveilla. Voyant qu’on s’apprêtait à le saigner, prononça son refus. Le chirurgien s’entêta, approchant son aiguille du bras du malade. Dans un dernier réflexe, celui-ci s’empara d’un pistolet qui était au pied de son lit, et tira un coup en direction du chirurgien qui en perdit une partie de sa perruque ; ne demandant pas son reste il s’enfuit. Le plus significatif de l’affaire, et qui prouve l’esprit du siècle, est que Casanova fut soutenu : on lui dit que s’il avait abattu le chirurgien, personne n’y aurait trouvé à redire, puisqu’il avait prononcé son refus d’être saigné.

Je donne cette anecdote à verser au dossier de l’ « euthanasie ». Combien de chirurgiens aujourd’hui se permettent de torturer de pauvres erres condamnés à vivre comme des animaux, de par leur volonté de les maintenir en vie à tout prix ? Je ne veux pas médire de la médecine moderne, néanmoins elle dépasse son cadre quand elle veut retenir à toute force une âme que Dieu avait voulu rappeler à lui.

Pour ma part j’imagine bien la scène se déroulant en ce début de XXIème siècle ! Je vois de là les cris d’orfraies des « praticiens » devant ce malade acariâtre qui refuse de se laisser soigner et qui leur file en plus un coup de revolver ! Le pauvre malade est passible, non seulement de la cour d’assise, mais en plus de l’hôpital psychiatrique. Et bien content si le gouvernement ne fait pas une loi pour interdire aux malades de tirer sur les médecins.

On s’entoure de gens pour vivre, on les nomme nos amis ; et un jour on s’aperçoit que d’autres amis nous on remplacé dans leur cœur : c’est cela que l’on nomme la fraternité humaine.

Il n’existe que trois catégories de gens dans la vie : les égoïstes, qui vivent heureux quelques soient les circonstances ; les opportunistes – la majorité des gens – qui s’accordent des circonstances ; et les saints, qui dévouent leur vie aux autres et qui sont éternellement déçus.

Les plus sages ne sont pas ceux que l’on croit et pour vivre heureux, contrairement au dicton, il ne faut pas vivre caché, mais au contraire se montrer. Les plus fanfarons, les moins attachés, les plus exubérants sont les plus heureux car ils ne connaissent de la vie que l’essentiel : la bagatelle.

Le malheur pour une âme est de ne jamais obtenir ce qu’elle souhaite, et de repousser tous les cadeaux que la vie lui fait au motif qu’ils ne sont pas dignes d’elle. C’est le motif de la presque totalité des malheurs, petits ou grands, subis par l’homme. La sagesse consiste à accepter avec philosophie les présents du destin, à vivre avec. Le fameux « connais-toi toi même » gît entièrement dans cette pensée. Celui qui se connaît ne poursuit pas des chimères, il accepte la vie comme un trésor.

Écrire sur le temps : il fuit quand on le regarde pas.

Le temps fuit quand on ne le regarde pas

Il faut savoir faire de l’esprit envers soi-même, comme on l’exerce envers les autres. C’est à ce prix que l’on ne se prend pas au sérieux, et que l’on demeure crédible.

Vingt-six lettres sont là alignées devant moi. Si je les sélectionne une par une, que je les arrange avec goût, je crée des mots. De ces mots naissent des phrases. De ces phrases une pensée. De cette pensée un texte. Si je suis doué, on m’en vante ; si je suis ballot, on m’oublie.

Le pire dans une vie d’auteur est de vouloir écrire, et de ne pas pouvoir. On s’assied à son bureau parce qu’on a ressenti la petite démangeaison. On désire… Rien ne vient. On est impuissant. Parfois c’est l’inverse ; on s’assied sans idée précise, et le flot de l’imagination nous submerge. Instant magique !

Nous vivons un tournant de la civilisation : celui d’un moment où un type de société va en remplacer un autre.

Les signes avant-coureurs d’un retour à une nouvelle féodalité sont patents mais personne n’ose les voir, ni plus grave les affronter.

La société romaine du IIème siècle ressemblait à la nôtre. D’abord elle était la plus grande puissance économique, politique, militaire du temps attirant une forte immigration des peuples voisins. On dit que c’est la pression des peuples barbares plus vindicatifs et plus agressifs qui poussa les francs, puis les alamands, puis les saxes, puis les wisigoths à franchir les limes de l’empire. Rien ne me semble plus faux. J’imagine plus volontiers que ce qui attira ces peuples fut la douceur de vivre de l’empire romain, sa société policée, ses mœurs bien plus accommodantes que celle des tribus germaniques. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Et si certains passèrent des foedus avec Rome, et devinrent des supplétifs des légions ce dut être par calcul politique.

Aujourd’hui aussi des peuplades pauvres tentent l’immigration massive vers l’Occident riche ; et d’ailleurs, si l’on pousse le parallèle, n’est-il pas significatifs que la plupart des immigrés réclament l’asile politique, c’est-à-dire que comme dix-huit siècles en arrière ils viennent chez nous, poussés de chez eux car ils y risquent prétendument leur vie ? Nos gouvernements aussi passent des foedus moderne : ils se nomment « permis de séjours » ou « regroupement familial ».

Qu’on me comprenne, mon but n’est nullement politique, il consiste à regarder l’époque d’un œil froid, scientifique si l’on veut. Il n’est pas de porter un jugement de valeur mais de raisonner par analogie, car quoiqu’on en dise les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Une fois les barbares dans l’empire, il leur fallait un signe de reconnaissance. C’est ainsi que se créèrent les premiers blasons, et les prémisses de cette admirable science qu’est l’héraldique. Or que constatons-nous : les voyous qui sèment la violence en banlieue se reconnaissent entre eux grâce à un code de couleur. Qui connaît un minimum l’héraldique sait que les motifs les plus anciens sont les plus simples ; et que les plus vieilles familles d’Europe ont un blason très simple, ce ne sont que les alliances passées ultérieurement entre elles qui en modifièrent la composition.

Les cités modernes possèdent cet avantage qu’elles sont naturellement fortifiées, non qu’elles possèdent des créneaux et des ponts-levis, mais elles enferment les gens dans un cadre limité par les murs à l’intérieur desquels il est impossible de savoir ce qu’il s’y passe. D’ailleurs la police n’a plus droit de cité à l’intérieur de certains quartiers de banlieue qui sont sous le contrôle de bandes organisés, de réseaux claniques et mafieux.

Il ne manque même pas la déliquescence de l’État pour compléter le tableau. Lentement mais sûrement les États occidentaux sombrent dans l’anarchie. Les citoyens qui en respectent les lois sont de moins en moins nombreux, mais surtout, et c’est là le nœud du problème, qui en respectent l’esprit.

Aujourd’hui comme sous la Rome impériale on se pare de mots, on croit qu’en prononçant certaines paroles, les problèmes vont s’envoler par magie. Il s’agit là de formules incantatoires sans portée, d’une faiblesse patente non à voir les problèmes, mais à les traiter.

Une autre analyse vient corroborer ce fait : l’étude de la langue. Le français est en train de subir le même sort que le latin. D’un côté une faible minorité en recherche la pureté, le défend, au premier rang desquels il faut citer l’Académie Française ; d’un autre l’immense majorité qui le martyrise avec en premier lieu les hommes politiques aidés par ceux qui devraient être les gardiens du temple : les professeurs. Quand un peuple renonce à sa langue sous les coups de boutoirs des mots étrangers et des faux sens ; quand un peuple abdique sa monnaie, cela a un nom : cela s’appelle décadence. La suite logique de la décadence est la chute.

La France est un corps politique mort.

Il manque pour compléter le tableau l’élément religieux, les romains – notamment sous Julien l’Apostat – sacrifièrent encore aux cultes païens. Il devait régner dans ce temps-là comme aujourd’hui une atmosphère de « recherche du sacré », et comme aujourd’hui les sectes foisonnaient. L’une d’elle était appelée à devenir la religion régnante : le christianisme. L’analyse, en l’état actuel, de l’état d’avancement de la déliquescence de la société n’a pas mis en évidence l’apport d’un élément religieux nouveau ; on est réduit aux conjonctures : deux possibilités s’offrent à nous :

Soit une nouvelle religion est en train de naître dans la nébuleuse des sectes, et est appelée à devenir la nouvelle religion officielle. De notre point de vue cela paraît peu certains, aucun retour du Christ n’a été signalé ou, à tout le moins n’a eu l’écho que rencontrera de manière certaine une nouvelle venue du fils de Dieu. Posons tout de même une limite : le cas où la nouvelle religion se s’inscrirait pas dans un cadre judéo-chrétien.

Ceci nous amène à envisager la seconde hypothèse : la religion musulmane est cette nouvelle religion. Plusieurs faits militent en sa faveur :

D’abord elle attire un nombre conséquent de jeunes.

Ensuite elle réussit à convertir des croyants d’autres religions (notamment catholiques) en quête de spiritualité.

De ces deux points, on peut déjà tirer la conclusion suivante, qui est que c’est une religion vivante.

Un autre élément milite ne se faveur : sa jeunesse. La religion musulmane n’a que 1400 ans, or si on compare avec la religion catholique, on se rend compte qu’au bout de 1400 ans d’existence elle dominait le monde, nous étions au Moyen-Âge, âge d’or s’il en fut pour l’Église.

C’est peut-être cette relative jeunesse qui en fera la religion de l’avenir.

Je n’ai jamais cru en l’idée selon laquelle le pire pour un rêve est qu’il se réalise ou, autre forme, que la réalisation des rêves n’entraîne que des malheurs.

Je crois qu’un rêve peut se réaliser sans qu’il en advienne des catastrophes.

Il arrive parfois que je représente ce que je déteste le plus au monde.

La vie n’est qu’un théâtre, il faut y tenir un rôle. Si l’on est malin on se compose soi même son personnage, sinon c’est la société qui le crée pour vous.

Le goût en matière d’art a changé. Jusque vers mille neuf cent, il était on ne peut plus classique. Pompier pour tout dire. On ne jure plus aujourd’hui que par l’avant-garde qui est à l’art ce que le style pompier était à la peinture du dix neuvième. « Les pompiers prennent feu » disait Degas à propos d’un tableau qui avait fait une grosse côte.

Il est arrivé aux bourgeois la même évolution. Ils sont passés du style prudhommesque au genre gauchiste. Il est désormais de bon ton de s’extasier devant la peinture abstraite, les « cultures  premières » (comme les a baptisés nôtre cher Président, le mot primitif étant par trop péjoratif.) Mais c’est toujours le même mauvais goût, les mêmes objets que l’on retrouve chez eux. Il existe une sorte d’internationale de la bourgeoisie qui leur permet de se reconnaître immédiatement.

Pareillement de l’habillement : il faut faire pauvre mais chic. Non pour appartenir à la fraternité des humbles, mais pour se raconter des histoires. Avant le rêve de tout enfant était d’être le fils caché, échangé à la naissance, d’un grand prince. Aujourd’hui il faudrait être le fils abandonné d’un brave paysan.

Il serait intéressant de faire une étude précise du calendrier, des fêtes chrétiennes, de l’influence du zodiaque. J’aimerais écrire une étude sur le sujet, où je montrerais la différence de la perception du temps chez les anciens en comparaison de notre société moderne. Le temps n’est pas une succession uniforme de secondes qui deviennent des minutes, puis des heures, puis des jours, puis des semaines, enfin des années. Non le temps s’inscrit dans la vie de l’homme, il l’enclot, la définie, l’explique. C’est de tout cela qu’il faudrait parler à nos contemporains : cela les étonnerait à coup sûr.

Nous croyons tous notre vie admirable, nous nous parons de mots drapant dans un irrépressible orgueil la vanité de nos existences chenues. Nous croyons en nous avec une naïveté tout enfantine de celui qui s’extasie devant sa propre image. Pauvres Narcisses dégénérés ! Nous nous noyons dans la contemplation de notre propre insignifiance, et fier encore de ce soi qui n’a aucune importance. Que restera-t-il une fois le temps passé ?

Disparais fantôme de mes malheurs. Pourquoi faut-il que tu t’empresses de me tourmenter dès que je suis non pas heureux, mais serein ? Tu as le secret et le pouvoir de me rendre malheureux, et dieu sait si tu en abuses ! Tu vois ces quelques mots sont ma décrépitude. Ils signent ma perte à tes yeux.

Tu as ce pouvoir mirifique, bel ange, et tu en abuses ; tu es pour moi tout ce que je recherche. Tu me presses de te voir et pourtant quand il faut se rencontrer, tu disparais. De toute ma vie je sais que l’unique joyau que j’ai approché ce fut toi, mais jamais tu ne seras ce diadème que je pourrai exhiber en disant : c’est moi qui l’ai découvert. Illusion que tout cela ! Je retourne à moi-même, c’est à dire au néant ou au grand tout, je ne sais plus. Je me croyais élu mais je ne le crois plus, ma personne est un fardeau suffisamment lourd à porter.

La condition la plus affreuse de l’homme est d’avoir atteint à la philosophie. Pour ce faire il a dû abandonner toutes les chimères que poursuivent les autres hommes mais qui donnent pourtant un sens à la vie. Il s’est dépouillé du sentiment, du goût, il a pardonné aux autres mais pas à soi-même, considérant sa faute la plus bénigne comme extrêmement grave. Il s’est adonné à l’étude passionnément et, il n’a rencontré que l’incompréhension de ses semblables quand, naïvement il leur a livré la part de vérité qu’en toute bonne fois il a découvert au prix d’années acharnées de remises en question. Tout lui donne tort en ce bas monde. Et quand enfin, il en est à cette petite parcelle de vérité, il se rend compte que pour ce rien, que d’ailleurs personne ne lui envie, il est passé à côté de sa vie.

Je ne devrais plus jamais croire en quoi que ce soit. La vie, grande dispensatrice de conseils, ne m’a finalement que trop averti de cet écueil. Mais que faire quand on a le tempérament enflammé, le cœur bouillant, l’âme élancée ? On rêve, on passe son temps à fonder ce monde meilleur où l’on s’imagine avoir une place ; on fuit cette réalité qui oppresse. Pour beaucoup la vérité est ailleurs, dans les expériences extrêmes de l’alcool ou de la drogue. Pourtant vient un temps où le paradis artificiel ne suffit plus ou, pour mieux dire, la réalité rattrape le rêve et le corrompt des soucis de la vie quotidienne. Certaines âmes ne peuvent pas vivre dans le monde moderne qui n’est finalement que leur tombeau, c’est-à-dire celui de leurs illusions. « Tu pleureras l’instant où tu pleures qui ne dure qu’un instant. » Ma vie a duré un instant, elle n’est qu’une succession fortuite d’instants de rêves qui me font voir celui que je suis réellement. Hélas passé l’instant ma vie ne m’appartient plus, elle retombe en quelque sorte dans le domaine public, elle appartient aux autres et au rôle que je m’y suis donné. L’âme n’existe plus aujourd’hui, elle n’est plus qu’une chose insignifiante comme le coeur, à laquelle on prête une attention distinguée et pédante semblable à celle que l’on a pour les vieilleries. L’art moderne demande moins une âme artiste pour être admirée que les études des grands maîtres du passé. Je crois que de mon vivant je pourrais dire « j’ai été », comme on dit d’une chose qu’elle a vécu, qu’elle n’est qu’un vague souvenir sans grande importance et sur lequel pourtant, la teinte des choses passées donne un charme indéfinissable. Je ne suis pas de mon temps, sans que j’eusse fais quelque chose de particulier pour ne pas l’être : « je ne suis pas des leurs » comme l’écrivait Aragon ; et comme lui j’aurais souhaité ajouter « j’appartiens à toi seule. »

Nous autres, les artistes, nous avons pour notre malheur une âme sensible. On ressent les instants et les sentiments d’une manière violente, et on ne peut faire autrement que d’en souffrir.

Je ne connais pas une chose qui blesse autant que l’impuissance à agir. Savoir ce qui manque, comment réussir et échouer quand même à cause de sa nature profonde, apporte pour soi le plus grand des dégoûts.

Renard disait du bonheur qu’il n’est qu’un silence du malheur. Silence plus ou moins prolongé pourrait-on ajouter. Néanmoins j’opine à l’opinion de Renard, il faut se méfier du bonheur comme de la peste. Le bonheur n’est jamais que l’apogée d’une certaine manière de vivre, d’un certain état d’esprit ; il n’a qu’une destinée possible : décliner. Ce déclin qui emporte toute la confiance en soi accumulée ; le bonheur a pour corollaire nécessaire le malheur. Le philosophe quant à lui ne peut pas même profiter du bonheur : en sachant la futilité il lui tourne les talons dès qu’il lui offre une promesse de vie meilleure. Aussi n’a-t-il du bonheur que les inconvénients, ceux qui s’attachent au déclin de l’idée de bonheur avant même d’y avoir goûté.

Le juriste de formation que je suis a une aversion prononcée pour tout ce qui n’est pas clair et sujet à interprétation. Je n’aime que la clarté que ce soit dans les actes, les paroles ou les sentiments. Le mensonge ne me gêne pas dans la mesure où il n’est pas sournois, non-dit, etc. Ce qui blesse le plus les autres n’est pas le mensonge, mais la bêtise. Quelqu’un de méchant n’est qu’un gentil qui, ayant souffert, se protège du monde, ou, autre possibilité, un être dangereux mais qui porte sur lui sa méchanceté. Les idiots qui se mêlent de mentir font bien plus de mal que ces derniers. J’ai toujours eu de la compassion pour la souffrance humaine – peut-être est-ce là un atavisme lié à mon côté chrétien ? – et les gens qui se protègent m’inspirent de la tendresse, car j’en suis moi-même incapable. Par contre les légions d’imbéciles qui répandent le mal autour d’eux comme une traînée de poudre me font horreur : car chez eux la moindre parole, le plus petit trait d’humour fait l’objet d’une déformation quasi-professionnelle pour devenir, entre leurs mains gourdes, une arme destinée à faire souffrir.

Certains jours, comme aujourd’hui, j’ai envie d’inventer de jolies petites histoires, et de les écrire bien ; j’aime me faire rêver en imaginant des vies irréelles, en donnant à réfléchir, en exposant une petite philosophie de la vie, une anecdote déroutante. Le vrai bonheur de l’écrivain est l’anecdote : la petite histoire sans importance qui reflète la vie, en fait voir le dessous, la décrypte pour les autres. La différence entre un amateur de littérature et un lecteur qui veut juste passer le temps, est tout entière résumé ici : l’un cherche à comprendre l’être humain, l’autre se divertit.

J’aime plus que tout dans la vie les âmes qui ont des aspérités. L’attraction que ressent spontanément l’honnête homme pour la crapule tient tout entière là-dedans. Tout ce qui est lisse est sans intérêt ; il faut à l’être humain des épreuves. L’initiation, tant décriée de nos jours, répondait à ce besoin. Les creux, les replis, les zones d’ombres apprennent autant sur un cœur que toutes les explications du monde ; il faut voir par delà les apparences, être sûr que la vérité ne surgit qu’au détour d’un chemin de traverse, dans le coin le plus sombre.

Il faudrait pouvoir, parfois, sombrer dans la vacuité : que penser nous devienne impossible. L’intellect, les sentiments sont la raison des malheurs de l’homme. Les animaux ne sont jamais malheureux car ils n’ont pas d’autres conscience que d’assouvir leurs instincts. La grande tristesse de l’homme, je veux dire sa tristesse métaphysique est de ne pas pouvoir s’empêcher de penser.

Peu importe qu’une chose soit vraie ou fausse : il suffit que les gens y croient.

Analyse de la science :

C’est l’ensemble des préjugés communément partagés

Évolution de la science :

L’ensemble des préjugés qui sont destinés à n’être plus communément partagés.

La science a créé le monde. Depuis que l’homme occidental ne croit plus en Dieu, il lui faut une nouvelle religion, un nouveau principe explicatif du monde. La science s’est donc vue échoir le rôle de créer le monde ; comme ce n’est pas sa destination première elle bricole. Ainsi l’on voit de plus en plus les théories scientifiques se rapprocher des connaissances traditionnelles : « au commencement était le Verbe ». Le verbe dans la vision scientifique c’est le big bang. Demandez à un scientifique spécialiste de la question se qui a précédé le big bang, effet garanti. Il n’est d’ailleurs pas anodin que ces scientifiques un peu spécialistes de questions qu’ils ne connaissent pas se nomment des cosmologues.

Ce que l’on pourrait traduire par spécialistes en cosmologie ; leur science s’appelle d’ailleurs ainsi.

Il existe diverses France aujourd’hui : la France qui fait brûler des voitures dans les cités, la France qui est suit d’un œil lointain la politique, s’abreuve de programmes télévisuels débiles en supportant l’équipe de France de football, celle des intellectuels parisiens qui ne connaît que les environs de Saint-germain etc.

J’avais du mal à comprendre cette idée de « discrimination positive », cette effusion de « politiquement correct » dans un pays qui, certes, a connu beaucoup de dissensions – parfois violentes – dans le passé mais n’en demeurait pas moins uni. Il suffit de prendre le métro dans la capitale pour tout comprendre : combien de gens parlent français ? Combien de gens lisent un journal français ?

En écrivant cela je sais déjà que l’on va me taxer de racisme, mot à la mode qui est d’une utilité redoutable pour faire taire les trublions ; mais là n’est pas mon propos. Je veux dire que le seul lien qui n’ait jamais lié les hommes entre eux se nomme  langage ; Dieu ne s’y est pas trompé en empêchant les bâtisseurs de la Tour de Babel de se comprendre. Le triomphe de la France a été de faire apprendre à des petits africains, à des petits asiatique qu’ils avaient des ancêtres blonds à longues moustaches. Personne ne se dispute s’il a un ancêtre blond à longue moustache en commun.

Qu’on me comprenne, je parle par allégorie (j’écris cela car les idiots ont tendance à tout prendre au pied de la lettre). Hélas la stupidité moderne est passée par là. L’humanitarisme de bon ton a remplacé l’hypocrisie fondatrice. Le seul danger est que tout cela a un sens, et j’ai bien peur que l’on ne s’en rende compte que trop tard.

Je viens de découvrir une nouvelle grande idée de la fonction publique, le plus grave étant que je n’arrive pas à savoir dans quel esprit malfaisant elle a germée, celle de « contractualisation » de l’action publique. Grâce à je ne sais quel groupe d’idiots on a découvert que l’Administration regroupait des services différents qui se rendaient entre eux des services qu’il fallait rendre « contractuels ». J’aimerais que l’on m’expliquât depuis quand les relations entre administrations sont gouvernées par autre chose que les rapports d’autorité ? Je suppose que le terme de « puissance publique » doit choquer nombre de chastes oreilles dans les ministères. L’Administration c’est l’État, et l’État est, avec ses citoyens, dans un seul rapport contractuel : celui du Contrat Social. Il a sa raison qui est différente de celle des particuliers et qui se nomme « raison d’État » justement. Ce schéma se suffit à lui-même. D’ailleurs quelle est la valeur d’un contrat conclu entre deux administrations ? Il me semble qu’il existe un ordre de juridiction un peu particulier et que l’on nomme « juridictions administratives » pour s’occuper des affaires où se trouve mêlée l’administration ; jusqu’à preuve du contraire cet ordre de juridiction ne reconnaît qu’un principe pour l’action administrative : celui de la légalité. Rome n’est plus dans Rome comme l’on disait au moment où l’Empire fichait le camp…

Je ne trouve plus rien de drôle à raconter, plus rien qui ne m’amuse. Le spectacle de la vie bat, pour moi, son train commun. Je voudrais posséder quelque chose de drôle sous la main, une historiette pleine de fantaisie, d’inattendu, mais rien ne se fait jour.

J’ai redécouvert Oscar Wilde, du moins ses dialogues sur l’art, ce fut une vraie révélation. Prendre les idées à l’envers, quelle trouvaille! Si on y ajoute l’endroit, on sait. Ce qu’il y a de terrible avec le génie, c’est qu’il est intemporel, la cuistrerie que dénonce ce cher Oscar au XIXème est identique à celle de Montesquieu, à celle de Dutourd, à celle de tous ceux qui dénoncent la bêtise érigée en art de penser. Il faut donc en conclure qu’il existe une certaine masse de bêtise qui traverse les siècles, contre quoi s’élèveront toujours les hommes de bonne volonté, amoureux de vérité. La question se pose de savoir si des siècles paraissent plus heureux que d’autres? Il nous semble que les périodes élitistes, c’est-à-dire aristocratiques portent en elles le sceau du bon goût. C’est l’avènement de la démocratie, doublé du progrès technique qui a ôté toute beauté au monde. L’homme s’est échiné à construire un monde plus juste, il y a si bien réussi que la crétinité a remplacé la chrétienté. Il existe un nombre incalculable de sots, de fats diplômés qui osent avoir des idées. Les idées sont le privilège des hommes supérieurs intellectuellement, pas l’apanage des ignorants. On eut du écrire au fronton des facultés « domaine gardé », réservé à l’intelligence. Qu’importe que sur trois cents étudiants deux cent soixante ne comprennent pas! L’enseignement s’adresse aux quarante qui comprennent, pas aux autres. C’est à ce prix que l’on forme des élites. Sans cela on est obligé d’adapter le savoir aux crétins, ce qui revient à transformer un met succulent en brouet infâme. Certes tout le monde ne peut payer l’addition d’une grande table, doit-on pour cela transformer le Georges V en soupe populaire? Depuis que la civilisation existe, les idiots ne font pas d’études ou peu, sachant l’essentiel, dans les hautes périodes: lire et écrire, et le monde s’en porte plutôt bien. C’est la barbarie qui détruit tout en faisant accéder les ignorants non aux « lumières » comme elle le croit, mais aux ténèbres, car le savoir mal maîtrisé conduit à l’enfer. C’est l’enseignement de l’alchimie et de l’hypothétique « pierre philosophale », symbole du savoir et donc de la puissance suprême. La chrysopée accessible à tous c’est la bombe atomique, ou le pouvoir absolu de l’homme sur l’homme; c’est la génétique ou la volonté de l’homme de se transformer en dieu créateur. Le « progrès » c’est la barbarie érigée en mode de vie. Les conceptions traditionnelles parlent volontiers de cycles de l’humanité pour exprimer cette grande idée que toute civilisation doit disparaître, mais qu’en contrepartie l’homme est appelé à la régénération. Une telle conception heurte comme on s’en doute le monde actuel. Pourtant en ne laissant pas la nature opérer sa métamorphose, l’homme se place dans une situation délicate, car la vie humaine, comme la nature, a ses saisons, qu’il faut respecter. Un homme absolu, c’est-à-dire délié du sacré n’est qu’une illusion, mais une illusion qui risque de coûter cher à cet être informe et divisé.

Le doute constitue l’essence même de la pensée. Celui qui n’est assaillit par le doute ne peut prétendre à la qualité de philosophe. Socrate, notre maître, doutait et de ce doute naissait dans la conscience de son interlocuteur une réponse sur laquelle se fondait sa certitude, ou qui l’entraînait à choisir d’autres convictions. Le vrai philosophe est en état de doute perpétuel, il se remplit du vide engendré par le doute, c’est-à-dire par le vertige que constitue l’absence de connaissance, ou plus exactement par la certitude qu’une connaissance n’est que parcellaire et contingente, liée à un contexte historique et idéal donné. Sa force est d’en mesurer la fragilité de la construction, ce qui lui permet d’affiner la connaissance de son époque en aidant à en montrer les failles. La maïeutique socratique gisait dans cette recherche de la vérité propre à chaque interlocuteur. Mettre en doute ses connaissances, fut-ce pour mieux les affermir, conduit au Savoir et permet de se détacher des savoirs en les reliant par une idée conductrice qui est autre, qui est la vérité cachée de la nature.

Le doute ainsi définit exclut la recherche purement et uniquement scientifique, il fait part à une ligne explicative du monde qui relie l’homme du réel au sacré, il est le pont qui permet à l’homme de se connaître autre; il lui permet de se rattacher à cette quête sans fin: son identité, au sens de son moi profond.

Qui sommes-nous pour juger de Dieu ?

Un détail intéressant que j’ai noté à propos de la religion catholique (qui est la seule sur laquelle on tire à boulets rouges) gît dans la pseudo-redécouverte récurrente des « évangiles apocryphes ». C’est à croire que les savants du XXIème siècle ne lisent jamais ! On vient de retrouver l’évangile de Judas, évangile apocryphe cela va de soi, du IIème siècle, et contre lequel Irénée de Lyon s’élevait déjà en son temps. Et qui furent donc, au même titre que celui de Philippe, Marie-Madeleine, ou encore des écrits de Celse éminemment connus dès la fin de l’antiquité, et au haut moyen-âge. Comme l’on s’en doute ce ne sont que cris d’extases, mouvement de sympathie envers celui qui livra le Christ : « Judas enfin réhabilité », « et si l’évangile de Judas était le bon ? » etc. Nul n’osera croire ce pauvre saint Irénée lorsqu’il tonne contre ce mouvement sectaire et gnostique des fanatiques de Judas ; nul ne se demandera pourquoi le canon ne comprend que quatre évangiles ; nul n’ira mettre en doute la connaissance apportée par ce morceau de bravoure ; nul enfin pour prendre la défense du Christ : « Judas avait agi sur son ordre » (sic). Encore une fois je me pose la question de savoir en quoi un athée du début du XXIème siècle et plus qualifié pour parler de religion catholique qu’un évêque du IVème siècle, saint par surcroît ? Mais nul ne se posera la question.

J’ai fait une découverte récemment : c’est que l’amour n’est qu’un leurre. La plus grande des vanités, et la mieux partagée par les êtres humains, est de croire que les autres vous aiment à cause de ce que vous êtes. En fait, ce qu’on aime chez les gens est ce qu’on devrait y exécrer : les vanités mal placées, les égoïsmes, l’absence de sensibilité, l’indifférence… Pour peu que quelqu’un ose parler à l’âme, s’intéresse à ce qui est caché, bref aime (comme on disait du Christ qu’il aimait) il est incompris. Notre société ne connaît que l’apparence, et si elle se refuse à juger sur celle-ci les choses qui devraient l’être (elle ne sait plus ce secret que les yeux sont le miroir de l’âme), elle en abuse pour lui faire dire ce qu’elles ne comportent pas. Elle n’y voit que ce qu’il y a de plus superficiel : ainsi glorifie-t-elle le corps, et la beauté physique comme idéal.

Une âme perdue dans un corps est infiniment plus malheureuse qu’un corps supportant une âme.

Il ne restera du monde moderne qu’une seule chose : de la niaiserie. Tout le monde croit en son intelligence, son originalité, sa beauté propre ; et s’il est indéniable que le niveau moyen de l’intelligence est plus élevé dans la société contemporaine qu’il ne l’a jamais été. Mais c’est comme si chaque époque possédait une quantité égale d’intelligence à répartir entre les gens, et si la nôtre possède un grand nombre d’intelligences moyennes : il n’en est point de supérieure.

Cruelle expérience que d’être un homme supérieur : on écrit ce qu’on ressent avant qu’on ne l’éprouve.

Le fatalisme contre lequel s’élevait Alain est bien la pire des déviations de l’âme.

Je pense de la vie comme Cioran : il faut la subir pendant un nombre d’années assez long, jusqu’à ce qu’on ait le droit de mourir.

Paris est une ville marquée par ses origines spécialement au point de vue intellectuel : ce fut la plus grande université de théologie d’Europe. Cela est si vrai que dans chaque parisien il y a un côté théologien ; il leur faut tout expliquer à partir d’un mode de raisonnement unique. N’ayant plus de religion, ils se sont rabattus sur ce culte pour athée qu’est la croyance en les droits de l’homme.

L’égalité des sexes a aboutit à ceci : qu’il n’y a plus de femmes. Toutes les femmes ont un côté si masculin que ça en devient désespérant. Dans tous les domaines elles se sentent obligés d’agir en homme, c’est-à-dire en faisant passer la force avant les sentiments. Or les femmes ne sont pas des êtres de force mais de sensibilité. Ce qui fausse tout c’est qu’elles croient en retirer un bénéfice, mais elles se leurrent : la seule chose qui ait changé c’est qu’il existe un malheur généralisé car les hommes et les femmes ne peuvent, ni ne souhaitent plus vivre ensemble. A la première difficulté, ils se séparent croyant trouver dans la nouveauté un expédient facile au malheur. L’amour est devenu le nouvel opium des peuples.

La raison profonde du développement de l’homosexualité réside dans le fait que les hommes ne comprennent plus les femmes ; et je suis persuadé que la majorité des pédés (mot tabou de nos jours) ne le sont que parce qu’il ne savent plus comment se faire aimer des femmes.

La religion catholique est bien la seule avec laquelle on ose encore se permettre la satire. L’affaire des caricatures musulmanes donnera un aperçu de la déchéance de l’Occident aux générations futures qui jugeront, j’espère, de manière sévère notre pusillanimité. Diable, il me semble que dans une époque pas si reculée que cela, brûler une ambassade eut conduit à un ultimatum, voire à une guerre. Mais nous sommes « civilisés », « adultes », « intelligents » donc faibles. Car c’est bien un travers moderne que de raisonner selon quoi l’intelligence mène à la faiblesse. Autrefois, dans un temps merveilleux où l’Europe régnait encore sur le monde, les trois quarts de la planète parlaient français, anglais ou espagnol, et il eut paru du dernier des grotesques de laisser brûler une ambassade. Les gens qui étaient au pouvoir se savaient intelligents, et l’étaient suffisamment pour s’imaginer que leurs lumières (héritées des plus grands siècles de culture) pouvaient illuminer le monde. Quelle décrépitude ! On en est bien au « siècle des lumières éteintes » comme le dit justement Dutourd.

Hétérosexuel, homosexuel, asexuel… Quand donc l’homme moderne cessera-t-il de s’occuper uniquement de son derrière ? Jamais il ne lui viendra à l’idée qu’il s’agit-là du fonds de sa tristesse, je veux dire de la tristesse de son âme.

La philosophie profonde, et les implications métaphysiques de la grippe aviaire est que la nature se venge de l’homme. Après avoir rêvé de voler comme un oiseau, voici que l’homme est acculé à en avoir peur, il lui est impossible de les toucher sous peine de mort ! Il me revient une anecdote en mémoire : quand j’étais enfant, j’avais récupéré un oiseau blessé (il était tout étourdi et s’était probablement brisé l’aile), je le ramenais chez moi, où ma mère le soigna. Il disparut bientôt après. Je me souviens de ce que la scène se passait au mois de mai ou juin, et que je ramenais chez moi le malheureux oiseau, tout en conduisant mon vélo d’une main. Pauvres enfants modernes ! Une telle scène pourrait les conduire au tombeau.

Moralité du GHB : les incubes existent

Le stoïcisme est l’état de l’homme qui ne souhaite, ni ne désire plus rien.

Avec deux sous de bon sens, tout homme est Cassandre dans le monde moderne.

J’ai remarqué que les gens les plus intelligents, les plus subtils sont comme paralysés sur certains sujets : on dirait que toute leur finesse intellectuelle s’envole devant l’affectif. C’est troublant de voir à quel point la passion l’emporte sur la raison dans ces cas-là ; j’imagine qu’il est certains sujets trop pleins d’émotions pour que l’on puisse y raisonner dessus.

La charité n’est plus un devoir ; la bonté n’est plus : voilà ce que m’inspire la société moderne. Le beau mot que charité ! Charité vient du latin caritas qui signifia d’abord cherté puis cœur. Je crois que l’un et l’autre ne sont pas incompatible : la charité c’est la cherté, c’est-à-dire le prix élevé que l’on met à la réalisation d’une action louable ; j’entends cherté par rapport à ce qu’il en coûte à l’âme. Mais c’est aussi le cœur (centre de l’intelligence selon Aristote) c’est-à-dire, là encore, le mouvement premier de l’amour du prochain contre la réflexion qui commande de s’en désintéresser. La charité c’est la manifestation première de l’essence, de l’étincelle divine en l’homme, et c’est qui nous différencie des animaux, n’en déplaise aux scientifiques.

La seule chose qui puisse sauver l’homme du monde moderne, c’est l’âme.

Les gens sont des miroirs qui nous renvoient une image de nous-même ; par chance la plupart du temps cette image varie d’une personne à une autre, selon qu’elle nous renvoie une image concave ou convexe, voire non déformée. C’est ce qui nous permet de nous construire et d’exister : on peut ainsi passer sa vie à se mentir grâce au reflet des autres, ce qui est le cas de la plupart des gens.

Analyse de l’homme véridique : « je passe ma vie à avaler des couleuvres, à tel point que j’ai oublié que ça avait un goût infâme ; mais parfois il arrive, soit qu’elle soit plus grosse, soit que je ne puisse cacher mon dégoût, que je fasse la grimace en l’avalant ».

Variante :

- Vous ne mangez pas ?

- Je n’ai pas très faim…Et le menu est assez peu ragoûtant.

- Vous m’excuserez mais ce sont là des couleuvres de première qualité ; honnêtement j’en avalerais deux-trois, s’il ne m’était pas interdit d’en avaler : voilà un plat que je trouverais succulent…

- Vous savez parfois on se lasse du goût des choses et on se dit qu’on mérite d’en connaître d’autres.

- Écoutez mon cher je ne vous comprends pas : voici d’excellentes couleuvres d’un diamètre énorme, et vous jouez les dégoûtés. Vraiment il y a de quoi frémir !

- Il ne vous ait jamais arrivé de vous dire que je détestais les couleuvres autant que vous, mais que comme il fallait quelqu’un pour les avaler je le faisais pour vous éviter cette corvée ?

- Non pas le moins du monde, et d’ailleurs votre conversation est assommante : terminez cette couleuvre et que l’on parle d’autre chose.

- Vous avez raison : on n’échappe pas à son destin : miam, miam…

Il faut que je m’éloigne de tout ce qui me fait souffrir, c’est-à-dire essentiellement de toi.

Faire son devoir est une activité très noble car il est peu de choses aussi belle que de rendre des services désintéressés à ceux qui en ont besoin, et d’ailleurs il est moral d’être présent pour les gens qu’on aime dans les moments difficiles : ce qui semble être une assez bonne définition de l’amitié. Toutefois c’est aussi quelque chose de dégoûtant à faire à la longue si l’on est jamais récompensé. Une récompense c’est un sourire, une attention, une place particulière dans le cœur de ceux qu’on aime. Il semble que la contrepartie de la charité dans la plupart des esprits est ce sentiment qu’on oblige ; mais je me rends compte que peu de gens aiment avoir des dettes, y compris en amitié, que de toute façon ils en négligent le prix et, au rebours, les rabaissent exactement comme un spéculateur jouerait des actions à la baisse. Ce qui est encore plus cruel est que l’éloignement entraîne l’oubli des dévouements. Avoir donné à quelqu’un qui était dans la peine, c’est finalement ne lui rappeler que des mauvais souvenirs à chaque rencontre, et peu de gens aiment à se souvenir des époques douloureuses de leur vie et de tout ce qui s’y rattache ; tout est agrégé dans la mauvaise période, le bienfaiteur comme le malfaiteur, et peu s’en faut que tout ne recouvre une même réalité qu’il faut effacer à tout prix. On ne dit merci que quand on y est obligé.

Nous vivons l’époque de Narcisse, et de tous les verres d’eaux où l’homme moderne se noie, celui de sa propre contemplation est le plus répandu.

Pourquoi la majorité des gens préfèrent leurs chimères, qui ne les conduisent généralement qu’à des catastrophe, à leur tranquillité, c’est-à-dire à leur bonheur ? Je suppose qu’il en va ainsi depuis toujours et que les passions sont le moteur de la vie; néanmoins notre monde se distingue en ceci que plus personne ne souhaite faire d’efforts. Il faut à l’homme moderne le bonheur immédiat, sans efforts, sans soucis, sans réflexion et rares sont ceux qui considèrent la patience comme une vertu cardinale. D’où l’attrait pour les passions qui représentent la facilité à l’état pur.

Il est cruel de savoir que tous les dévouements ne sont jamais payés qu’en monnaie de singe: même l’éloignement ne fait jamais regretter les personnes qui ont donné jusqu’à leur âme, qui se sont jetées au feu pour sauver ce qui pouvait l’être de l’essence des personnes qu’ils aiment. Au bout d’un moment, leurs cicatrices mêmes deviennent hideuses à ceux-là mêmes pour qui elles ont été données.

Ne jamais vouloir que ce que les gens peuvent vous donner est la meilleure définition du bonheur; mais elle est tellement dure à tenir que même un saint ne le pourrait.

Un jour le monde saura qui j’étais, et j’espère que ce jour-là, depuis mon petit nuage, je ferais rougir ceux-là même qui aujourd’hui me prennent pour un imbécile ou un fanfaron.

Nous vivons dans un monde abruti par les préjugés. Tout est soumis à caution: la grandeur d’âme est suspecte, même l’ambition ne recueille que l’opprobre. Il est vrai que pour les ratés l’ambition est incompréhensible, elle est hors de leur portée. J’appelle de mes vœux une nouvelle variété d’hommes qui auront les mêmes valeurs que les hommes du passé; et pour qui l’honneur, la volonté et la vertu seront au-dessus des jérémiades avec lesquelles les ratés oppriment le monde. Il faut absolument n’être rien pour avoir droit au chapitre désormais. Jadis un grand seigneur avait du sang sur les mains: il s’était taillé son domaine en affrontant d’autres hommes, en les tuant ou au moins en étant plus malin qu’eux. La démocratie, ou plutôt l’idiocratie, issue de la précédente guerre, et imposée par les américains, a fait du raté, du débile, de l’idiot la fine fleur de la civilisation. L’intelligence se doit une revanche sur la bêtise.

J’aurais aimé aimer. Mais pour aimer il faut s’aimer. Il ne me reste que ces « mais ».

On n’en finira jamais avec la bêtise, et cela est sain, car finalement si tout le monde était fin, je n’aurais plus rien à dire.

Un jours une de ces chers anges m’a regardé droit dans les yeux et dit que j’étais un imbécile de romantique et que je valais mieux que ça. Cette phrase m’a d’abord frappé : on ne saurais guère dire à quelqu’un que c’est un homme qui vaut mieux que ça sans le remuer. Toutefois quand j’ai compris la définition de celui qui vaut « mieux que ça » j’en ai été effrayé. Cela signifiait que j’avais la capacité de ne m’intéresser qu’à moi-même, et que je pourrais à peu d’effort devenir un semblable de mes contemporains, c’est-à-dire devenir un modèle d’égoïsme.

J’aime une certaine femme de tout mon cœur, mais que signifie tout cela ? Un espoir sans cesse déçu ? Quel est l’intérêt ? Pourquoi est-on toujours hémiplégique des sentiments ?

Cette femme a pris une telle place dans mon cœur que je suis à nouveau perdu.

Elle a tout pour elle… même mon amour.

Après la visite du musée du Moyen Age à Paris, une femme exquise m’a dit, tout de go, « c’était rempli de Jésus dorés ». Seule une femme pouvait résumer de manière aussi concise la vérité essentielle du Moyen Age.

Si la pythie avait encore un temple, on pourrait lui graver sur le fronton, aux côtés du fameux « connais-toi, toi-même », la maxime suivante qui en serait le juste corollaire pour notre époque : « Ne fais pas semblant ».

Pourquoi est-ce que la vie se ressemble et se répète sans cesse ?

Je crains qu’à cinq ans on est déjà entendu tout ce qu’on vous dira toute notre vie durant ; et, somme toute, le reste de l’existence consiste à essayer de se donner un autre masque.

L’âge nous fait devenir fataliste ; et de toute façon on n’échappe pas à son être. Pour le meilleur et pour le pire.

L’Amérique est un lieu effrayant. Elle est devenue le nouveau tyran du monde, mais un tyran comme on les aime : faussement débonnaire. Du tandem Angleterre-Etats-Unis, on pourrait s’écrier comme Chateaubriand que c’est le crime qui s’appuie sur le vice. Mais le vice attire l’homme moderne, à tel point qu’il arrive à faire passer le crime pour quelque chose de moral pour peu que l’on tue le plus faible et qu’on le fasse passer pour un ennemi. Il faut toujours en revenir au visionnaire Tocqueville qui avait prédit ce que serait le nouveau despotisme, celui qui corrompt les volontés au lieu de les supprimer. Sachant que l’hédonisme est la qualité première du consommateur, et qu’il est plus simple d’endormir les consciences que de s’y opposer franchement, le nouveau despotisme endort avec le chloroforme de la consommation et du travail toute velléité de révolte dans l’homme. Pour penser il faut n’avoir rien à faire. En occupant continuellement les gens (y compris par les vacances forcés et les voyages à l’étranger), on les empêche de se poser des questions et donc de remettre la société en question. On ne fait pas la révolution la tête vide, même si l’on a le ventre plein.

Qui oserait aujourd’hui mettre en cause un gouvernement ? Sachant que la démocratie est le moins mauvais des systèmes (ce qui est une absurdité politique), il ne faut surtout plus croire au cynisme des gouvernants. La raison d’Etat ? Les secrets ? Les guerres économiques ? Tout cela n’existe plus ! Balivernes ! Les gouvernements sont tous des alliés en Occident et ils partagent les mêmes valeurs !

Et n’essayez surtout pas de glisser là-dessus qu’ils ne partagent pas le pétrole ou le gaz naturel ce qui est la cause des deux récentes guerres de domination économique menée par les Etats-Unis. Combien seraient capable de comprendre que les attentats du 11 septembre sont l’acte de cynisme absolu d’un gouvernement corrompu qui agit contre ses propres concitoyens ?

L’amour ne peut pas être compris dans notre société : celui qui aime passe son temps à donner à des gens, qui ne savent pas ce que c’est que le cœur et qui n’ont pas d’âme. La démocratie c’est le règne de Satan et des pêchés capitaux.

Comment un écrivain moderne peut-il penser le héros dans notre monde ? Cela semble lui être devenu impossible. Le héros est un personnage mi-réel mi-fictif qui présente une ressemblance avec des gens qui vivent mais dont il accentue les traits, il en constitue une caricature jusqu’à l’excès.

Pour cela il faut que l’époque présente une certaine vertu, un certain état d’esprit. Le héros médiéval est un chevalier en quête de l’amour physique et mystique. Sa princesse est à la fois la femme, dans tout ce qu’elle a de plus beau et mystérieux, et Dieu. L’épopée est vécue comme un chemin vers la libération de l’âme.

Le héros du XIXème, lui, est un personnage qui ne vit pas dans sa caste. Il est le déraciné par excellence : il est né dans un milieu qui n’est pas le sien et se bat sans relâche contre la société. En cela les héros Balzacien, Stendhalien ou Zolaien différent peu.

Encore le héros de Montherlant représente une forme de force morale. Il est humain et atteint par le monde extérieur, il porte en lui une vertu propre qui le rend agréable.

Les générations suivantes n’auront plus rien. Le héros n’existe plus. On découvre dans les livres au mieux un héroïnomane ou un cancéreux qui lutte contre une maladie, mais qui n’utilise jamais le destin pour mener à bien une action louable. La modernité a tué la vertu. Plus une action digne, plus une exclamation de gloire face au monde ; seul subsiste le reniement perpétuel de ce qui fait la grandeur de l’homme : l’âme. Je n’ai pas lu un roman contemporain où j’ai souhaité m’identifier à un des caractères dominants (je ne parle pas de héros). L’homme est gangrené par le progrès, par la médecine, par le science, par la morale : il lui est impossible de s’extirper de la société et de sa chape de plomb. Il n’a plus d’indépendance pour reprendre le mot de Dumas, et ses libertés ne sont qu’apparences. Plus personne n’a ce petit soupçon que le héros c’est moi, que c’est chacun d’entre nous, que c’est celui qui préfère prendre parti pour son âme et pour ce qu’il pense plutôt que pour la morale dominante ; tous croyant naïvement que la société a raison et qu’elle ne peut prodiguer que des bienfaits. Le confort douillet, et le conformisme de la pensée unique ont tué l’homme. Il est devenu fade et sans intérêts même à ses propres yeux, choisissant de s’endormir dans ses rêves de réussite médiocre et d’égoïsme forcené. Le héros n’est dès lors plus nécessaire, il est même superfétatoire : qu’importe qu’il propose une voie de la renonciation et du dépassement contre la mollesse et la tiédeur assoupissante de la société. Il faut à l’homme moderne des pauvres gens qui meurent de vivre, parce que vivre est dangereux ; un de ces automates que la main froide de la mort vient cueillir alors qu’il n’avait rien demandé, d’une mort en somme qui ne prouve rien sinon l’inéluctabilité des choses.

Le héros au rebours prouve qu’il existe quelque chose de supérieur au confort qui est ce qu’on nomme l’énergie vitale. Ce souffle tantôt divin, tantôt démoniaque qui pousse l’homme à sortir de chez lui et à courir le monde à la recherche d’une aventure, d’un dragon à occire ou d’une princesse à délivrer (ou à aimer) plutôt que de se vautrer dans le plaisir douillet d’une vie morne et monotone. C’est dans ces moments-là que l’homme est humain, c’est dans ces moments de dépassement qu’il montre un exemple à ses semblables, bref qu’il est un héros. Mais existe-t-il seulement un romancier actuel capable de le mettre en musique ?

Il est absolument de détruire l’idée sur laquelle repose le capitalisme : celle du libéralisme qui se veut la quintessence de la société. Cette idée n’ayant plus de contrepoids, elle est devenue l’idée du moindre mal (pour reprendre Michéa), elle n’a plus non plus de contradicteurs, ou seulement ceux que la société disqualifie. Il est urgent de se pencher sur l’idée même de société, et la réhabiliter dans ce qu’elle a de plus profond. La société c’est vivre ensemble, partager une communauté d’idées et de sentiments, et non pas seulement pourvoir consommer de la même manière partout dans le monde. Mais derrière se profilent tous les spectres du libéralisme : car qui dit communauté d’idées et de sentiment est sur la dangereuse pente du patriotisme…

Le monde est désormais anglo-saxon et en a pris le vice constitutif : la mentalité de colonisé.

Il existe une nouvelle idée moderne, passée de gauche à droite, comme la plupart des idées : celle de fin de l’histoire. Pour les marxistes la fin de l’histoire est l’avènement du communisme mondial et la fin du capitalisme. Cette idée a fait long feu, mais elle n’en pas moins reprise par les tenants du libéralisme actuel : la fin de l’histoire c’est celle du capitalisme étendu à la planète entière. De là toutes les rodomontades des défaitistes de tous bords : toutes les idéologies étant disqualifiées il faut choisir le moins pire des systèmes. D’où le capitalisme libéral et arrogant qui nous entoure.

Seule l’âme pourra sauver l’homme.

J’ai découvert J. Ellul : personnage sympathique et intéressant. Néanmoins depuis que j’ai acquis la conviction que la nouvelle frontière politique entre « droite » et « gauche », pour reprendre des termes compréhensibles, ne se situe plus entre la « droite » et le « gauche » parlementaires, mais entre les tenants de l’idéologie libérale et les autres, il me semble que ses analyses sont datées. Dans le fond je pense comme lui : tout le monde est à « gauche », se préoccupe du peuple, croit en la marche de l’histoire etc. Mais tout le monde aujourd’hui, de droite à gauche – et Ellul n’a pas vu cela – partage la même philosophie politique : celle du libéralisme.

C’est drôle comme chaque fois que je parle du peuple, tout le monde me prend pour un faux-cul : la plupart des niais qui composent la classe moyenne, que je fréquente, pensent que le peuple raisonne comme eux, représentants officiels du libéralisme (de droite ou de gauche) petit-bourgeois, et ne se rendent pas compte, qu’au contraire, il s’exprime par ma voix : moi le catholique issu du peuple, né dans une famille de droite et devenu gauchiste forcené par la force des choses. Le fossé qui les sépare du peuple est immense et profond. Ils ne pourront jamais le connaître, ni le comprendre car ils n’en font pas partie. Moi qui y suis né, je sais que le peuple est à la fois fondamentalement bête, il suit toujours l’opinion de la majorité, mais extrêmement perspicace et intelligent sur un certain nombre de sujets. Je n’intellectualise nullement leurs positions quand je constate que si la majorité du peuple à voté Le Pen en 2002, ou si le référendum sur la Constitution européenne a été rejeté, c’est parce qu’il sent que le clivage droite-gauche est dépassé et qu’il pressent que ce qu’on leur vend – une Europe libérale –, à la solde du marché, ne va pas dans le sens de leur intérêt. Le salut viendra du peuple écrit Orwell dans 1984. En quoi il a raison : du peuple ou de l’aristocratie, ce qui est la même chose, mais pas de la bourgeoisie, ou des « classes moyennes » (si l’on veut parler politiquement correct).

Description de deux moments de bonheurs :

Dimanche dernier – mi-avril – je suis en terrasse avec un de mes meilleurs amis au soleil qui commence, à cette période, à nous réchauffer doucement, et nous buvons une bière bien fraîche. Comme c’est la quatrième ou la cinquième, nous commençons à en sentir les effets. Nous discutons de tout et de rien.

Hier soir, dîner dans Paris, il fait doux, la fenêtre est ouverte, je discute avec deux femmes sublimes (par leur beauté et leur intelligence). Je jette un coup d’œil par la fenêtre : au-dessus d’un toit typiquement parisien, un croissant de Lune. Il ne manque qu’un chat sur la corniche. Je leur dis de s’approcher, me voici en train de contempler ce tableau si typique entre elles deux.

Paris est vraiment la ville de tous les types d’Amour !

Les médias du système capitaliste ressemblent de plus en plus aux médias des régimes totalitaires : le système ne fonctionne plus, qu’importe ! On trouvera et désignera à la vindicte populaire le mauvais sujet qui est responsable de la crise : c’est le cas du J. Kerviel par exemple. Il est à lui seul responsable de la crise des subprimes. C’est plus que le lampiste d’antan : c’est le bouc émissaire, celui que l’on charge à intervalle régulier de l’ensemble des pêchés de la société et qui fait que le système n’est jamais inquiété.

Je crois que le sens exact du mot « liberté » est le mot « combat ». La liberté ne se gagne, et plus important, ne se soutient que les armes à la main. Les armes peuvent être physiques (comme durant la première guerre mondiale) ou intellectuelles. J’ai remarqué de longue date que ceux qui avaient abdiqués sur le chapitre du combat intellectuel permanent contre le pouvoir avaient perdu toute forme de liberté. Pour eux la liberté se limite à l’adage juridique selon quoi c’est ce que les lois permettent de faire. Ainsi la liberté se limite à ne pas faire de bruits le samedi soir ou à choisir entre les diverses possibilités qu’offre vôtre bourse. Seuls les gens courageux sont libres. Seuls ceux qui peuvent répondre à la question : pourquoi m’impose-t-on cela ? Ou pourquoi me demande-t-on d’approuver telle décision absurde? sont véritablement libres. Il s’ensuit que défendre la liberté actuellement revient à défendre le droit des gens à vivre. Défendre la liberté c’est défendre les sans quelques chose (abri, papiers etc.) Notre société en est arrivée à ce paradoxe qu’elle a détruit tout type d’idée politique chez la masse. Plus personne n’ose aujourd’hui parler de peuple, de masse, d’ouvriers. Ces mots sont bannis de la nouvelle novlangue. La victoire du libéralisme est d’avoir vaincu les aspirations les plus fondamentales de l’homme et de l’avoir transformé en un consommateur idiot. Nous devons faire preuve d’intolérance contre ceux qui ne veulent pas se battre. Il faut les forcer à sortir d’eux-mêmes et à se rendre compte qu’il en va de leur survie d’homme libre.

Il faut être résolument anti-libéral. Je dirais que c’est ce qui devrait constituer la refondation de tout type de réflexion sur le monde et la politique. Nous devons nous déclarer anti-libéral aussi bien sur le plan économique (cela va de soi) que sur celui du libéralisme moral et intellectuel. Ce second mode de fonctionnement très prisé par la gauche n’est pas moins dangereux que le premier.

Il faut être anti-libéral en tout (économie et mœurs) : le libéralisme est la pire des formes de perversion intellectuelle. D’ailleurs tous les auteurs libéraux sont des sots sans intérêts et sans talent : qu’il s’agisse de De Staël, Constant ou d’Adam Smith.

La peur est le véritable guide de notre monde. L’homme moderne est comme l’esclave de Hegel: il a tremblé devant la mort. Avec de tels hommes la démocratie est impossible.

On trouve chez Castoriadis, cette idée, à la fois banale et totalement neuve qui est que la démocratie c’est la société des égaux. Il faut se reconnaitre entre gens égaux pour pouvoir partager le pouvoir et prétendre à ce que sa voix soit entendue. Aucune société au monde ne donne le pouvoir à des esclaves. En ce sens la nuit du 4 août est remarquable : elle signe la victoire du peuple qui est reconnu par la noblesse comme son égale. C’est la vraie victoire de la révolution. Cette idée Grecque, on la retrouve en droite ligne dans le contrat social de Rousseau.

La consommation est un de ces lieux communs sur lesquels on ne réfléchit jamais assez. Je ne sais pas quel est le but de l’homme moderne, mais je le plains s’il croit que gagner de l’argent – pour ensuite le dépenser – l’entraînera dans un quelconque bonheur. Ce que me paraît le moins digne d’intérêt dans la bourgeoisie, c’est sa fadeur. Son argent, qu’elle dépense aussitôt que gagné, ne lui sert qu’à se construire une maison de fourmi. Elle partage sa vie avec les autres fourmis et se plaint quand une catastrophe naturelle vient détruire son immonde fourmilière. On en trouve plus guère de cigales dans le monde et c’est bien dommage, car les cigales apportent de la joie aux fourmis qui sont bien trop heureuse de les obliger contre un peu de nourriture. La philosophie profonde de la fable de la cigale et la fourmi est que les fourmis sont des animaux tristes et fascistes qui n’intéressent pas les cigales.

Sera-t-il un jour possible que l’homme qui fait son devoir soit enfin reconnu et loué ? Faire son devoir n’apporte que des inconvénients et ne procure strictement aucun avantage. Il en est ainsi des actes gratuits dans un monde où tout est à vendre.

Ce qui est curieux, c’est cette vision qu’ont les gens de la vie en société. Il ne leur arrive plus de se dire que l’on fait des choses, non par plaisir, mais parce qu’on y est contraint et forcé. Comme il n’y a plus de responsabilité nulle part, tout le monde croit que l’on ne doit faire que des choses qui nous agréent. Hélas pour eux, ils restent quelques hommes de l’ancien temps qui considèrent qu’il est de leur devoir de remédier à une situation catastrophique dans laquelle ils se sont mis. Ils n’agissent pas par intérêt mais par droiture, compassion ou pitié, mots qu’il est interdit d’utiliser aujourd’hui.

Le devoir est synonyme de l’âme, ou plutôt l’âme contraint au devoir et à celui qui est le plus dur de tous : la contradiction.

La plupart des gens ne retiennent jamais rien des épreuves (petites ou grandes) qu’ils traversent : c’est ce qui les rend sans cesse malheureux.

Qu’est-ce que le courage ? Un homme qui sait qu’il va se faire casser la figure par trois malfrats manque-t-il de courage s’il fuit ? Le même homme appelant la police parce qu’il voit ces mêmes malfrats attaquer une femme, et qui n’ose pas intervenir, manque-t-il de courage ? Enfin ce même homme s’interposant mollement, du fait de sa peur, fait-il preuve de courage ?

La vie ressemble parfois à un « bal des casse-couilles ».

L’époque actuelle est marquée fortement par un courant anglo-saxon dit de « storytelling ». En langue française on dirait plutôt des « bobards » ou, si l’on est plus policé « des contes à dormir debout ». L’idée géniale des « conteurs d’histoires » est que tout le monde porte une histoire et qu’il appartient à chacun de se raconter, d’étaler à tout bout de champ son vague à l’âme. Il existe toutefois une partie plus profonde, plus subtile et plus pernicieuse, c’est que ces fables tiennent le peuple sous leur coupe. Pendant que l’on s’interroge sur les causes « mystérieuses » de la mort d’une vedette (décédée d’une crise cardiaque), et que l’on raconte sa vie édifiante, comme on l’aurait fait pour celle d’un saint au Moyen-Age, on évite de se poser des questions sur la marche du monde. Le but ultime de ces fables est que chacun peut devenir quelqu’un d’important pour peu qu’il s’en donne la peine. Ce genre de fables, au sens étymologique du mot, est pourtant faux: ces gens-là ne sont que le produit d’une loterie publicitaire par laquelle on tire au sort un quidam que l’on bombarde prince des « paillettes ». Il ne faut, pour y réussir, guère de talent mais un peu de chance. Un jour on s’apercevra de la somme de nullité artistique ou dite « artistique » de notre époque, et le réveil sera alors douloureux.

Les élections ne sont qu’une version moderne de la loterie: une loterie démocratique qui a autant de chance de porter au pouvoir un aigle qu’un clochard n’a de chance gagner au loto.

Nous avons développé des puissants somnifères et nous ne vivons plus qu’endormi et abruti par des calmants pour ne plus voir la réalité. De là notre goût pour ce qu’on nomme « art » et qui a autant de rapport avec le génie humain qu’une d’huître n’en a avec un cerveau humain.

Nous devons tuer la technologie, la tuer n’importe comment: par un complot de sénateur comme pour César, par un acte de folie comme pour Henri IV, par n’importe quoi mais il faut tuer cette folle. Et tant pis si nos contemporains nous condamnent. La technologie est un jouet, le peuple un enfant et il appartient aux grandes personnes de priver les enfants de jouets qui font trop de bruit et cassent les oreilles. L’univers nous en sera reconnaissant.

La grande question à laquelle doit répondre l’homme contemporain est la suivante: dois-je fuir totalement la « société » (ce que ses contemporains nomment comme tel en tout cas) ou dois-je en prendre mon parti et ne choisir que les aspects qui m’intéressent en évitant, voire en niant les autres. L’immense majorité (de ceux qui se sont posés la question) a choisi la deuxième solution : on voit où cela nous mène…

A ceux qui pensent que l’écologie n’est qu’une farce et que les pseudo-peurs sont créées pour nous tenir sous contrôle, je leur demande de s’interroger s’ils souhaitent vraiment continuer à vivre dans le monde aussi laid et inhumain qu’est le nôtre ?

La politique moderne est devenu insupportable, et les seuls vrais démocrates sont ceux qui s’abstiennent de voter. Tant que durera cette mascarade, il est recommandé de ne pas se rendre aux urnes.

Je viens de découvrir les blogs: fantastique évolution de la société! Combien de niaiseries peuvent être débitées et rassemblées par une seule personne. Je n’y vois qu’une expression supplémentaire du narcissisme forcené de mes contemporains qui se sentent obligés d’étaler leur inculture à longueur de journée.

Ce matin, le journal annonce que l’électricité augmente. Hier c’était la création d’une « taxe carbone ». Le ministre de l’Économie nous dit que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, chiffres à l’appui, alors que la crise économique bat son plein. Je repense à cette phrase de Guy Debord dans In girum… parlant des prolétaires : « ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles ».

La télévision c’est Maître Pangloss qui aurait vécu à l’heure d’Adam Smith et non de Liebnitz, mais le discours reste le même: « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

J’aime l’intransigeance et l’intolérance de Debord. Ce qui est drôle c’est que lorsque l’on est intelligent, que l’on a du goût et que l’on a également de la jugeote, on n’a pas le droit de dire aux gens qu’ils sont bêtes. Partout dans notre société on encense la performance, la supériorité (dans le sport, le commerce etc.), mais pas dans le domaine de l’intelligence. Après tout Debord a raison de dire que si quelqu’un ne comprend pas ses allusions et son cinéma, il est bête. Pourquoi lui en vouloir d’avoir appris des choses que d’autres n’ont pas réussi à comprendre à l’Université?

J’aurais été toute ma vie une sorte de phare dans une baie particulièrement dangereuse qui aura servi à guider les gens et à les conduire à bon port. Un phare sauve des vies mais il n’est pas fait pour être aimé seulement pour servir. Ma fierté est de savoir que j’aurais toujours été là pour avertir et aider.

La cigale et les fourmis

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 9:24

Le gouvernement nous joue, dans son genre, la fable de la cigale et de la fourmi. D’un côté les cigales, celles qui chantent, dansent, font des folies et pour qui l’argent coule à flot, et de l’autre les fourmis : la majorité, celle des gens qui travaillent et ne peuvent même plus se plaindre.

Dans le rôle de la cigale principale (touchée par Sa Grâce), Mme Pénicaud a décidé de faire chanter et danser, au rythme de la mondialisation, les fourmis travailleuses. La voici donc qui se dandine, frappant du pied, archet à la main, sur un rythme effréné afin d’attirer les reines auto-proclamées des fourmis à danser la farandole de l’abandon des droits (espérant que les autres fourmis n’y verront que du feu) ce que le gouvernement appelle « le consensus ». Du moins est-ce là ce qu’il veut nous faire accroire. Les syndicats (du patronat et des ouvriers) ont ainsi été invités à regarder Mme Pénicaud, tantôt en espadrille, tantôt en escarpin (voire même en tropézienne), piétiner les feuilles, désormais mortes, du code du travail. Celui-là même qui portaient jusqu’alors les droits obtenus par les fourmis, résultats de décennies de combats. Comble de l’ironie, devant des cigales-patrons hilares, les syndicats de fourmis se sont vus obligés de commenter les performances de la cigale-danseuse en talon aiguille. La grâce n’était pas forcément là, le pas était parfois lourd, parfois à contretemps, mais qu’importe ! Chacun a été sommé de faire de profondes révérences à la Grâce incarnée de la ballerine. Ce qui a donné lieu au spectacle de l’indifférence affectée, de la flatterie servile, du renard qui renâcle le fromage du corbeau, du rond de jambe et de la courbure d’échine, bref du « léchage de cul » en règle (comme on le dit dans le langage fleuri de François de Rugy du Perchoir).

La cigale touchée par Sa Grâce, cédant à sa manie qu’on l’admire, n’a pu s’empêcher de voir son narcissisme flatté une nouvelle fois, profitant qu’elle soit encore sous le feu des projecteurs. Aussi a-t-elle invité, d’abord les VIP, puis les fourmis à découvrir les « bonnes pages » de son nouveau tour de chant, lequel est la suite logique de la danse du piétinement. Comme il ne faut pas perdre les droits d’auteurs, ni se faire chiper le texte (ce qui forcerait à faire un procès pour plagiat), les chanceux invités ne pourront pas en dévoiler le contenu. La cigale touchée par Sa Grâce fera donc la lecture elle-même et pourra ainsi faire admirer toute la platitude de sa voix monocorde et aigrelette. Mais attention ! Défense de critiquer : pour cela il faudra attendre la version intégrale, celle qui est corrigée en ce moment même par Janus-Jupiter (aux deux corps et aux deux alliances).

Les VIP, premiers invités, seront certainement agréablement surpris devant l’audace de la cigale touchée par Sa Grâce. Il faut dire qu’ils se reconnaissent en elle : elle a choisi le chant et la danse, contre l’avis de sa famille qui la destinait à une carrière plus austère (disons de notaire) et elle y a réussi. Quelle volonté fallait-il pour ainsi doucher les espoirs de ses parents ! Quelle force d’âme ! Quelle persévérance ! Décidément ces ordonnances sont un coup de génie de l’homme aux deux corps, lequel a vu juste en désignant la cigale touchée par Sa Grâce pour les interpréter. Que de bonheur ! que d’amour de l’art ! que de grandeur ! n’hésitons pas à le dire, dans ce piétinement en règle et ce nouveau tour de chant. Elle est une artiste accomplie qui a réalisé tout cela avec élégance et qui a convaincu, jusqu’à ses ennemis, que cet horrible tintamarre est digne de Mozart.

Les fourmis seront également conviées à ces lectures privées. Elles n’ont pas la finesse d’esprit des VIP. Elles sont terre-à-terre et matérialistes. Elles ne voient la grandeur nulle part. Mais la cigale-ministre(sse) a réussi à les diviser, à flatter les égos de chacune en feignant de les écouter un peu, et en feignant de corriger ici une note, là un pas de danse ; en leur donnant des gages (comme à de vulgaires laquais) ; en leur faisant enfin ses fameux yeux doux de séductrice. Les fourmis se sont donc tues tout l’été (mais qui a déjà entendu crier une fourmi ?) et se tairont encore après les lectures privées. Elles l’ont promis.

Une fois ces lectures privées passées, et une fois le livre de chant acclamé par le cercle des marcheurs disparus, il se peut bien que des sans-dents, des gens qui ne sont rien : ces alcooliques, ces personnes qui n’ont pas de costume, qui n’auront jamais une Rolex à cinquante ans, qui tiennent les murs ou deviennent « dealer », bref ce qu’il reste de fourmis rouges ou noires qui n’écoutent pas les fourmis auto-proclamées reines, soient capable de descendre dans la rue et de dire qu’elles ne sont pas d’accord avec les beautés subtiles chantées par la cigale touchée par Sa Grâce ! C’était bien la peine que Janus-Jupiter donne 500 € à ces loqueteux à leur majorité pour assister à des « spectacles artistiques » quand ils prouvent qu’ils n’ont pas d’oreilles !

Avec ces désordres à venir, l’homme qui lit au lit risque lui aussi d’être mis en difficulté auprès du mutique à deux corps ; et il est fort probable qu’il doivent faire intervenir les forces de l’ordre de Gérard côlon de lion, lequel devra hâter le vote des mesures de la loi d’urgence afin de mater ces révoltes, encore du travail pour François de Rugy du Perchoir qui n’a pas fini de s’exclamer : « put…, ils font vraiment ch… ! »

Rassurons-nous tout de même, la cigale pourra désormais récompenser les fourmis de leurs efforts : vous SMICquiez jusqu’à maintenant, j’en suis fort aise ; et bien RMIsez maintenant !

4 juillet, 2017

Le « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron »

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 11:11

Après être allé à Canossa (ou plutôt à Berlin), notre cher (et brillant) premier magistrat de la République entend nous imposer le GROKO à la française, que je propose de rebaptiser le GROKOM (le parti, pas le Président) plutôt que la République en marche (qui a des relents pétainistes). Le GROKOM signifiant : « Grand Rassemblement Ordonné pour les Kolossales Oblations à Macron ». Comme il y a un caractère très religieux dans le Macronisme, voilà un acronyme qui irait à ravir. « Il n’y a plus ni juifs, ni grecs » s’était écrié Saint Paul ; il n’y a plus ni droite, ni gauche s’exclame notre nouveau Roi dont « la première semaine a été parfaite », « le gouvernement plébiscité par les français » nous disent dans un chœur sans fausse note nos médias selon leur liturgie en l’honneur du nouveau Jupiter. La seule question qui se pose est : guérit-il les adolescents de l’acné comme jadis sa Majesté le fît des écrouelles ?

« Macron te touche, le marché te bénit ».

Chaque peuple a le président et les assemblées qu’il mérite. Rousseau qui est le père de la démocratie moderne nous avait déjà prévenu : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » Du contrat social, on ne retient généralement que le titre I (voire le II) pour justifier les beaux principes de notre Révolution. Mais Rousseau, ne s’est pas arrêté au titre II et après nous avoir exposé ce que seront les principes de la déclaration de 1789, il pense au reste : notamment ce qu’il advient d’une société où les citoyens s’imaginent que les mots suffisent pour couvrir de  vérité leurs illusions. En bon philosophe des Lumières, il connaît parfaitement la Démocratie, spécialement la démocratie grecque. Rousseau sait que si démocratie il y a eu, c’est à Salamine que la Grèce la doit. La « victoire des rameurs », c’est-à-dire du peuple mobilisé contre l’ennemi, qui a permis à celui-ci de participer au souverain, de gagner sa liberté et le droit de choisir les personnes et les institutions qui le dirige. Hegel écrira dans la  Phénoménologie de l’esprit que « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve la liberté. » Nous avons depuis longtemps abdiqué, car nous ne considérons plus que notre liberté doive être défendue au prix de nos vies. Ce que nous vivons actuellement n’est qu’une mise au pas voulue par ceux qui savent (et Macron, initié chez Rothschild, sait ce qu’est la réalité du monde) et qui sont conscients que nous ne nous rebellerons plus jamais. La mise au pas au sein du parti unique, n’est que la conséquence logique d’un peuple qui croit seulement aux illusions et ne veut plus voir la réalité des choses. Cachez cette oligarchie pléonexe qui nous gouverne et que je ne saurais voir. Il vient de nous le dire : il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, ceux qui ne sont bon qu’à boire, se droguer ou finir noyer en pleine mer.

Quand Macron n’était que ministre de l’économie et des finances, je m’étais fait la réflexion que ces gens-là (ceux qui savent où se trouvent les centres réels de pouvoir) exerçaient le pouvoir mais ne se présentaient jamais aux élections. Qu’ils étaient toujours dans l’ombre mais tiraient discrètement les ficelles et n’auraient pas supporté l’affront d’être battu dans les urnes. C’était oublier deux choses : 1) Rothschild avait déjà placé un président de la République (le placide et bien-aimé Pompidou, dont je vous conseille néanmoins d’écouter les allocutions faites sur la concurrence en son temps) et 2) que la France n’est plus une démocratie depuis – au moins – l’élection de Chirac (pour ne parler que de la période purement contemporaine et de cette parodie de démocratie que fut l’élection présidentielle de 2002) et que les médias ne sont plus qu’une instance de propagande du mondialisme-heureux-défendant-la vérité-contre-les-dangereux-populistes. D’ailleurs Sarkozy nous l’avait dit en 2007 : nous allons vers le nouvel ordre mondial. Si le nouvel ordre mondial n’a pas besoin de démocratie, il a en revanche besoin de l’illusion de la démocratie : que nous allions déposer, pieusement, une fois tous les cinq ans, un bulletin dans une urne afin de nous persuader que nous sommes libres. Ce qui donne lieu à six mois de litanies, de sentences, de débats, de « décorticage » par des « spécialistes », des « sondeurs », des « experts », des « analystes » ; bref tout ce que notre monde sait faire de plus sérieux et de plus inutile. Aphatie étant de ce point de vue le plus caricatural des journalistes analphabètes et crétins qui posent des questions qui ne servent à rien. De là les sempiternels clichés sur « le droit de vote est trop important. Nous nous sommes battus pour l’avoir et il faut donc aller voter », ou encore « les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1944, alors il est important pour nous, femmes, de nous faire entendre » ; et les légions de démocrates d’aller déposer, dans l’urne, et par cohorte, leur petite fiche au nom du candidat préféré des médias de notre beau pays.

Dans une vraie démocratie, les sondages n’existeraient pas et les résultats ne seraient connus qu’une fois devenus définitifs, pas à 20h01 avec une précision au dixième de point (qui devrait en elle-même paraître suspecte). De même que le battage médiatique fait autour d’un ou plusieurs candidats imposés par la presse serait impossible. On devrait être révolté contre le fait que l’on nous force quasiment à votre pour un candidat qui, sans la presse, ferait à peu près le même score qu’Asselineau et qui, au final, ne réunit pas même un français sur quatre.

Mais disant tout cela, je rêve. Je suis un homme du passé qui compte plus sur son intuition, sa pensée et son âme que sur internet, les médias et les objets connectés. Je laisse donc mes contemporains se vautrer dans la dictature la plus abjecte (celle dénoncé en son temps par Tocqueville, les curieux iront lire et les autres, jetant un coup d’œil discret sur internet, diront « ah oui, mais ce n’est pas ça du tout ! ») et les féliciter d’avoir élu un ancien ministre qui, après avoir rétabli le servage (la fameuse loi qui porte son nom et impose le travail le dimanche et la nuit, suivant le bon vouloir de ces messieurs les patrons), va – en tant que président de notre République – détruire méthodiquement tout ce que nos ancêtres avaient gagné par leur combat (parfois à mort) de liberté et de droit contre le capitalisme, tout cela pour nous faire revenir au XIXème siècle et aux méthodes d’avant 1844. Le « dialogue social » au sein de l’entreprise n’existe pas sans des regroupements de personnes (ce que nous appelons « syndicats ») : il ne peut pas exister de dialogue entre un patron puissant et une collectivité de salariés non regroupés qui défendent chacun leur intérêt particulier, car on trouvera toujours quelqu’un prêt à venir travailler un dimanche pour tout un tas de raisons (et spécialement parce que vivre coûte de plus en plus cher). D’ailleurs sa Majesté Jupiter 1er a nommé comme ministre du travail une ancienne « DRH », ce qui laisse augurer de ce que sera sa position : trouver un consensus mou autour de termes vagues, englobants et « non stigmatisants » et de thèmes imposés et où l’on fait semblant de céder sur toutes les lubies des uns et des autres, mais où, en fin de compte, on impose son point de vue ; quitte à rappeler, à la fin, qui décide (dans des termes choisis qui ont la caractéristique d’être : vagues, englobants et « non stigmatisants »). Il ne viendra pas à l’idée des imbéciles connectés que la vie puisse être autre chose que d’accumuler toujours plus et, pire, de dépenser cet argent en vétilles de toute sorte. Il ne leur viendra pas non plus à l’idée, qu’après avoir rincé les couches populaires, leur tour viendra de cracher au bassinet ; et que le jour où ils seront devenus obsolètes, en tant qu’objet du système, on les jettera aux ordures de la société de consommation. Ce jour-là, peut-être, comprendront-ils que dans la société mondialisée heureuse, il vaut mieux être jeune et beau pour être riche et que le jour où l’on est vieux, si l’on n’a pas d’argent pour se payer un lifting (physique et moral), on n’est plus rien et on n’a plus rien. Ils comprendront que la mondialisation heureuse n’est qu’un leurre au bénéfice de la ploutocratie mondiale : de ces 200 familles qui se partagent le monde (ce n’est pas moi qui le dit mais… une université Suisse). Ils seront ceux qui traînent dans ces gares et qui « ne sont rien » selon le mot de ce pitre condescendant qui nous sert de président. Peut-être alors regretteront-ils la sécurité sociale et l’assurance retraite et plus généralement le préambule de Constitution de 1946, et ils comprendront que les cotisations sociales ne sont charges que dans la bouche des suppôts du capitalisme et dans la comptabilité des entreprises.

Jamais ils ne comprendront, ces imbéciles, que la raison d’être d’une banque est justement que vous soyez endettés, et que dans l’esprit d’un banquier, l’Etat n’est qu’une grosse entreprise bénéficiant de l’avantage de pouvoir faire payer perpétuellement ses sujets ; qu’ainsi plus nous serons endettés, plus nous paierons d’intérêts et mieux le système bancaire se portera. Une banque n’a strictement aucun intérêt à votre désendettement et jamais les Etats ne se désendetteront pour la bonne et simple raison que nous ne remboursons pas notre dette, ce qui sera encore aggravé avec la reprise par l’Etat de l’assurance chômage. Et que sauf à reprendre le contrôle de notre monnaie et dénoncer cet état de fait, nous sommes pieds et poings liés au système financier et destinés à payer jusqu’à la consommation des temps.

Qu’un système aussi inique et absurde arrive à se perpétuer avec l’assentiment de la multitude, depuis aussi longtemps, montre bien l’état de déliquescence morale et intellectuelle de notre société. C’est un peu comme si l’esclave montrait ses chaînes et fers avec fierté en disant qu’ils sont peut-être lourds, mais qu’au moins ils brillent.

 « L’homme d’autrefois ne ressemblait pas à celui d’aujourd’hui. Il n’eût jamais fait partie de ce bétail que les démocraties ploutocratiques, marxistes ou racistes, nourrissent pour l’usine et le charnier. Il n’eût jamais appartenu aux troupeaux que nous voyons s’avancer tristement les uns contre les autres, en masses immenses derrière leurs machines, chacun avec ses consignes, son idéologie, ses slogans, décidés à tuer, résignés à mourir, et répétant jusqu’à la fin, avec la même résignation imbécile, la même conviction mécanique : « C’est pour mon bien… c’est pour mon bien… »

Bernanos, La France contre les robots

2 octobre, 2015

L’enquête

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 12:45

Je viens de voir le film « l’enquête » (qui est assez mal joué d’ailleurs) qui narre l’enquête menée par le journaliste Denis Robert sur la chambre de compensation Luxembourgeoise nommée Clearstream ; j’en ai profité pour retrouver – çà et là – quelques informations sur cette affaire (qui remonte à une quinzaine d’années maintenant).

On peut résumer le sentiment journalistique dominant par la question sous-jacente suivante  « c’est bien gentil pour ce que vous nous expliquez, mais quand même : il faut bien faire des affaires et d’abord, vous ne répondez pas à la question suivante : comment le secret de la finance pourrait-il être maintenu par une sorte de « vaste complot » mondial incluant les banquiers, les hommes politiques et les juges qui sont censés lutter contre la corruption) ? »

A quoi je proposerai la réponse suivante :

Les hommes politiques ne savent rien dans le détail, et ne doivent guère être plus informés que l’homme de la rue. Tout est à portée, l’information n’est pas secrète mais discrète, mais encore faut-il avoir envie de savoir. De toute façon, les hommes politiques ne sont pas là pour savoir, mais pour faire carrière dans la politique comme ils feraient carrière dans une entreprise. Il n’est que de voir la réaction du fils Sarkozy lorsque Papa avait voulu le mettre à la tête de l’EHPAD de Nanterre (ce qui avait provoqué un tollé, non à cause de sa nomination en soi, mais du fait que quelques caciques de droite voulaient la place), qui, devant les caméras, avait déclaré que quand on choisissait le métier d’homme politique il fallait s’attendre à de telles attaques. Ce qui est particulièrement choquant : l’existence d’ « une classe politique » est l’exact opposé de la démocratie. Chez les grecs par exemple, les partis politiques au sens où nous les entendons n’existaient pas.

Voici à mon sens comment les multinationales arrivent à maintenir cette chape plomb sur les affaires.

Via leurs relais dans la presse (presse qu’elle détient en intégralité), elles repèrent et stimulent l’ascension (quasiment au sens religieux du terme) de quelques jeunes arrivistes dans chaque parti politique. Elles les choisissent de bonne famille, un peu bête et surtout idéaliste. Ensuite elles les poussent (par des sondages orientés, une présentation flatteuse de l’imbécile, en nettoyant son portrait pour en faire le gendre idéal, ou le professeur d’économie bonhomme et respecté). Dans le lot, quelques-uns deviennent ministres (voire Premier Ministre ou pire Président). Ces idiots utiles n’ont même pas besoin d’être manipulés : ils sont déjà dans le moule, selon les mécanismes de la reproduction sociale chère à Bourdieu.

Ainsi, s’il est de droite, l’imbécile il croit naturellement que les pauvres sont fainéants, que la seule possibilité de redorer l’image de la « France éternelle » est de l’ouvrir au capitalisme, et que de toute façon « plus le gâteau est grand, plus les miettes sont grosses ». S’il est de gauche, le crétin se sera auto-convaincu que « le communisme n’a pas marché », qu’il n’y a qu’à voir ce qui a été fait par les « socialistes allemands ou anglais » qui ont réussi à résorber le chômage en « libérant les forces productives ». Dès lors, la presse entretient de faux débats, crée des épouvantails (le fascisme, la bête immonde, nos heures les plus sombres, le terrorisme, le changement climatique…), et s’arrange pour que tout le monde soit d’accord autour d’un consensus mou et fait de bonnes intentions (« nous n’avons pas le choix », « la croissance crée les emplois », « les NTIC sont un formidable accélérateur de croissance » etc.). C’est ainsi que l’on voit le crétin de gauche, à peine arrivé au gouvernement, faire des cadeaux monumentaux aux patrons (CICE soit tout de même 40 000 000 000 d’euros : je mets tous les zéros pour qu’on se rende compte de l’énormité du chiffre !), promettre l’ « assouplissement du code du travail » (il faut de la « flexi-sécurité » c’est-à-dire pouvoir licencier quand on veut, comme on veut sans avoir à donner le moindre dédommagement et plus généralement supprimer d’un trait de plume tout ce qui a trait à la protection du travailleur), défendre tous les dogmes de la doxa bruxelloise lesquels sont entièrement tournés vers le capitalisme mondialisé et dérégulé (au motif que « seule la liberté d’entreprendre créera de la croissance »), voter des mesures que même la droite n’osait pas faire (supprimer toute forme de réglementation pour le profit exclusif des grands groupes), ouvrir les frontières aux capitaux, aux marchandises et aux hommes (mais pas aux êtres humains, victimes des guerres qu’on crée de toute pièce, qui peuvent eux crever à nos frontières sans qu’on lève le petit doigt pour les sauver), légaliser la surveillance généralisée (qui profite aux fabricants de systèmes de surveillances et aux ennemis de la liberté), impose les « tablettes » à l’école (sans prouver leur utilité pour l’apprentissage scolaire, si ce n’est pour faire plaisir aux benêts technophiles illettrés et faire moderne).

En prenant ces mesures – et bien d’autres – le crétin croit faire de la « politique ». Il fait d’ailleurs de grands discours enflammés (en suant pour bien montrer sa « détermination ») sur ces bêtises, il se rêve Président forcément « incompris » : celui qui aura donné du travail, de la croissance, de l’espoir, du rêve, de l’enchantement (ne badinons pas avec les grands mots) aux français alors qu’il était vu en son temps comme un suppôt du capitalisme.

Comment voulez-vous donc que ces gens-là puissent seulement soupçonner l’existence d’une fraude à grande échelle, avoir suffisamment de bon sens pour se dire que le rêve d’un riche, c’est d’être toujours plus riche, et que malgré ce qu’on en dit, un patron exploitera toujours un travailleur ? Comment peuvent-ils seulement imaginer tout cela ? Pour en arriver à une conclusion, il faut poser des prémices, ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on vous dit. Mais nous n’avons que des « experts » et « l’expert c’est celui qui ne se doute de rien » comme disait Aimé Michel.

Pendant ce temps, on nomme un ministre de l’économie (et des finances) en provenance d’une grande banque d’affaires pour faire appliquer les décisions anti-démocratiques et ploutocrates de Bruxelles. Ceux qui savent comment marchent la finance internationale et à qui savent à quoi s’en tenir sur le fonctionnement de la finance – et ce genre de personne en fait partie – restent dans l’ombre. D’ailleurs avez-vous déjà vu ce ci-devant dans un meeting politique ? Bien sûr que non. Le peuple c’est pas son truc : c’est vil, ça salit, ça ne connait rien à rien. Lui, il est là pour que Gattaz soit heureux, que le MEDEF puisse lui faire un triomphe (même si ça fait mauvais effet vis-à-vis de l’électorat) et que le système totalitaire du capitalisme mondial s’étende partout, s’insinue dans nos vies jusqu’à être aussi naturel pour nous que le fait que la Terre tourne et que personne n’ose le remettre en cause.

C’est ainsi que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde possible et qu’un journaliste un peu sérieux prend plus de 200 procès pour diffamation (un tel acharnement ne peut paraître que suspect et ce même quand les plus hautes juridictions françaises donnent raison à celui qui dénonce le système). Aussi je vous le demande : dans une société aussi formidable, une aussi grande démocratie que la nôtre, comment dans un tel pays, on en arriverait à cacher la vérité aux gens ? De toute façon, on vous l’a dit « There is no alternative », alors dormez tranquille braves gens, la finance internationale veille sur vous ; et n’allez surtout pas croire qu’on vous cache des choses : dans une société aussi ouverte que la nôtre, tout se dit, tout est clair, tout est sur la table et les journalistes font un travail d’enquête et de recoupement de l’information formidable qui éventent à tous les pseudos-scoops. Tous dus à des tenants de la théorie du complot, de ces négationnistes qui réécrivent tous les trois mois un nouveau « complot des sages de Sion » juste pour vous rendre réel vos « fantasmes ». Ayez confiance dans le Saint Capital et sa machine de propagande d’ « information » et soyez heureux.

5 septembre, 2014

Une Love story digne de “Loft Story “

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 16:08

Toute ressemblance avec des personnes connues serait purement fortuite…

Ségolène entre dans le bureau de François (un magnifique bureau lambrissé, au parquet en chêne massif recouvert d’une énorme moquette avec au milieu un bureau hideux blanc type Ikéa ) :

-          Bonjour ma chère, vos nouveaux appartements vous conviennent-ils ?

-          Voilà que tu me vouvoies maintenant ?

-          Que je vous voussoie ma chère, quand on la charge d’un pays, fût on un Président normal, on se doit de parler correctement.

-          Tu n’es pas dans ton assiette François ? Je sais que tu sais à quel point j’aime qu’on parle bien, que cela est dans mon éducation de fille de militaire mais tu es sûr que ça va ? En tout cas, même si ma rancœur est encore tenace, je te remercie pour le portefeuille…

-          (il la coupe) Tu t’en souviens aussi de ce joli portefeuille en crocodile que tu m’avais offert pour notre 3ème Saint-Valentin ?

-          Tiens voilà que tu me re-tutoies maintenant ?

-          (déférent) Je m’adressais à la femme pas à la ministre.

-          Mais enfin François arrête ! Je croyais que tu m’avais fait venir pour tracer les lignes de la politique que je devais mettre en œuvre pour protéger nos concitoyens contre les dangers de la pollution qui fait mourir les petits oiseaux dans leur nid, ce qui me met en colère !

-          Attention ma chère la colère est mauvaise conseillère : elle vous fit naguère perdre la présidence, et vous valut de ne pas être assise sur le siège qu’aujourd’hui j’occupe…

-          C’est moins cette phrase malheureuse que les coups de poignards que j’ai reçu dans le dos de mes proches qui m’a fait perdre. Te souviens-tu ?

-          Ah ! Il faut donc que je porte cette infamie jusqu’à la consommation des temps ? Ne pourras-tu jamais me pardonner : vois mon état. [Plaintif] Je dois régler sans cesse la marche du monde, on m’appelle pour intervenir en Afrique, je me mêle des affaires de l’Ukraine, j’apporte mes secours en Libye, pas un front où je n’intervienne ! Je suis si seul et si démuni. Et ce peuple français qui ne comprend rien : pourquoi veut-il que j’agisse comme un socialiste alors le monde entier est libéral et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? [Sérieux] Et puis, l’important c’est la montée du Front National : le péril bleu marine, voilà ce contre quoi nous devons nous battre, nous devons dire « non », un non ferme, un non résolu, un non affirmé au fascisme. Il représente le danger principal auquel notre société est confrontée. Et puis après tout, l’objectif principal de notre vie sur terre n’est-il pas d’accumuler de l’argent, car c’est bien connu : plus le gâteau est gros plus les miettes sont grosses. J’ai aussi fait mienne la maxime de Mandeville selon quoi « les vices privés font les vertus publiques »…

-          (Elle le coupe, amère) et tu l’as mise en œuvre plus que de raison ces dernières années…

-          Ne crois pas ça, je suis si seul, si isolé que je faiblis parfois, à mon grand regret, n’était la place que j’occupe, j’en pleurerais tellement je suis seul alors il me faut bien quelqu’un pour partager mon auguste couche.

-          Mais ressaisis-toi François ! Tu as un pays à guider, et une Europe à construire avec nos amis américains ; sans compter que les méchants sont plus méchants que jamais : regarde  cette coalition hideuse, on croirait un « block-buster »[1] hollywoodien : Bachar l’assassin, Vladimir le terrible, Kim le rouge. J’en tressaille chaque soir, heureusement pour nous que l’oncle Barack veille sur nous et la destinée du monde. Vraiment Nicolas a eu raison de nous faire réintégrer l’OTAN, voilà qui nous protège et te permet de faire preuve de fermeté avec les vilains qui veulent la fin de la démocratie. Et puis tu as l’Europe non ? L’Ange est là, te montrant la voie à suivre et la voix à donner. Les allemands sont un modèle. Plus de chômage chez eux, plus de fraude à la sécurité sociale (car de toute façon il n’y en a plus), tu devrais vraiment songer à faire comme elle : forcer les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, payé à n’importe quel prix, c’est à ce prix-là qu’on mange à sa faim. Non mais est-ce que tu as vu comme c’est dur de pouvoir à un poste de secrétaire administrative dans nos cabinets ministériels ? Personne qui ne veuille venir travailler pour 1500 € par mois, avec certes quelques heures supplémentaires à faire, mais pas plus de 20 par semaine et quelques week-ends par-ci, par-là, mais c’est pas la mort quand même ? Personne qui cherche à se sortir de son trou ! Moi j’ai bien élevé 4 enfants en étant ministre et présidente de région non ?

Et en plus tu as vu comment les méchants russes osent écouter le peuple lorsqu’il s’exprime en Crimée et on veut nous faire croire que c’est ça la démocratie ? Ce n’est pas en France que ça arriverait : nous quand ce sot peuple ne comprend pas : soit on le sait et on ne le consulte pas, soit on se débrouille faire l’inverse de ce qu’il réclame s’il a le malheur de ne pas comprendre quel avenir en or on lui concocte. Sans cela comment aurait-on fait l’Europe ? [exaltée]  Vraiment, c’est à ça qu’on voit que la France est la patrie des droits de l’Homme, de la Femme et du Transgenre !

-          Tu me troubles ma Ségo, c’est tellement profond ce que tu dis (il se lève de son siège et s’approche d’elle, puis se regardant dans un miroir :)  Tu ne trouves pas que je suis mieux depuis que j’ai maigri ? Je crois que les français se reconnaissent en moi : un homme un peu ordinaire qui a réussi son régime et qui gagne la présidentielle.

-          (visiblement agacée : ) François… Je ne suis pas « ta ségo », pas plus que celle de quelqu’un d’autre d’ailleurs… Si je t’ai connu c’est pour avoir des enfants et tu m’en as donné des beaux c’est vrai, mais jamais ton physique n’a été ce qui m’a plu en toi.

-          Ah pauvre de moi !!! (larmoyant)  j’aurais dû te demander en mariage, t’épouser ; ô combien la vie serait plus douce aujourd’hui avec une femme forte comme toi à mes côtés !

-          Quoi ? Tu m’as fait venir ici seulement pour me faire du rentre-dedans ? (l’air farouche) Et ce ministère, c’est au moins pour mes capacités que tu me l’as donné ?

-          Euh non, enfin je veux dire oui, enfin tu sais, les actrices sont pires encore que les journalistes qui sont pires que les femmes politiques…

-          Continue à t’enfoncer…

-          Ce n’est pas cela, mais Julie a des idées de gauche, pire que les miennes quand je militais au Parti Socialiste au début ! Elle est pire que Valérie, par certains côtés, qui était tout de même une sacrée pisse-vinaigre, tu en sais quelque chose… Elle veut une régularisation massive des sans-papiers, l’adoption pour tous, elle dit qu’il faut être moderne dans les mœurs que sais-je d’autre ? Par contre elle désire tout de même conserver les avantages liés à son statut, ça elle est claire là-dessus : elle fait rêver les gens et le rêve ça se paye.

[Parcourant le bureau de long en large] Mais que diable suis-je allé faire dans cette galère ? Moi mon rêve c’était d’être dans un petit cabinet ministériel après l’ENA et qu’on me fiche la paix avec une bonne paie, mais là je suis perclus de responsabilités : pas un jour sans qu’on ne me demande mon avis sur un sujet quelconque. Je tâche de faire au mieux et je me rappelle les cours de science po et les conseils de Dominique ! Ah si seulement il était encore là et s’il n’avait pas fait cela. Elle avait bien besoin cette soubrette de jouer les midinettes avec un homme aussi intelligent que Dominique ? Ah là là (commençant à tourner en rond, les yeux au ciel et les bras lançant des imprécations) mais que vais-je devenir ? Mais que vais-je devenir ? (Puis je retournant vers elle) : il me reste toi ma douce ségo, tout cela m’a ouvert les yeux.  C’est toi la femme la plus importante de ma vie, toi à qui je dois tout. Reviens et j’annule tout.

-          Mais calme-toi : on dirait l’autre ! Pourquoi diable m’as-tu demandé de revenir au gouvernement ?

-          Tu n’as pas deviné ? Tu crois vraiment que la perte des élections m’a affecté ? Ces veaux de français ne comprennent pas la grandeur de ce que nous faisons. Nous faisons un boulot formidable, comme en Grèce mais sans qu’on nous le demande, et d’ailleurs, tu as vu comme la Grèce se relève rapidement ? Plus que 2 ou 3 ans de régime et le déficit sera réglé là-bas comme j’ai réglé mon problème de poids avant la présidentielle. Et puis tu sais Jean-Marcou, c’est le bon petit soldat : il fait ce qu’on lui dit de faire, il est presque parti sans qu’on  le lui demande ! Et de toute façon il préfère l’air nantais à la pollution parisienne, alors tout était dit. Ségo reviens… Je t’en supplie !

-          Tu veux dire que ton remaniement, ce ministère, Manuel… : tout ça c’était pour moi, pour me revoir ?

-          Oui mon ange, mon amour, ma déesse, tout ça et le reste. (De plus en plus extatique :) Et puis ça fera une belle histoire tout ça : on fera la une des journaux pendant des mois. Tu t’imagines : Gala, Paris-Match, moi en scooter dans Paris pour te rejoindre. Notre famille recomposée. Je te nomme Première Ministre.  Même Kim Jong-Il en pleure et je suis réélu. Fini ce petit crédit qui me tourmente tant pour ma maison aux Antilles. Je fais un second mandat (détachant les syllabes :) en-va-can-ces, toujours par monts et par vaux. Je visite quoi en premier ? Saint-Barth’. C’est original et on y va jamais là-bas ? Et tu nous imagines tous les deux, les doigts de pieds en éventail au bord de la mer, avec cette jolie petite secrétaire, (l’air sérieux et pensif d’un seul coup :) comment elle s’appelle déjà…  celle qui a des gros seins ? enfin bref elle nous sert les rafraîchissements ? Deuxième mandat : je fais mon Chirac rien à foutre de la France, juste mon plaisir. Si j’exagère :  de temps à autre, j’invite un Président étranger et je bloque les transports parisiens pendant une semaine comme avec les chinois, faut quand même leur faire payer à ces cons les tourments de mon premier mandat. C’est tellement beau, et si digne de mon génie…

-          AH, AH, coquin : tu te démasques ! Je vois clair dans ton jeu ! Je reviens, tu es réélu et tu te tapes toutes les secrétaires de l’Elysée….  Je suis pas une femme bête moi Monsieur ! Eh bien puisque c’est comme ça, je l’accepte ton grand ministère de l’écologie, tu vas en baver avec les centrales nucléaires qui font mal aux gentils oiseaux, je t’en promets de l’énergie renouvelable ! Et je vais t’en faire baver mon petit bonhomme !

-          Adieu mes rêves de gloire et de réélection. Je suis un homme brisé, c’est presque pire que si la note de la France avait perdu un « A » ! Vite une crise financière ou je suis fichu !


[1] Comprendre un film à grand spectacle

Incipit

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 16:05

« Un homme qui a raison vingt-quatre heures avant tout le monde passe pour un fou pendant vingt-quatre heures »

Rivarol

« Il n’est rien de si absent que la présence d’esprit »

Rivarol

L’auteur de ces pages tient à présenter les propos liminaires suivants.

Ces quelques pages ont été écrites par l’auteur afin de présenter sa vision du monde, il n’a pas la prétention d’imposer son système philosophique, ni ses idées, même s’il pense qu’elles méritent que l’on y réfléchisse. L’esprit général de ces pages est de conduire à la réflexion.

Pour comprendre qui est l’auteur, il suffira au lecteur de savoir qu’il vénère J. Dutourd (en-dehors de son dernier roman Leporello) et qu’il le tient pour un des plus grands romancier du vingtième siècle ; qu’il professe un goût prononcé pour Montherlant, Stendhal, Balzac et Wilde ; que ses maîtres en matière de philosophie sont Platon, Descartes, Voltaire et Alain ; que ses idées politiques sont proches de celles de G. Orwell et de JC Michéa, qu’il se revendique donc comme un anarchiste tory, c’est-à-dire comme un anarchiste conservateur ou un socialiste populiste (c’est-à-dire proche des valeurs et des idées du peuple).

Qu’on sache également, qu’outre la philosophie politique (où son inculture paraîtra notoire aux experts), l’auteur est passionné d’histoire, de littérature, d’art et de droit. Il n’a aucune empathie particulière pour les penseurs en lieu communs payées par l’Université, ni pour les autodidactes qui s’arrogent le droit de parler de choses qu’ils ne connaissent pas (engeance particulièrement courante sur l’internet).

Enfin l’auteur pense fondamentalement que l’être humain, et surtout le peuple, est dépositaire de valeurs intangibles et supérieures et que ces valeurs font l’homme. Il rejette donc en bloc la philosophie déconstructiviste des penseurs du dimanche et de la rédaction de 99,9 % de la presse française.

Bonne lecture.

24 mai, 2012

Retour sur Michéa

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 10:20

Le philosophe et auteur JC Michéa a ouvert la voie à une réflexion originale sur le libéralisme. Comme toute pensée innovante, elle est difficile à classer. Elle suscite également nombre de commentaires plus ou moins bien sentis.

Loin de nous l’idée de dire que nous en avons tout compris, néanmoins nous allons essayer de faire émerger les lignes forces de cette pensée.

En préalable, il faut comprendre que cette pensée est une critique de la société libérale, clivage qui, d’après Michéa, transcende le clivage « politique » droite-gauche, et il tente parallèlement de remettre en avant du socialisme que nous dirons originel, car conforme, à la pensée et à l’esprit, de ses pères de Proudhon à Jaurès (pour faire dans les raccourcis simplificateurs).

Orwell : un survol rapide

 

La compréhension d’Orwell est un préalable à celle de Michéa. Orwell, auteur, critique et romancier anglais est peu connu en France pour ces écrits politiques, nous n’en connaissons que les romans qui traitent du totalitarisme (La ferme des animaux et 1984) et dans une moindre mesure quelques essais comme l’Hommage à la Catalogne. La pensée politique d’Orwell est assez déroutante pour un français de formation universitaire, en effet là où on s’attendrait à retrouver une réflexion « cartésienne » sur le socialisme, on découvre un auteur à la fois pragmatique (la notion de « gauche » et de « droite » ne lui sont pas familière), témoin engagé et direct de ce qu’il voit (il a partagé l’expérience des travailleurs anglais – lire le Quai de Wigan Pier – et des clochards – dont il a tiré Dans la dèche à Paris et à Londres – ou encore de la guerre, on pense ici au sublime Hommage à la Catalogne), et en dehors des systèmes de pensée et des doctrines de son temps (ne cherchez pas chez lui des références à des philosophes politiques). Politiquement, et par boutade, Orwell se serait défini comme un anarchiste tory, ce qu’on peut traduire par anarchiste conservateur, ce qui n’aide guère à le classer.

 

Orwell est un témoin et un acteur de son temps. C’est un témoin dans le sens où ses livres relatent ses expériences, mais également un acteur car ses témoignages sont la relation de l’expérience vécue (par exemple comme vagabond ou combattant, sa description des hôpitaux parisiens du début du XXème siècle est à lire absolument). Le ressenti que l’on en a est que ces expériences lui confèrent une indéniable supériorité sur les autres auteurs politiques : il sait de quoi il parle. La contrepartie, c’est qu’il n’a pas vraiment de système politique comme nous nous y attendrions, et il ne fait partie d’aucun courant de pensée.

 

Lors de ses pérégrinations, Orwell se rend compte que le peuple partage un certain nombre de valeurs communes : qu’il s’agisse d’hospitalité, d’entr’aide ou des valeurs plus conservatrice  (on dirait à droite) : il note par exemple que les peuples sont enclins à respecter des tabous, des normes morales ou des mœurs qui peuvent paraître anachroniques à un esprit politique « progressiste ». De tout cela il tire le concept de common decency – décence commune, qui pourrait être synthétisé comme les règles de vivre ensemble (sociabilité, esprit du don etc.) qui sera au centre de son œuvre. On le voit dès l’abord : ces valeurs ne sont ni de droite, ni de gauche, ni bonnes, ni mauvaises intrinsèquement. Elles existent et sont une sorte de bien commun négligé par l’organisation sociale de l’Europe depuis la révolution industrielle qui s’est basée sur l’esprit capitaliste et protestant (pour le lien entre les deux lire Max Weber). Si on devait rapprocher la pensée politique d’Orwell, c’est vers les socialistes républicains qu’il faudrait regarder : Pierre Leroux par exemple.

 

Le don – Lasch – Debord

 

Michéa a écrit plusieurs ouvrages sur Orwell, et on peut dire qu’il est à la base de sa redécouverte en France sous forme de pensée politique.

Or comme nous l’indiquions plus haut, une idée traverse l’œuvre politique orwellienne, celle de common decency. En fait, il nous semble qu’on peut rapprocher cette idée des travaux menés par Marcel Mauss sur le don[1]. En étudiant les sociétés primitives, jusqu’au droit romain primitif, Mauss s’est aperçu qu’une des formes récurrentes de la sociabilité consistait dans le « don ». Le don est défini comme une triple obligation : donner, recevoir et rendre. Cette obligation est la base de l’hospitalité – en tant qu’elle donne une base de réciprocité dans les rapports humains – et de la paix, car le don signe l’alliance entre des tribus ou des peuples. A titre individuel, cette triple obligation se retrouve dans nos rapports quotidiens, avec cette nuance que la notion de « recevoir » devient de moins en moins centrale et comprise[2]. Partant, on retrouve des articles de Michéa dans l’excellente revue du Mauss (Mouvement Anti Utilitariste en Sciences Sociales)[3].

 

Christopher Lasch est une autre figure importante qui a marqué la réflexion de Michéa. Il développe des thèmes intéressants sur l’acculturation et la destruction des cultures populaires au profit des cultures de masse. Tout cela allant dans le sens de la destruction des solidarités naturelles au profit de la société de consommation de masse. La pensée de Lasch est trop complexe et profonde pour la résumer en quelques lignes, le mieux étant de le découvrir. On trouve aisément deux ouvrages importants : Culture de masse ou culture populaire ? et La Culture du narcissisme (avec préface de Michéa justement).

 

Des guerres de religion à la seconde guerre mondiale : le « plus jamais ça »

 

L’Europe du XVIème siècle est une Europe en guerre permanente, qu’elle soit entre les Etats, ou entre les peuples. Le courant humaniste sera horrifié par ses massacres et n’aura de cesse de trouver la réponse à la question : comment stopper cette guerre ?

Ne pouvant se fier aux instincts des hommes qui ne montrent que des penchants à la destruction, faisant passer une idée au-dessus des liens familiaux, les intellectuels du temps (à partir d’Erasme et à sa suite Pascal et les jansénistes mais également Descartes) considèrent qu’il faut canaliser les intérêts des individus vers des activités pacifiques. Cette idée culminera avec l’axiome selon lequel « les vices privés sont les vertus publiques » qu’exprime Mandeville dans la Fable des Abeilles.

 

On a du mal à comprendre aujourd’hui à quel point les intellectuels du XVIème siècle qui redécouvrait l’antiquité Grecque et Romaine furent horrifiés par la barbarie qui régnait alors. Ils souhaitaient une société policée. Le libéralisme était né, il ne restait plus qu’à lui donner un corpus intellectuel, ce qui fit A. Smith au XVIIIème siècle[4].

 

La suite logique est le développement des égoïsmes. On fait appel à ce qu’il y a de moins bon à l’homme (cupidité, appas du gain etc.) pour le pousser vers la satisfaction de ses intérêts propres, en espérant le détourner ainsi des querelles partisanes qui ont ensanglantés le XVIème siècle. L’essor de la morale protestante alliée au capitalisme naissant, trouvent dans les grands espaces américains matière à s’épanouir. Le XIXème siècle serait celui de l’émancipation de l’homme : d’avec la morale, et d avec la nature par les grandes découvertes scientifiques. Ce courant sera associée au libéralisme, le fameux « laissez faire » des libéraux.

La première moitié du XXème siècle mettra à mal cette idéologie : d’abord par la crise économique qui mettra sur le carreau des millions de travailleurs, ensuite par la montée des extrémismes qui atteindra son paroxysme dans le nazisme et le stalinisme. Mais cette victoire sera à la Pyrrhus. L’horreur de la IIème guerre mondiale sera un second « plus jamais ça », et après quelques révoltes ratées (dont celle de 1968 qui failli être un second printemps des peuples), le libéralisme s’imposera définitivement après la conversion du « bloc communiste » (Chine comprise) aux doctrines libérales. Cette vision sera résumée par M. Thatcher dans le fameux TINA « There is no alternative ».

 

Tout cela conduit à une impasse dans laquelle s’enferre chaque jour davantage l’homme moderne.[5]

 

Rapide survol sur l’histoire des idées politiques à la fin du XIXème siècle

 

Il faut ici s’arrêter un moment et comprendre ce qu’est la « gauche » et l’échiquier politique au XIXème siècle. Rapide rappel historique également, les partis politiques en tant que tels n’existent pas au XIXème, il faudra attendre 1901 et la création du parti radical pour, qu’en France, naisse un parti politique dans la forme moderne que nous lui connaissons. Quatre forces politiques dominent la fin du XIXème siècle :

-                     Les monarchistes : divisés en orléanistes et légitimistes

-                     Les bonapartistes

-                     Les républicains, qui regroupement les radicaux et les modérés

-                     Les libéraux

 

Les partis républicains, au sens large, ont été confrontés à la menace d’un retour de la monarchie. Tout était prêt dans la constitution de la IIIème république pour un retour sur le trône d’Henri V (représentant la branche légitimiste), après le vote du mandat présidentiel de sept ans, dans la nuit du 20 novembre 1873, le comte de Chambord quitte la France ; les orléanistes qui ont voté la mesure estiment que c’est le délai nécessaire pour que le comte de Chambord disparaisse et qu’ils restent les seuls représentants légitimes de la monarchie[6]. Mac-Mahon est élu président et remplace le roi et la république est instaurée définitivement en France. Du moins le croit-on. Apparaît alors la figure du Général Boulanger. Le boulangisme est un phénomène complexe. Il mêle des courants politiques de droite et de gauche (selon notre perception actuelle). Résumant à lui seul la faiblesse d’une ligne de partage droite-gauche. Cette dernière tentative (si l’on excepte le début du régime de Vichy) de restaurer la monarchie se soldera par le suicide romantique du général sur la tombe de sa maîtresse. Cependant, et c’est ce qui nous intéresse, en réaction au boulangisme se crée un mouvement de ce qui deviendra la gauche moderne, sur le plus petit commun dénominateur : pas de retour à la monarchie ou au boulangisme. Ce courant associe, pêle-mêle : des radicaux, des socialistes et des républicains. Insistons sur le fait qu’il n’existe – en-dehors de la peur du césarisme – aucun lien entre tous ces courants de pensée. C’est l’affaire Dreyfus qui sera une occasion de cimenter cette nouvelle entité, mais toujours en négatif. Face à la violence du parti des partis de droite (dont Maurras et l’Action Française), la gauche s’organise autour des courants libéraux et socialistes. Tout cela donnera naissance au Parti républicain radical-socialiste en 1901 et à la SFIO en 1905. Aucun dessein politique ne se forme réellement. Les socialistes d’alors n’ont aucun rapport avec les républicains ou les radicaux, et le début du XXème est l’occasion du renouvellement de la classe politique. On sait qu’ensuite la SFIO se divisera en SFIO et SFIC (qui deviendra le parti communiste par le ralliement à la IIIème Internationale).

 

Peu à peu, et pour gagner le pouvoir, les diverses factions de la gauche vont se rassembler et 1936 fera la victoire d’un front populaire, lointain aïeul de la « gauche plurielle » dans le sens où elle rassemblera des courants hétéroclites allant des radicaux aux communistes.

 

Le radicalisme ne survivra pas à la deuxième guerre mondiale, tandis que le communisme s’alignera sur Moscou, créant une défiance des partis socialistes (qui n’en ont plus que le nom). La IIème guerre mondiale entraînera une profonde mutation des partis politiques. Et si 1946 verra le triomphe d’une forme de socialisme, les événements Algériens auront raison de la gauche qui sera tiraillée entre le rêve des lumières fondé par les radicaux et la nécessité pour les peuples de se libérer. Les positions de Mitterrand sur l’Algérie entre 1954 (où il est ministre de l’intérieur) et 1962 en sont un parfait exemple.

 

Plus près de nous, la victoire aux présidentielles de 1981 montre à quel point la gauche ne peut gagner qu’en étant unie. Toutefois cette union rassemble trop d’éléments divergents pour être viable[7].

 

Mais ce que reproche plus que tout Michéa (dont le père fut journaliste sportif à l’Humanité) à la gauche c’est son absence de programme politique. Pour lui, elle a quitté le domaine des idées et la défense d’un programme radical pour se recentrer sur des pseudos-valeurs d’ouverture, de libération des mœurs, programme qu’il nomme « libéral-libertaire ». Après 1968, la gauche n’est plus qu’un véhicule d’idées bourgeoises à la mode, d’un certain snobisme intellectuel qui donnera naissance au terme de « gauche caviar ». Michéa reproche essentiellement à cette gauche de ne plus voir le peuple, de se désintéresser de lui, pour faire une politique de centre-gauche de type social-démocrate.

 

Le parti socialiste est devenu un parti de centre-gauche. Du radicalisme, il en est revenu au républicanisme modéré (à la Thiers) sous la IIIème république.

 

Pour Michéa, le tournant est certainement à chercher dans mai 68 qui fut un accélérateur de l’acceptation du monde libéral, car sous couvert de révolution, de changement des « mœurs », les acteurs de mai 68 parvinrent surtout à diffuser de manière globale le modèle de consommation. La société capitaliste de consommation ne peut fonctionner que si aucune solidarité, aucun tabou sur la consommation n’existe. Les meilleurs exemples sont le développement de la prostitution et de la drogue. Dans les deux cas, jusqu’en 68, il s’agissait en actes qu’on avait du mal à assumer et que la société réprouvait, ce qui constituait un frein à son expansion dans les classes populaires ; or les slogans de mai 68 ont fait exploser tous ces carcans, livrant ces activités au développement et à leur intégration dans la société de consommation[8]. Il n’est qu’à voir comment les tenants de mai 68 (à commencer par Cohn-Bendit ou Serge July) se sont montrés aisément solubles dans la société de consommation, laudateurs du mythe de la croissance illimitée comme source du bonheur individuel et de l’acceptation de la consommation comme source de progrès (couplés au nécessaire progrès technique). Extrait d’une interview de Michéa au webzine A Contretemps[9] :

 

« L’essentiel c’est de voir que c’est précisément cette réduction du capitalisme – ou, si vous préférez, du libéralisme – à un simple mode d’organisation de l’économie qui explique la plupart des mésaventures de la gauche et de l’extrême gauche contemporaines. Celles-ci, en effet, sont devenues globalement incapables de comprendre que le système capitaliste développé s’effondrerait d’un seul coup si les individus n’intériorisaient pas en masse, et à chaque instant, l’imaginaire de la croissance illimitée, du progrès technologique et de la consommation comme manière de vivre et fondement de l’image de soi. En dehors de quelques mouvements encore marginaux […] on aurait effectivement le plus grand mal à trouver dans les combats de la gauche actuelle la moindre trace d’une remise en question un peu sérieuse de ce que Debord avait appelé naguère la « société du spectacle ». »

 

Une fois la libération des mœurs enclenchée, la gauche s’y est jetée tête baissée, et n’a eu de cesse de se trouver sans cesse de nouvelles causes et de nouvelles mœurs à débrider (c’est la raison de leur soutien actuel du mariage des homosexuels).

 

La seule base politique qu’il leur restait était la défense des droits de l’homme, ou de la conception que s’en fait la gauche moderne. Or comme l’a montré admirablement Marcel Gauchet, les droits de l’homme ne sauraient constituer une politique[10]. Ceci constitue néanmoins la base de l’idéologie des bons sentiments de la gauche, et de sa croyance en une supériorité métaphysique sur la droite.

 

Dès lors comment comprendre la pensée de Michéa et qu’apporte-t-elle de nouveau ?

 

Pour Michéa, la gauche s’est convertie à la doctrine libérale. Elle est la seconde face du Janus libéral moderne. L’une des faces regarde à droite et vise le libéralisme économique, et l’autre regarde à gauche et vise le libéralisme des mœurs. Influencée par Deleuze notamment, la gauche pense qu’elle peut prendre le capitalisme de vitesse en le doublant par sur sa gauche et en le débordant par la libération totale des mœurs, des peuples, des frontières etc. ceci conduit naturellement la gauche à prendre la défense des minorités agissantes et voulant toujours plus de liberté. Cette forme de libertarisme est une erreur de la gauche et singulièrement des socialistes qui se détournent du peuple pour se concentrer toujours plus sur les minorités qu’elle considère dépourvue de liberté et qu’elle entend défendre pour prouver son avance dans les bons sentiments.

 

 

 

Voici un rapide tour d’horizon de ce que nous avons compris de la pensée philosophique de l’ami Michéa, nous ne prétendons ni à l’exhaustivité, ni à la compréhension globale de son œuvre, mais nous voulions le sortir des stéréotypes qui veulent en faire une sorte de penseur de droite ; et pour conclure une citation de la longue interview qu’il a accordée au webzine A contretemps et qui éclairera je pense sur son analyse politique :

 

« […] Il est clair que ni l’exploitation ni l’aliénation n’ont disparu. En réalité, elles se sont même renforcées, bien que ce ne soit pas toujours sous les formes que Marx avait prévues. Si je ne suis plus marxiste, l’ami Karl occupe donc toujours une place importante dans ma bibliothèque, aux côtés des philosophes classiques que j’ai cités [NDA : Spinoza, Hegel, Pascal, Nietzsche] ou d’auteurs contemporains, comme Castoriadis, Pierre Clastres, Debord et quelques autres.[11] »

 


[1] Voir notamment Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, PUF, 1950

[2] Il n’est que de voir la tronche que font les gamins quand un jouet ne leur plaît pas à Noël, ou de ceux qui revendent leurs cadeaux sur e-bay.

[4] « On voit donc que, derrière la manière moderne d’envisager la politique, il y a avant tout l’idée profondément pessimiste – et dont la première formulation remonte aux théories luthériennes du péché et de la chute –, selon laquelle l’homme est par nature un être misérable dont la conduite ne connaît que deux ressorts possibles : la vanité et l’amour-propre d’un côté, l’intérêt égoïste de l’autre. » Michéa interview A contretemps : http://acontretemps.org/spip.php?article217

[5] Cette thèse est défendue dans l’Empire du moindre mal de manière évidemment beaucoup plus subtile et étayée.

[6] C’est la base du fameux « septennat » présidentiel.

[7] Petite digression : la victoire de Hollande en 2012 est la seule qui soit obtenue par une seule composante de la gauche, véritable exploit Sarkozyen !

[8] La pensée de Guy Debord  à propos de la société de spectacle se comprend à l’aune de ce changement. « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » proposition n°4 de la société de spectacle

[10]Pour avoir une idée sommaire de cette pensée : http://gauchet.blogspot.fr/2007/08/les-droits-de-lhomme-peuvent-ils-fonder.html, pour ceux qui veulent aller plus loin : Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, 2002, 385 p.

[11] http://acontretemps.org/spip.php?article217

9 mai, 2009

Classé dans : Non classé — Sébastien @ 9:54

« Un homme qui a raison vingt-quatre heures avant tout le monde passe pour un fou pendant vingt-quatre heures »

Rivarol

« Il n’est rien de si absent que la présence d’esprit »

Rivarol

L’auteur de ces pages tient à présenter les propos liminaires suivants.

Ces quelques pages ont été écrites par l’auteur afin de présenter sa vision du monde, il n’a pas la prétention d’imposer son système philosophique, ni ses idées, même s’il pense qu’elles méritent que l’on y réfléchisse. L’esprit général de ces pages est de conduire à la réflexion.

Pour comprendre qui est l’auteur, il suffira au lecteur de savoir qu’il vénère J. Dutourd (en-dehors de son dernier roman Leporello) et qu’il le tient pour un des plus grands romancier du vingtième siècle ; qu’il professe un goût prononcé pour Montherlant, Stendhal, Balzac et Wilde ; que ses maîtres en matière de philosophie sont Platon, Descartes, Voltaire et Alain ; que ses idées politiques sont proches de celles de G. Orwell et de JC Michéa, qu’il se revendique donc comme un anarchiste tory, c’est-à-dire comme un anarchiste conservateur ou un socialiste populiste (c’est-à-dire proche des valeurs et des idées du peuple).

Qu’on sache également, qu’outre la philosophie politique (où son inculture paraîtra notoire aux experts), l’auteur est passionné d’histoire, de littérature, d’art et de droit. Il n’a aucune empathie particulière pour les penseurs en lieu communs payées par l’Université, ni pour les autodidactes qui s’arrogent le droit de parler de choses qu’ils ne connaissent pas (engeance particulièrement courante sur l’internet).

Enfin l’auteur pense fondamentalement que l’être humain, et surtout le peuple, est dépositaire de valeurs intangibles et supérieures et que ces valeurs font l’homme. Il rejette donc en bloc la philosophie déconstructiviste des penseurs du dimanche et de la rédaction de 99,9 % de la presse française.

Bonne lecture.

ENSEMBLE POUR SAINT-BONNET-... |
courrierapolitique |
fndouai2008 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | christinescellemaury
| Construire avec vous le du ...
| Bien Vivre ensemble l'aveni...